Beatles for ever !

4012014

1963. J’avais 14 ans, le certif en poche et une bicyclette bleue randonneur « Raymond Poulidor » qui me garantissait l’évasion de la cuisine meublée en formica jaune paille, à la force du pédalier. J’habitais, dans la cité du Dépôt, avec mes parents, un appartement de trois pièces (une cuisine, deux chambres) sans salle-de-bains (le luxe des riches de cette époque). Nous nous y entassions à quatre. Mon arrière grand-mère (née en 1869) venait de mourir dans ma chambre. J’avais encore, dans l’oreille, les râles affreux de l’agonie. C’était ma vie de fils de prolo. A working class hero is something to be! Le vacarme du monde nous parvenait via Radio Luxembourg. C’est sur ces ondes étrangères que j’entendis les premiers reportages dénonçant l’hystérie des cris de la Beatlemania. Cela me changeait de l’accordéon musette fort prisé à la maison… Ensuite, je chantais « Twist and Shout », mentalement, pour me prouver, mais en était-il besoin?, que j’étais bien un teen-ager. Désormais, ce serait « S.L.C. Salut Les Copains » tous les soirs. Cela me changeait du Club des Cinq… Les parents avaient peut-être écouté Radio Londres, je leur rendais la pareille…

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2013. On Air – Live at the BBC Volume 2. Mon regard caresse, non sans nostalgie – la nostalgie est la politesse des pauvres d’esprit! – la pochette du double album tout frais venu de… 1963. Sur les (belles) photos en couleur, le groupe mythique qui, depuis, a fondu de moitié – exeunt John et « Gorgeous » George! Cela prouve que la mort est, elle aussi, beatlemaniaque! Le disque sent Noël, et le bruit du tiroir-caisse a remplacé le cri des gamines en folie. O tempora, O mores!

Saint-Télérama a déglingué ce disque. Sous la plume trempée dans la bave de crapaud de Hugo Cassavetti qui oppose les blagues des Fab à leur musique: c’est fort! Peu de grain à moudre sur cet opus  qui officialise les disques pirates. Est-ce une raison de s’en priver? Pas si sûr!

J’en retiens le parfum d’une époque qui m’a fait grandir. La chanson était partout à l’honneur. Les Yéyés sont nés de cette (nouvelle) vague. On électrifiait les guitares avec un micro que l’on branchait sur le poste à lampe pour faire ampli. On dédicaçait les chansons à la radio. Les Beatles le font sur ce disque. La musique pop(ulaire) était familiale. Elle allait devenir générationnelle. On envoyait des Words of love sur grandes ondes. Ce disque est un document sociologique. Il montre ce qu’étaient les six-tees: George remercie Ruth and Cathy qui déclare le groupe « Absolutely fab ». Bien sûr, on y retrouve des standards, des versions alternatives. Je prise cette prise de « Lucille » sur-vitaminée, avec un Paul très en voix. L’humour de « Prête-moi ton peigne – on doit rentrer! » ( Lend me your comb ). Les guitares affûtées comme des rasoirs (à la Chuck Berry – très présent dans cette collection, comme Carl Perkins: ce qui prouve que les p’tits gars de Liverpool avaient du goût!) sur « The Hippy Hippy Shake ». Dans « There’s a place »,  « Il y a un endroit où je vais quand je suis mal, le moral dans les chaussettes » chante John. Il reviendra sur ce thème dans son Double Fantasy: «  Watching The Weels ». Du vécu! Sur « « And i love her » George joue à la guitare électrique ce qu’il joue sur disque à la guitare acoustique à cordes de nylon. Les « Profiles » des musiciens sont émouvants: John se moque de tout, sauf de sa famille qui lui importe en priorité; George déteste les questions idiotes, il aime Dylan, Donovan, Pete Seeger; Paul aime toutes les musiques, indienne et électronique incluses; Ringo  aime écouter des disques ou ne rien faire…

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Les Beatles ont été la bouffée d’oxygène de mon adolescence. Ils m’ont donné envie de faire de la musique. Au lycée, nous avions un prof de musique qui méprisait les enfants de prolos que nous étions. Quand « Yesterday » est arrivé, je me suis mis à aimer les violons et j’ai écouté d’une autre oreille la « grande musique ». Je me souviens d’une version d’  « Eleanore Rigby » très Booker-T que Jacky, le bassiste-arrangeur du groupe, avait enregistrée quand nous étions en terminale, à Roosevelt – the little red house. Quand le piano de Jacqueline se fait cordes, c’est un hommage aux scarabées du beat que j’entends. Pour moi, Lennon est le Lewis Carroll du rock. Ce qui n’est pas peu! Quand, moi aussi, j’ai le moral à marée basse, je dégaine un vieux « Revolver » en me rappelant que « Happiness », finalement, est un pistolet chaud. Yes, it is!

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Ou je me console de l’impôt à 50% excessif prélevé par la camarde sur mon groupe fétiche en mettant sur la platine le dernier McCartney : New. A splendid time is guaranteed for all !

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Michel Lamart

 




Michel Corringe « Les Paumés »

31122013

MCorringe_larouteMichel Corringe 1968 « Les Paumés » LP PDG LP1, Repris en 1974 sous le titre ‘La route’ (LP PDG SONOPRESSE CH.69.623) (réédité en 1974 sous le titre La Route) 300 000 exemplaires vendus… sans pub ni promo.

Au Printemps de Bourges où il chante en 1984, il était tellement ému de ses retrouvailles avec son public suite à quelques années d’absences scéniques qu’il en oublia de prendre sa guitare et ne s’en aperçut qu’au bout de plusieurs morceaux (il faut dire que ses deux comparses guitaristes étaient de première qualité).

C’était à la MACU de Bourges. Les Maisons de la Culture, un projet de Malraux (celui du « Entre ici Jean Moulin, avec ton terrible cortège »), lieu pluridisciplinaire de rencontre entre l’homme et l’art pour faire « naître une familiarité, un choc, une passion, une autre façon pour chacun d’envisager sa propre condition. Les œuvres de la culture étant, par essence, le bien de tous, et notre miroir, il importe que chacun y puisse mesurer sa richesse, et s’y contempler. » Il forge l’idée d’une « rencontre intime » par la confrontation directe avec l’œuvre, sans « l’écueil et l’appauvrissement de la vulgarisation simplificatrice », en dehors d’une médiation artistique.

Tout ça est bien loin, maintenant il faut que la culture soit rentable.
En trente ans de carrière, Michel Corringe a tout juste dépassé la poignée d’album.
Et quelques 45 tours avant ce premier album.
Et comme souvent à l’époque aucun crédit pour les musiciens, producteur, ingé-son… ou  autre.

 La route

Son tub, si on peut parler de tub, jamais passé en radio, ou si peu, mais connu par des kilos de guitaristes.

