La complainte de Fualdès 

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1817. La France est en restauration depuis deux ans.

Dans la nuit du 19 mars, c’est la pleine lune dans Rodez endormie, Ta-Ta-ta, Antoine Bernardin Fualdès, ancien procureur impérial est sauvagement assassiné au son d’un orgue de Barbarie, destiné à couvrir ses cris. Au matin, son corps ligoté, gorge tranchée, flotte dans les eaux aveyronnaises.

Capitale du Rouergue
Vieille ville de Rodez
Tu vis de sanglants forfaits…

 Il y a surement pire que la mort d’un procureur, mais allez savoir pourquoi, celle-ci va être à l’origine d’un feuilleton mélodramatique, monté en épingle, décortiqué, analysé, qui va déclencher passions et tenues en haleine dans toute l’Europe et même au-delà de l’Atlantique

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Officiellement, la dizaine d’acolytes suspectés ont tué pour des raisons politiques un ancien bonapartiste. La chanson, elle, se fout des motifs, seul l’intéresse le croustillant qui excite, le détail qui horrifie, la description qui titille l’auditeur.

Deux procès seront nécessaires pour trancher surtout quelques  têtes. C’est le grand spectacle. La confusion la plus totale. On vend des places pour assister aux débats. Plus de 500 témoins sont appelés à défiler. Parmi eux, Clarisse qui n’a rien vu mais dit tout, ce qui lui vaut un séjour en prison pendant lequel elle rédige des mémoires aussitôt traduits en plusieurs langues.

Dans cet asile du crime,
Pleurs, débats, j’entendis tout
Imprudente et voilà tout
Derniers cris de la victime,
Me trouvant là, par hasard,
Et dans un moment d’écart.

Sur le vieux principe de la chanson interminable puisque tragique, un dentiste, entre deux clients, écrit pour l’occasion « La complainte de Fualdès » : un modèle du genre, avec ce qu’il faut de fausse naïveté et de plaintif. Le succès de la chanson est d’emblée foudroyant. Dans les villes et les campagnes, on se gargarise de ses 48 couplets (18 minutes à la radio) qui s’échinent à bien détailler le crime, égrenés sur un tempo grave pour bien susciter indignation et intolérable tristesse.

On égorge la victime :

Voilà le sang qui s’épanche ;
Mais la Bancal aux aguets,
Le reçoit dans un baquet,
Disant : « en place d’eau blanche,
Y mettant un peu de son
Ça sera pour mon cochon. »

             On la jette à l’eau :

Par les lois de la physique
Le corps du pauvre innocent,
Se trouvant privé de sang,
Par un miracle authentique,
Surnage aux regards surpris
Pour la gloire de Thémis.

Par chance tout se termine bien…

A la fin, tout débat cesse
Par la condamnation
De Bastide et de Jaussion,
Colard, Bax et la tigresse
Par un légitime sort
Subissent l’arrêt de mort.

Dormez braves gens…

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