Un démarrage basique mais plus qu’efficace, basse guitare et chorus de banjo. Et tout de suite la voix grave, chaude et chaleureuse. Avec un tout petit poil de reverb, mais sans tous les artifices d’aujourd’hui, elle se suffit à elle-même, un poil éraillé par moment dans les aigus.

La route m’appelle et m’attire
A l’est, à l’ouest, au sud, au nord.

http://www.dailymotion.com/video/xgdo1d

 

La douce

Un piano tout simple en arpège, une basse qui tient la pulse en redoublant par moment, un orgue tout doux qui vient soutenir ; pour accompagner une superbe mélodie empreinte de tristesse. Rien à jeter, sauf une fin un peu sèche.

Elle fut jeune un jour
Et de grande beauté
Beaucoup lui firent la cour
Beaucoup l’ont désirée

 

Tête vide

Piano électrique qui se veut clavecin mais acide, batterie, piano, une rythmique très lointaine de guitare (et un léger tambourin) pour soutenir un beau texte.

Comme bête prise au piège
Comme flamme dans la neige
J’ai griffé, mordu et mon passé s’est déchiré, effacé

 

Cigarettes sur cigarettes

Basse très présente, batterie très en avant, piano en retrait (dommage), un morceau un peu faible. De très beaux chœurs fin des années soixante.

Cigarettes sur cigarettes
J’écoute mon ennui
Verre après verre oh, ma tête
Appelle en vain l’oubli

 

Me reposer

Guitare électrique rythmique, basse et batterie, piano, du classique pour ce mid tempos un peu rapide. Mais la voix enlève tout.

Regarde mes pieds couverts de poussière,
ouverts de boue.
Regarde-les déchirés par la pierre,
Meurtris de coups.

 

Les paumés

Sur celle-là à la Macu de Bourges il s’est arrêté de chanter, ému après des années d’absences sur scène, que le public se souvienne encore des chœurs, ceux qui sont faits par les cordes après le premier break.

La voix démarre et emmène le morceau. Elle est en retrait pour une fois et avec beaucoup de reverb.

Et un gros coup d’orchestre histoire de faire jolie (d’après les producteurs de l’époque), avec tout plein de chœurs. Mais étonnamment, ça ne devient pas lourdingue.

Nos ongles arracheront
Les ronces et le chardon
Notre sueur amère
Fera fondre les pierres

Keu tchit, bon faut se lever pour aller changer la face du disque, ben vouiche, c’est pas un cédé !

 

Les Saintes Maries

Intro toute simple guitare et basse, un flutiau qui vient faire une petite ligne mélodique. Chant et récitatif. Ce dernier est plutôt raté.

Heureusement, il a su ne pas céder à la tentation de faire du gipsy, sauf un chœur derrière le récitatif.

Demain gitan, nous serons aux Saintes Maries
Demain gitan, tu embrasseras la Mamma
Et le front brûlant tu baisseras la tête

 

Le petit gars

C’est quasi un slow, une petite note de basse et le classique guitare piano puis batterie. Intéressant décalage entre la basse et la guitare en opposition rythmique, qui malgré le tempo un peu lent donne de la patate au morceau grâce à la syncope. Et même un glockenspiel sur le break.

La peine s’efface avec le temps, avec le temps chagrin se meurt
Peut être aussi que le printemps lui avait réchauffé le cœur

 

C’est mieux comme ça

Passage à la guitare électrique pour un morceau plus country rock, basse batterie, du classique mais efficace avec la batterie au fond du temps.

Si je cours ainsi les routes sans jamais longtemps m’arrêter
Ce n’est pas que j’y trouve goût, ce n’est pas pour me cacher
Mais j’aime mieux souffrir le froid et la brûlure
Que parmi vous de m’en retourner
Maintenant je suis tout seul mais au moins je suis tranquille
C’est mieux comme ça…

 http://www.dailymotion.com/video/x183b9v

 

Platon

Juste un accord plaqué, un petit arpège tout simple et la seconde guitare en rythmique. Mais tout cela donne une impression de fouillis, en plus l’accordage des guitares a été aléatoire pour ne pas dire cafouilleux.

J’ai fait quand j’avais vingt ans
Des rêves éblouissants
Dans ma tête j’avais mine
J’étais grand et mes amis
Mes amis me disaient y croire

 

De toutes choses

Orchestration classique, un rock avec un orgue (Farfisa il me semble). Pas le meilleur morceau de l’album.

Ce combat sans lois et sans quartiers
Qu’est devenue la vie quotidienne

 

La tête en vrille

Intro bluesy de piano, orchestration rock avec une basse pleine note. La vois se pose à la limite de ses notes basses. Un petit bémol pour l’espèce de refrain en onomatopées, qui n’apporte pas grand-chose au morceau.

Il y aura tous les copains des mauvaises années
Un tas de gars qui savent, qui aiment rire
Il y aura aussi du bon vin dans les pichets
De ce vin qui vous met la tête en vrille

 

Et fin du bousin.

 Deux rééditions en CD des deux premiers albums et des premiers 45 tours sont sorties il n’y a pas longtemps, achetez les vite avant qu’elles ne soient épuisées (je n’ai pas d’action).

La Route 2008 Label: Mam – Laissez-nous vivre 2012 Label: Mam

Par contre à éviter un CD qui s’appelle « Phénix », il n’était plus au mieux de sa forme et les arrangements sont pitoyables. Allez zou, à la poubelle !

Yves Tréflez

http://www.dailymotion.com/video/x16v1q0

 




Qui milite limite !

30122013

J’ai toujours eu du mal avec le volontarisme militant. Je ne peux m’empêcher d’y voir un zèle un peu forcé, une amplification suspecte des paroles et des actes qui mène au simulacre et au détournement d’élans pourtant sincères. Ces élans, je peux parfois les partager, mais pas la façon d’y répondre. Si je ne m’interdis pas l’action ou le soutien à l’action dans des situations d’urgence, ou lorsque quelque chose de fondamental me semble mis en danger – selon un examen de la situation forcément personnel et subjectif – je me sens loin des usages du militantisme, loin de ses gesticulations, loin de ses surenchères, loin de sa volonté tapageuse de vouloir changer le monde ; et qui mène à surinvestir les luttes, à en attendre plus qu’elles ne peuvent, au-delà des urgences auxquelles elles répondent pourtant parfois avec une réelle efficacité. Loin aussi de ce rôle d’éveilleurs de conscience, de cette tendance à se constituer en minorité éclairée se devant d’apporter ses lumières à la majorité aveugle. Il me semble depuis longtemps que l’important et que la vérité se situent ailleurs. Comme souvent pour ce qui touche aux profondeurs, l’essentiel se joue en silence. Et s’il s’agissait simplement d’élargir son existence ? De la mener au mieux de ce qu’on en ressent ? De réinvestir la vie et ses possibles ? Un grand et beau défi que d’en reconnaître les signes au secret de soi, sans démonstrations ni déclarations fracassantes. Bien sûr, cela ne mène pas aux sommets de conscience atteints par les défenseurs de nobles causes, pas plus qu’à goûter l’air pur qu’on respire à ces hauteurs. Mais je persiste à croire qu’il s’agit avant tout d’être plus libre et plus vivant. De reconnaître en soi tout ce qui vit. De le défendre face à ce qui le menace. De se libérer de ce qui nous pèse. De redonner du corps et du sens à nos actes et à nos choix. De faire les choses non pour changer le monde, mais simplement parce qu’elles nous semblent importantes, légitimes et justes. Et si jamais le monde en est changé : tant mieux !

 *

 Voilà ce que j’ai eu l’occasion d’écrire à propos du militantisme. Et c’est pareil pour la chanson. Elle aussi connaît ses militants. Elle aussi entretient ses luttes. C’est que l’aimer ne suffit pas : il faut aussi la défendre ! Raison pour laquelle un bon nombre de ses amateurs ou journalistes ou chroniqueurs entretient vis-à-vis d’elle un rapport singulier. Constamment sur le qui-vive, toujours prêts à en découdre, ils se battent pour « la chanson de qualité ». Elle est leur sacerdoce et leur marotte. Moins art pour eux que noble cause. Contingent de la marge, maquisards du bon goût, ils adoptent d’ailleurs volontiers une posture de résistants. C’est qu’eux ne sont pas dupes. Eux savent le danger. Et qu’il y a quelque chose à gagner dans les causes perdues d’avance. Au moins une bonne conscience, si ce n’est un peu de grandeur. Mais leur zèle est si puissant qu’il peut sembler suspect. Leur engagement si fort que je me demande parfois quel vide existentiel il peut bien vouloir combler. Quoi qu’il en soit ces mélomanes de combat sont toujours prompts à seller leurs grands chevaux pour défendre l’honneur de leur belle outragée. Ainsi adoptent-ils une attitude le plus souvent acrimonieuse (et presque réflexe) : il suffit qu’un quelconque prix soit décerné à un membre de showbiz, qu’un jeune chanteur déclare préférer chanter en anglais pour qu’ils sortent aussitôt leurs casques à pointes. Ou plutôt leurs casques à plumes, à considérer le nombre d’articles et de commentaires sur l’inculture des programmateurs, la crasse ignorance des nouvelles générations ou l’indifférence scandaleuse et répétée des médias ; autant de hurlements à la lune et de jérémiades qui finissent, il faut bien le dire, par tourner en rond et confiner au ridicule.

 *

 Alors que faire pour qu’elle continue d’exister ? Je persiste à croire qu’il s’agit avant tout d’apprécier la chanson. De la concevoir avec foi pour ceux qui la font. De la recevoir avec exigence pour ceux qui l’écoutent. De la considérer avec le sens critique qu’elle réclame. De la faire évoluer avec l’inventivité qu’elle mérite. De la diffuser par goût et par passion. De lui ménager des espaces d’expression par l’organisation de festivals ou de concerts comme certains s’appliquent à le faire. Non parce qu’ils se battent pour elle ou la défendent. Simplement parce qu’ils l’aiment. Et si jamais le destin de la chanson en est changé : tant mieux !

 Cyril C.Sarot




Louis Lucien Pascal

30122013

« Aurai-je l’audace de vous demander votre avis, ressenti sur mon travail d’auteur compositeur ? »

La question sur ma messagerie me frappa moins par une quelconque audace que par sa simplicité, sa fraîcheur, sa candeur presque.

Je partis à la découverte : http://www.louislucienpascal.com/

Une page, une seule, sans doute, j’imagine, à l’image du personnage. Tout est là, livré en vrac mais non jeté au hasard. Sous l’apparent désordre, une cohérence. Et un certain goût.

Le goût de la passion et de l’exigence qui façonnent ses chansons.

Une voix d’abord, agréablement chaude et grave, au service d’une interprétation au phrasé fluide intelligemment posé.

Un sens de la mélodie encore, pas si courant que cela dans la chanson française dite à texte, doublé d’une élégante sobriété des arrangements.

Et des textes d’une patte saillante et affûtée dans une pâte pleine et ronde.

Une écoute ne suffit pas, dix pas davantage. On ne ramasse pas en se baissant les chansons de Louis Lucien Pascal. Il faudrait plutôt se hisser, comme pour sur la pointe des pieds entrevoir au-delà.

Ou en deçà.

LES PORTS

Se seraient-ils trompés de lune ou de bateau
Les ports ça vous arrache un brin de clairvoyance
Vous y dîtes des mots qui ne sont plus les mots
Mais quelque-chose d’au-delà de la conscience

Se seraient-ils promis quelque torrent de larmes
Comme pour justifier un instant de plaisir
Comme si pour aimer il fallait que l’on arme
Ses yeux de dévotion son cul de repentir

Se seraient-ils menti sur un coup de casquette
Pour un souffle un frisson sur des eaux maquillées
Quand ça sent le poisson jusque dans la buvette
Se seraient-ils menti sans jamais se tromper

Se seraient-ils prêté sans le cœur pour y croire
Leurs serments trépassés au travers des années
Leurs souvenirs de feux copiés collés trop tard
Les ports ça vous arrache un brin d’éternité

« C’est humain, il arrive parfois au chanteur de se tromper sur sa propre valeur. Au moins, gardez-lui ce crédit : il est rare qu’au fond de lui-même il sous-évalue le talent des autres. En ce qui me concerne, j’ai la jalousie jubilatoire, en ce sens j’applaudis rageusement le chant, la phrase et le talent de Louis Lucien Pascal. Regrettant certes de ne pas avoir su voler sur son passage les graines de ses chansons. Je me console, persuadé qu’elles avaient été semées pour lui, pour Louis, pour lui seul. Salaud de jeune ! Accueillez-le. »  Allain Leprest

Marc Servera

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Le printemps sans amour

7102013

Le printemps sans amour
C´est pas l´printemps

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Pas sûr que ce soit une information, mais septembre c’est le mois de la rentrée. Et c’est comme si les saisons s’inversaient. L’automne devenant le printemps. Après un hivernage ensoleillé, c’est le renouveau, le départ d’une nouvelle année, l’espoir qu’elle sera ce qu’on en attend.

Je me souviens, gamin, du premier jour de classe, précautionneux de mon nouveau cartable contenant de beaux cahiers tout neufs protégés par leurs protège-cahiers aussi neufs, des crayons noirs HB  ou de couleurs tous bien taillés… La suite serait sûrement moins délectable, mais on n’est pas là pour se faire rire même un peu.

Juste pour dire que pour Reims Oreille, c’est pareil. Des fins d’années toujours sur le fil (euphémisme pour dire qu’on ne passe jamais par le Luxembourg pour partir en vacances) et hop, dès les vendanges en vue, on se dit que ça va repartir, que c’est pas possible, qu’avec le programme qui se profile, va falloir se serrer.

Et justement, cette année le programme n’a rien à envier aux précédents et que ceux qui, un jour, sont sortis déçus d’une soirée nous le disent (avant de baisser la tête pour éviter la baffe).
2013-14 : Un programme d’enfer, un tourbillon d’artistes, un maelström de talents, qu’on ne saurait que vous conseiller d’en réserver les dates (voir plus loin) sur votre agenda tout neuf.
Qu’on ne saurait que vous conseiller d’en parler à vos amis, de les forcer à vous accompagner, s’ils veulent encore pouvoir sonner à votre porte avec la certitude quelle va s’ouvrir.
A vos voisins(e)s, s’ils ne veulent pas connaitre une nouvelle définition de la mitoyenneté.

En résumé ne gâchez pas notre printemps qui est aussi le vôtre comme la suite des saisons.

 « Ce n’est pas parce que
L’automne et l’hiver viendront
Qu’il faut arrêter le printemps
Les bourgeons éclatent
La fête est là »

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Marie-Josée Neuville (1938)

27062013

Auteure-compositeure sur cahier d’écolière

Il est souvent de bon ton de sourire ou d’ironiser à l’évocation de Marie Josée Neuville. Pas de quoi. Si les airs de Marie Josée n’ont pas révolutionné la chanson française, ils n’étaient pas, non plus, pires que d’autres garçons et filles du même âge qui viendraient se promener deux par deux dix ans plus tard.

Il est vrai qu’en repérant cette jeune fille dans un concours d’amateurs qu’elle gagne avec « une guitare et une vie »  pas sûr que Pathé Marconi, qui lui propose son premier disque, n’y voit pas un bon coup  de commerce

Des mains pour travailler
Des oiseaux pour rêver
Une guitare pour chanter.

Les rimes sont encore pauvres mais le coup va marcher.

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Parce que les jeunes, qui à l’époque avaient encore l’âge de leurs acnés, se retrouvent dans ses petites chansons, ses socquettes blanches  et ses nattes.

Dans cette quatrième république, un peu grisouillarde, avec sa voix claire et un peu d’air frais, la chanteuse devient la première  « vedette » des jeunes : parce qu’elle ressemble aux autres filles de son âge et qu’elle chante ce que pensent ceux et celles qui ont alors 18 ans » :

À ton âge tu connais bien
Les pensums, le meilleur copain
Les privations de cinéma
Et les colères de Papa

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1956. Bac moins un, la collégienne de la chanson au look de fille bien sage fait un malheur avec Johnny Boy :

Maman vient de terminer
L’histoire de cow-boy Johnny
Petit Pierre l’a écoutée
Et s’est endormi

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Et le monsieur dans le métro la lance définitivement mais en surprend certains :

en expertise digitale
Une main chercheuse et discrète
Sur ma colonne vertébrale
Tapotait une musiquette..

« Le lendemain j’étais dans tous les journaux ! Si vous réécoutez cette chanson, vous verrez qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat, mais à l’époque, vous n’imaginez pas ce que cette chanson a pu heurter, surtout chantée par une gamine de dix-sept ans… »

Si dans « Par-devant par-derrière », la malice est involontaire, la censure le sera moins qui l’interdira aussi. Suivront, en effet, quelques déchainements qui aujourd’hui font surtout sourire :
On  la voit « ambiguë au point de -peut-être-  s’attirer un public de candidats aux ballets roses » ! On note qu’« elle a joué sans le savoir sur un registre trouble ». !!: et qu’ « il convenait mal à Marie Josée Neuville d’imiter le pornographe du phonographe ! » Certains verront derrière ses vers d’adolescente perverse, ni plus ni moins qu’un tas « de stupre et de fornication ».
On n’avait pas peur ni des mots ni du ridicule à c’t’époque.

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Les  choses sont évidemment bien plus simples que cela. Ni naïves ni libertines, les chansons de Marie Josée,  se contentent de livrer leur simple parfum de jeunesse , ce qui n’est pas si mal que ça .

Pas de printemps dans ta vie inhumaine
Pas de fleurs ni de joie, pas d’amour ni poème
Mais parfois dans la nuit comme un petit enfant
Tu pleures sans témoin doucement

Meunier, meunier tu es cocu et ta femme est friponne
Car si elle a de beaux écus ce n’est pas toi qui les lui donnes

Au bout du compte, reste un phénomène original. Soutenue par les émissions télévisées, à 18 ans elle aura, avec sa petite guitare, vendu plus d’un million de disques.

Fin des années cinquante, la collégienne est devenue femme. Elle a ôté son costume de scène.  Ça plait moins, son étoile s’effiloche.  Alors elle s’en va sans regret chanter pour les marmottes savoyardes.

Servez-moi s’il vous plaît de la vie dans un grand verre
Et trinquons pour qu’elle soit longue et heureuse
J’avalerai à moi seule toute une bouteille entière

 Jean-François Capitaine




L’Audio et le Visuel

26062013

Le CD : qu’ajoute ou que retire  le visuel à l’audio ?

 « Une chanson, c’est une compagnie, c’est bien utile pour entreprendre un voyage solitaire.
On peut se confier à elle, lui tenir la main, lui souhaiter bonne chance, entendre ses secrets.
[On] serait comme une âme en peine sans une chanson. »

Joseph O’Connor

À cette question posée par Reims-Oreille, j’ai eu envie de donner la forme d’une conversation animée entre trois interlocuteurs.

Je vous les présente :
A : un auditeur irréductible qui résiste encore et toujours à l’envahisseur audiovisuel.
B : un auditeur éclairé aussi, mais plus nuancé, un peu philosophe sur les bords.
C : une chansonneuse (*) pas connue tenue, au-delà de ses pratiques artistiques, de jouer le jeu d’une communication promotionnelle minimale.

Bien entendu, ces quelques répliques ne prétendent pas faire le tour de la question et le débat reste ouvert…
La scène se passe dans le salon de A où les trois amis, réunis par leur passion commune pour la chanson, discutent.

A — Quand on voit à quel prix se vendent les CD physiques – et je ne parle même pas de la Fnac ou de Virgin, mais même des sites de chanteurs non médiatisés –, on se dit que le téléchargement a du bon (le téléchargement légal, of course ; je ne suis pas pour priver les artistes de toute forme de revenu).

C — D’un point de vue économique, oui, ça a certainement du bon, du moins pour le public. D’un point de vue artistique, ça se discute. Je ne sais pas si c’est uniquement une question de générations, mais il y encore quelques personnes qui tiennent à l’« objet CD » en tant que support visuel du « produit » audio, lequel demeure évidemment la motivation première de l’achat de l’album.

B — En l’occurrence, le support visuel en question ne fait que remplir la fonction très prosaïquement commerciale d’emballage. Les lois du capitalisme sont telles qu’il faut bien que la musique, par définition immatérielle, trouve un support matériel par lequel être vendue, en magasin du moins.

A — Pourquoi pas dans ce cas une simple pochette en papier, avec juste le nom des auteurs, compositeurs et interprètes et les mentions légales ? Moi, ça me suffirait largement, et ça réduirait considérablement le coût de production et a fortiori le prix de vente ! Du même coup, le CD serait plus accessible à plus de gens.

C — Une pochette en papier ? Avec un rond de Cellophane au milieu ? Baaaah ! Quelle tristesse !… Et pourquoi pas un boîtier cristal, tant que tu y es ? (Je déteste les boîtiers cristal, ça utilise plein de produits pétroliers et l’été ça fond quand on les oublie dans la voiture – qui, en plus, utilise plein de produits pétroliers elle aussi.)

B — Je ne suis pas persuadé que les gens achèteraient plus de CD physiques s’il n’y avait pas un support visuel digne de ce nom. Ce n’est pas qu’une question de coût. Sur Internet, OK, c’est un autre fonctionnement – encore que les sites de téléchargement font aussi usage de visuels. Mais à quoi ressemblerait un magasin de disques s’il n’y avait que des pochettes en papier toutes bêtes ou, comme dit C, des boîtiers cristal sans jaquette, avec seulement quelques noms dessus ? Je suis sûr que même toi, A, ça ne te donnerait pas envie.

A — Sincèrement, je crois que ça ne me dissuaderait pas, au contraire. Les CD, je les écoute, je ne les regarde pas ! Les chansons sont faites pour être entendues, pas lues ni regardées. Tout comme les chanteurs et les chanteuses doivent être juste écoutés, parce que dans l’absolu, on se fout de la gueule qu’ils ont.

C — C’est pas faux, mais…

B — Ton point de vue est très pur, voire puriste, mais il ne tient pas la route, tout simplement parce qu’il fait abstraction d’une dimension essentielle de la société, audio-visuelle par excellence, dans laquelle nous vivons. Tu ne peux pas nier qu’aujourd’hui tout passe par l’image. Ne serait-ce que parce que la télévision est la nouvelle dictature en ce bas monde. Sauf à décider d’aller chanter ses chansons à trois cocotiers sur une île déserte, tout artiste a besoin d’un minimum de médiatisation, et l’audio-visuel en est le vecteur de base. C’est très noble de ta part de vouloir résister à cela, mais ça fait un peu combat de David contre Goliath.

C — En même temps…

A — Rappelle-moi comment s’est terminé le combat de David contre Goliath ? Il faut des îlots de résistance dans ce monde de fous ! Je défends la chanson pour ce qu’elle est, à l’état brut, sans toutes les fioritures médiatico-promotionnelles qui la dénaturent. Sans, justement, le diktat de la promotion audiovisuelle, qui fait que tant de chansonneurs de nos jours ne trouvent pas leur public ; ni le public ses chansonneurs.

C — C’est bien là le…

B — Ne confondons pas tout. Tu es en train de parler de la standardisation du goût du public savamment orchestrée par les industriels de la musique pour qu’ils puissent vendre leur daube au détriment des artistes qui ont quelque chose à dire. Je ne vois pas le rapport avec ton rejet d’un support visuel associé à l’audio.

A — Il est complètement là, le rapport, pourtant. Tu viens de dire qu’aujourd’hui tout passe par l’image. C’est très symptomatique de notre culture du zapping. Le syndrome de la télécommande. On veut tout voir à la fois, on passe d’une image à l’autre d’un simple clic, mais ce faisant on ne voit plus rien. Et on écoute encore moins. On n’a pas le temps. Il faut aller vite, vite, consommer de l’image, consommer du son. Pourquoi se fatiguer à explorer, découvrir ? Les médias choisissent pour nous. On ne prend plus la peine d’aller à la rencontre d’un univers musical ou poétique singulier. On ne prend plus le risque de s’ouvrir – vraiment s’ouvrir, pas comme un consommateur, mais comme un vrai auditeur, un auditeur digne de ce nom – à l’expression de l’autre. Ce n’est pas franchement dans l’air du temps que d’accepter de se perdre, de s’émouvoir. Quand tu laisses ta porte ouverte à l’émotion de l’autre, tu t’exposes à ce que cette émotion touche la tienne, jusqu’à t’amener, peut-être, à contacter des zones de toi que tu aurais plutôt envie de laisser dans l’ombre. D’abord parce que tu n’as pas le temps de t’écouter vraiment, accaparé que tu es, comme tout le monde, par ton struggle for life quotidien. Ensuite parce que tu en as un peu peur, à cause des petits ou grands bouleversements que cela pourrait occasionner dans ta tête, dans ta vie…
C’est bien pour cela que l’image est tellement valorisée dans notre société du moindre effort. En s’imposant à nous, non seulement elle nous dispense de la curiosité d’aller vers l’autre…

C — Savoir s’effacer pour permettre l’émergence de l’autre, comme disait je ne sais plus quel mec bien.

A — … non seulement elle nous dispense de la curiosité d’aller vers l’autre, donc in fine vers nous-mêmes, mais en plus, elle nous dit ce qu’il faut voir et écouter. C’est un excellent outil de manipulation des foules, parce qu’elle nous brosse dans le sens du poil, qui est, il faut bien le dire, celui de la facilité, voire de la veulerie.

B — Oouucchhh ! Je ne vois toujours pas trop le rapport, mais à part ça, c’est joliment dit. J’ai quand même l’impression que tu as tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain.

C — Je peux en placer une ?

A et B — Vas-y.

C — Merci. De toute évidence, A, ta sensibilité personnelle te porte vers des émotions esthétiques plus auditives que visuelles. Ce qui n’empêche qu’il y a du vrai dans ton analyse, même si elle est un peu hors sujet. Je comprends que tu rejettes le côté spectaculaire mis en avant par le show-business, mais le show-business n’est pas notre propos ici. Ce que je voulais dire depuis tout à l’heure, c’est que, aussi paradoxal que ça va peut-être te paraître, l’« objet CD », avec sa jaquette, son livret, bref avec tout son support visuel, l’« objet CD » peut représenter, lui aussi, une forme de résistance au fait que la chanson tende à se réduire à un banal produit de consommation. Une résistance à cette démesure de musique numérisée, au point que certains se plaisent à dire qu’ils ont sur leur mp3 ou dans leur ordi plus de chansons qu’ils n’auront jamais le temps d’en écouter dans toute leur vie.

B — Oui, c’est assez curieux comme attitude. Une façon inconsciente de vouloir repousser les limites de leur propre finitude ?

C — Va-t’en savoir, Schopenhauer. Mais à l’inverse de la culture du zapping que tu évoquais, l’« objet CD » incite à prendre le temps de la contemplation, aussi bien visuelle qu’auditive – si tant est qu’on puisse parler de contemplation auditive, mais on va dire qu’on peut ! L’« objet CD » invite à se poser, à se rendre disponible pour la découverte, pour le voyage. Tu mets le CD sur la platine, tu laisses le son remplir la pièce et, aussi longtemps que tu as la pochette entre les mains, tu te mets sur « pause », tu interromps le tourbillon de tes activités de subsistance. Aussi longtemps que tu as la pochette entre les mains, tu n’as rien d’autre à faire que plonger dans l’univers de l’artiste que tu es en train d’écouter. Tu prends le temps… Le visuel de la pochette est un guide supplémentaire dans ton immersion. Tu caresses le papier, tu le respires, tu regardes la jaquette, tu feuillettes le livret, tu lis les paroles, les noms des musiciens, tu rêves… Tu mobilises tous tes sens, pas seulement l’ouïe. Et si la pochette est réussie, loin de parasiter ton écoute, elle t’y accompagne.

A — C’est bien là le problème. Tu peux être incité à acheter un album parce que la pochette est super belle, avant de t’apercevoir que les chansons sont nazes.

B — Si le contenu ne tient pas les promesses du contenant, ça s’appelle tromper sur la marchandise. Mais là, on est encore dans une logique showbiz. Imagine qu’inversement les gens se détournent d’un artiste qui fait des pochettes merdiques, voire pas de pochette du tout, parce qu’il s’en fout, il est au-dessus de ça, alors que sa musique est sublime ? Ça ressemblerait à de l’auto-sabotage, non ?

C — Pour se permettre ça, il faut être déjà super connu. Pour ne plus avoir besoin du visuel, il faut déjà être passé à travers tous les filtres de la médiatisation, avoir été vu, vu et revu. Pour quelqu’un qui en est à essayer de se faire connaître, ce serait effectivement de l’auto-sabotage.

A — C’est bien pour ça que le visuel associé à l’audio est un piège. C’est bien pour ça que je m’en méfie et que, je persiste et signe : pour moi, ce qui compte, c’est la chanson, pas ce qui l’entoure. Et quand un artiste présente une chanson, c’est la chanson qui m’intéresse, pas la pochette, pas le look du mec ou de la fille, pas même sa prestation scénique… Finalement, il n’y a que le fond qui trouve grâce à mes yeux.

B — C’est ça, tu es un essentialiste. Bon, un idéaliste. Bon, un utopiste.

C — Ça y est, B sort l’artillerie des mots en -iste.

B — Légèrement manichéen aussi. La méchante forme contre le gentil fond… Je rigole.

A — Très drôle. Laissez-moi terminer. La forme  n’a aucune importance. Qu’elle soit visuelle ou même sonore, d’ailleurs. Je ne suis pas non plus extrêmement attaché à la qualité de l’enregistrement. Un vieux magnéto à K7 tout pourri, ça me va très bien.

B — Ah ! bon ? C’est dingue, ça. On a la chance d’avoir du super matos aujourd’hui, et d’avoir accès à un son quasi parfait. Je ne vois pas en quoi un super son plus une belle pochette contrarieraient ta vision immaculée de la chanson.

C — Putain, les mecs, on est en train de transformer le sujet en un combat de boxe, Battling Visuel contre Audio Joe ! Pourquoi vouloir absolument les opposer ? On le sait bien qu’aujourd’hui, la chanson fait difficilement l’économie de la photo, du clip ou de la vidéo. Ces moyens de diffusion n’ont rien d’infamant ni de réducteur pour la chanson, si la chanson est bonne ! Ce ne sont des pièges à con que si la chanson est naze ! Pourquoi mettre en concurrence des modes d’expression artistiques différents alors qu’ils se complètent pour concourir à créer du beau ? C’est l’utilisation du visuel à des fins publicitaires, c’est enrober une daube dans un bel habillage pour la faire passer pour une bonne chanson, c’est ça qui est contestable, pas le visuel entant que tel.

A — Peut-être.

B — C’est ce que je me tue à vous dire depuis tout à l’heure.

C — Il ne faut pas oublier que par nature, la chanson est métisse. Elle est la fille de la poésie et de la musique. L’enfant chérie d’Érato et d’Euterpe.

A — Hé hé… Quelle opportuniste… Tu surfes sur la vague de la famille homoparentale !

C — Si tu veux… Mais surtout multiethnique ! Puisque dès le départ la chanson est de sangs mêlés, pourquoi lui refuser d’autres parentés ? Elle pourrait très bien avoir pour frères ou cousins les arts de l’image, peinture, dessin, photo, graphisme, vidéo… Sans compter les arts scéniques. Plus l’enfant a des origines différentes, plus il est beau et en bonne santé, c’est bien connu !

B — Ça m’aurait étonné qu’on n’ait pas droit au couplet peace and love mes frères.

C — En tout cas, moi j’aurais été drôlement frustrée si je n’avais pas pu travailler sur l’aspect visuel de mon album ! J’y ai mis autant de sens que dans l’enregistrement lui-même. Pour moi, c’était vraiment crucial d’associer plusieurs expressions artistiques sur un même objet. De réaliser l’album de bout en bout, sous tous ses aspects. C’était important, au-delà de l’enregistrement ultra-peaufiné de mes chansons, de créer un bel objet visuel. De même que je tenais à ce que les arrangements jettent des ponts entre différents styles musicaux, qu’il y ait plein d’influences mélangées, de même je voulais qu’il y ait des ponts entre mes chansons et le visuel du CD, comme entre les divers modes d’expression (photo, dessin, peinture, graphisme) que j’ai utilisés pour ma pochette.

A — À vouloir des ponts partout, tu aurais dû être ingénieur aux Ponts et Chaussées.

C — Hi hi hi, c’est clair. Ou le mois de mai. Tout ça pour dire que dans ma démarche, le visuel était indissociable du CD audio lui-même. J’ai attaché énormément d’importance à la pochette de mon album, j’ai fait en sorte qu’elle ait le plus de cohérence possible avec les chansons dont elle est censée donner une première clé.

B — Un bel écrin pour un beau diamant… Comment elle se la pète, celle-là !

C — Ben oui, c’est un peu ça… Enfin, tu comprends ce que je veux dire.

B — Mmmaaaahh oui, je comprends.

C — Cela dit, c’est sûr qu’il faut se méfier de l’image quand elle est là non pas pour stimuler l’imagination, mais pour la limiter. Je pense aux films tirés de romans. Le réalisateur décide pour nous de quelle tête vont avoir les personnages, alors qu’en lisant le roman on s’était fait notre propre image d’eux. Un film tiré d’un livre est souvent décevant. Mais c’est différent pour la chanson, parce que le chansonneur n’est pas un personnage de fiction. On a moins besoin de l’imaginer puisqu’il existe vraiment.

B — À propos d’écrin et de diamant, récemment j’ai assisté à un concert, la Grande Messe en ut de Mozart, avec un chœur grandiose et des solistes sublimes. Ça se passait dans une église carrément hideuse, sans aucun cachet, avec plein de bondieuseries en toc. Eh bien, cette dysharmonie entre la beauté de ce que j’écoutais et la laideur ce que j’avais sous les yeux a quand même un tout petit peu cassé la magie du moment. Je ne dis pas que mon plaisir en a été gâché, mais je suis sûr qu’il aurait été décuplé si ce concert avait été donné dans un lieu en cohérence esthétique avec la qualité musicale.

A — Alléluia… Quelqu’un reveut du café ?

 

Marianne Colombier

 (*) chansonneuse :  Comme on dit si joliment au Québec – un mot qui est, convenons-en, beaucoup plus avenant que l’administratif ACI (auteur compositeur interprète) des Sacem et consorts, et aussi plus adapté que « chansonnier » au sujet qui nous occupe.




Myriam Boyer est Fréhel

26062013

Dimanche dernier, nous entreprîmes à quelques-uns une descente sur Paname. Après un créneau d’enfer rue Froidevaux, nous accostâmes rue de la Gaité, dans ce froid et triste printemps parisien ! Paris, lève-toi, c’est Reims Oreille qui vient te voir !

Dans un petit théâtre du quartier, en compagnie du Clovis, nous assistâmes à la représentation dominicale réservée aux pôv’rinciaux. Sur scène, une vielle dame, une Pervenche devenue Fréhel, mi camée mi bourrée, interprétée par Myriam Boyer, s’adressait à une jeunette qui voulait chanter :

 « Tu chantes pour qui, là ? Tu m’entends ?

Ton public, il est où ? Pourquoi tu me r’gardes pas ? Tu chantes pour les murs ? T’es plantée là comme un pantin, tu m’ singes comme un comique troupier !

Tes yeux sont des fusils et moi ton gibier. Je veux m’ sentir en danger, parce que tu me parles de moi au plus profond, tu m’ fous à poil. Alors respire ! Je veux voir le désir gonfler là-dedans.

T’as déjà été amoureuse ? T’as souffert ? T’as ressenti ces nœuds qui te prennent aux tripes ? La gorge qui se serre à cause de l’angoisse quand tu penses à celui que tu ne reverras plus ? Ou si t’es heureuse, parce que tu aimes et qu’il t’aime, alors pense à l’émotion que te provoque l’absence de celui que tu vas revoir sous peu.

T’es pas n’importe qui. Tu CHANTES… Pour ceux qui sont là !  Ils sont venus te voir, toi, et ils attendent comme des piafs attendent la becquée. Ils veulent becqueter du vécu, du ressenti, de l’émotion qui leur rappelle les leurs. Ils aiment qu’on parle d’eux, c’est le reflet de ce qu’ils vivent. N’oublie jamais…

Regarde leurs yeux, grand ouverts. Prêts à en prendre pour leurs sous. Et à t’en donner aussi !

Harangue-les, remue-les. Et ne cherche pas à les berner, à leur chanter des mauvaises complaintes. Ils les connaissent par cœur. Sinon ils te virent et hop ! En un rien.

Souviens-toi : sans eux, tu n’es rien… »

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Sur ces bonnes paroles, nous allâmes faire un tour chez les voisins du Montparnasse, saluer la belle Joëlle, car on avait encore rêvé d’elle, chatouiller les grandes oreilles du beau Serge. On aurait bien aimé trinquer avec le père Carmet, mais on l’a pas trouvé. Reiser non plus. On a raté aussi Baudelaire et Maupassant. On est bien passé devant le Jean-Saul et sa Pimone, on s’est pas arrêté, y avait du monde !

Et comme ça caillait, on s’est cassé ! On a atterri sur le périph. C’est là que le dimanche les Parisiens tournent en rond, du matin au soir. Ils partent à l’aube naissante dans un sens et ils reviennent aux aurores de l’autre côté !

Quel bordel ! Encore heureux qu’avec notre pilote habitué aux bouchons de la place d’Erlon on s’est faufilé entre les mailles. Quai d’Ivry, on est sorti. On n’a pas vu la Scène, ils avaient dû la démonter. On a cherché partout, dans le petit Ivry, la statue de Maurice Thorez, comme nous l’avait raconté Manu Lods, mais on n’a rien vu. Encore une connerie de chanteur ! On a aperçu, en face du moulin, une lumière rouge et noire qui sortait du Forum monégasque, mais on est pas rentré, on n’était pas habillé pour la chanson à texte !

Au bout d’une heure, on a aperçu les lueurs de la ville. Bien contents de retrouver la civilisation. Mais on garde en mémoire les paroles de la vieille en guenilles… et on se dit que c’est de la chanson comme ça qu’on veut, nous les pôv’rinciaux ! Faut pas chercher à nous berner avec des refrains à la con !

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CL




Avis aux Compositeurs

26062013

Il tient depuis peu dans ces colonnes la belle rubrique « De chanson et du reste » et ne dira mot des siennes.

Il est vrai que ses « textes sont originellement extérieurs, périphériques à la chanson » et qu’il n’est, toujours d’après lui, « ni poète, ni artiste ».

Albert Camus disait que mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.

Il s’agit dès lors de traquer les mots qui manquent, et c’est précisément le remarquable particularisme du travail d’auteur de Cyril C.Sarot. La contradiction n’est en partie qu’apparente, l’exigence laissant autant insatisfait de soi-même que détaché des termes et appellations génériques.

Le mot qui manque est moins sûrement un mot qu’une respiration entre les mots, entre les lignes un souffle, un élan. La plupart des auteurs emboîtent leurs mots, plus rares sont ceux laissant – recherchant – cet interstice où les mots gardent la parole, où la phrase, le vers, le propos peuvent déborder de leur cadre. On est alors loin de l’eau troublée pour laisser croire à sa profondeur. A l’air libre un ruisseau, non une canalisation.

Dans le cœur mis à nu
Qui s’offre et sans défense
L’atome un peu crochu
Qui fait la différence

J’ai apprécié l’artiste – pardon, l’auteur – avant de connaître le bonhomme, et les deux ne font qu’un. « Je ne sais où je vais, mais j’aurai su partir », écrit-il. Le propre du ruisseau.

Deux sites, Hors-chant et L’Autrement dit, forment une élégante présentation de ses écrits et recueils où ses vers toujours ont cette musique intérieure qui permet de les goûter comme… des poèmes. Pour cette raison, dit autrement, ils sont plein chant.

On trouve en exergue de l’un de ses blogs cette citation d’Erik Satie : « C’est le musicien qui inventa l’art sublime d’abîmer la poésie. »

Avis aux compositeurs !

La barre est haute.

https://lautrementdit.wordpress.com/
http://horschant.wordpress.com/

 

Marc Servera




Le Forgeur de Tempos

26062013

1977

En France, mis à part le dernier Brel et le premier Cabrel, pas grand-chose, et dans l’ordre « Laisse béton » de Renaud, « Jamais content » d’Alain Souchon, « Rockollection » de Laurent Voulzy qui sera n°1, et un grand prix de l’Eurovision.
Outre-Atlantique, pas grand-chose à se mettre sous la dent, sauf une explosion punk, le premier album des Clash et celui des Sex Pistols « Nevermind the bollocks », le second Costello. , un Neil Young tout juste bon pour remplir les termes de son contrat, le premier Peter Gabriel…
Prévert ne nous offrira plus d’inventaire, ni ses tirades entrées dans la légende :
«  – On m’appelle Garance.
- Garance, Oh, c’est jolie.
- C’est le nom d’une fleur.
- D’une fleur rouge, comme vos lèvres. Alors ?… »
« T’as de beaux yeux tu sais »… (dans Quai des brumes, écrit à partir d’un roman de Pierre Mc Orlan, un pote de Couté).
Il tire sa révérence, Chaplin et Nabokov aussi s’en vont cette année-là.
Le fils de Tolkien publie le Silmarillion, il faudra quelques années pour qu’il soit traduit en français.
Au cinoche, deux monuments différents :
« L’homme qui aimait les femmes » avec le superbe Charles Denner, dans ce qui fut peut-être son seul premier rôle, et « Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… » le premier grand rôle de R2-D2 et C-3PO, et de Dark Vador.
Quelques autres perles, L’Ami américain de Wim Wenders, Annie Hall de Woody Allen, Cet obscur objet du désir de Luis Bunuel, Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, New York, New York de Martin Scorsese, Nous irons tous au paradis d’ Yves Robert, Rencontres du troisième type de Steven Spielberg et dans un autre genre, Un pont trop loin de Richard Attenborough.
C’est aussi l’inauguration du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou, transformé en centrale nucléaire dans le Petit Reporteur… Jacques Chirac est élu premier maire de Paris depuis la Commune de Paris..
Hamida Djandoubi sera le dernier prisonnier passé à la guillotine. En octobre, la loi Informatique et Libertés interdit le fichage systématique des citoyens. Depuis, Sarko est passé par là et les fichiers se sont multipliés.

Richard Gotainer sort son premier album « Le Forgeur de tempos », le premier d’une longue série, à l’époque il avait encore des cheveux longs (façon dreadlocks sur la pochette) accompagné déjà par Claude Engel multi-instrumentiste et surdoué du manche à six cordes.

Le Forgeur de Tempos dans Chantons à Sèmes gotainer01-300x300

———Face A———

 Le Moustique

Un début de picking sur Martin ou Gretsch, typique et épique pour une histoire de moustique, à la Steve Waring, une voix tendue un poil nasillarde, qui fait couler des mots tout en tension, une sorte de basse travaillée à la limite de la percu et le morceau qui décolle. Comme le moustique retour au picking, superbes arrangements en fond. Et une fin très sèche, très travaillée.

C’est le bruit qui pique typique au moustique

gotainer03-295x300 dans Chantons à Sèmes

Buée

Une petite percu pour démarrer et une petite musiquette genre Calypso, rien à redire des chœurs en finesse, une sorte de synthé. Refrain et délire orchestral. La fin traine un peu beaucoup en langueur.

Buée, Dégringolée des nues en nuées

Too Moo

Un synthé acide façon grillon, riff de gratte, rythmique percu façon pseudo black.

Et le texte démarre,

A tout petit pas chaloupés
J’ondule dans la mollesse.
Je sens en moi une montée
De soudaine faiblesse

Tout est dit, de belles orchestrations, qui invitent à la mollesse et à la béatitude.

Mou, tout mou

Sacré Déconneur

Une bonne grosse galéjade (peut-être une première esquisse de ce qui deviendra le Yooki, des années plus tard). Les arrangements sont cependant d’excellente qualité, avec des chœurs façon Beach Boys (la voix de Gotainer est un poil trop en avant sur la fin).
Et en plus c’est long comme une mauvaise blague. Allez zoup, chanson suivante

Mais avec le talent qu’il a
I’ devrait faire du cinéma

Le Forgeur De Tempos

Le titre éponyme – bon oui ça fait plusieurs fois que je le fais – mais je ne m’en remets pas de ce mot là.
Un petit fifre pour démarrer, une basse étriquée, des grattes dans tous les sens.
Break pour le refrain, juste porté par le rythme.
Et toujours la voix qui n’a pas changé depuis 35 ans.
La fin part en sucette mais pas grave, ça va avec le morceau.

Il tamponne tout ce qui résonne
Tout ce qui passe à sa portée.

 ———Face B———

 L’Empereur Du Flipper

Gros riff de rock pour démarrer, avec solo basique, grosse rythmique basse-batterie. Et le Richard démarre, en voix doublée. Le texte colle parfaitement, le flipper sur un rock tout simple. Rien de mieux, avec un grosse reverb sur la voix pour la fin du couplet. Et puis même le changement de tonalité juste comme il faut, ça le fait bien !

Mais pour voir clair dans mon jeu
Au dix, il faut qu’je mette le feu
Et affoler le compteur à coup d’bumper

Et les chorus pour la fin du morceau, game over.

Polochon Blues

Un démarrage gros blues façon delta, à deux trois guitares, tout en puissance, avec des chœurs façon Motown, mais le tout s’équilibre parfaitement. Et un humour à couper au couteau.
Et la fin vire à la Johnny avec grosse basse, batterie ; une synthèse de l’évolution du blues

Une haleine à vous tuer un bœuf
Fait s’évanouir ma nuit
La pulmol au coin des yeux
Je renais à la vie

Et je vous laisse découvrir la fin des paroles du morceau…

Le Taquin Et La Grognon

Le premier tub du Gotainer. Un début musiquette gentillette, hyper léché.
Un flutiau, suivi d’une rythmique de gratte, et le début du chant.
Et les deux personnages sont posés, le taquin et la grognon.
Des chœurs, des claviers dans tous les sens, bon y’a juste à aller y mettre une oreille.

Et un si beau texte, plein d’amour.

Sans répit elle le canulait
A grommeler des arguties
Il répondait des quolibets
Il ripostait par des lazzis

La fin manque d’intérêt et fait remplissage.

gotainer04

Confetti

Superbe début de guitare picking, merci à Stephan Grossman.
Bon le reste n’a que peu d’intérêt… C’est bien arrangé et bien produit mais on s’ennui, c’est convenu.

Avec ses grands yeux chocolat
Et ses allures de gourmandise
On la dirait sortie tout droit
D’une énorme pochette surprise

Fais-Moi Une Chanson

L’exercice de style, allez zou, on passe.

Tu t’imagines une basse en tutu
Qui fait des bulles avec un son joufflu.

Yves Tréflez

 







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