XYZ
Depuis plus de sept ans, notre ami Jean-François Capitaine nous fait profiter de ses anecdotes, de ses vérités historiques plus croustillantes les unes que les autres.
Il avait ses histoires dans un coin de sa mémoire,
un jour il a décidé de les coucher sur le papier,
de les faire imprimer même
et tous les trois mois il nous en propose une.
Son XYZ de la chanson n’a rien d’un ABC,
c’est pas rangé,
c’est un joyeux bordel organisé :
quand on ouvre un tiroir,
tout dégringole
et il suffit de ramasser pour se régaler.
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Reims Oreille : Bonjour Jean-François, est-ce que je dois t’appeler Mon Capitaine ?
Jean-François Capitaine : Personne ne le fait, sauf ceux qui se croient drôles.
R.O. : La chanson, tu es tombé dedans tout petit ?
J.-F. C. : Tout petit, oui ! J’ai un vrai souvenir dans ma toute petite enfance de chansons qui passaient sur Radio-Luxembourg. Je me souviens parfaitement qu’à six ou sept ans, je chantais avec Lily Fayol « Qui c’est qui fait glouglou ? C’est la bouteille ! C’est la bouteille » . J’ai eu très tôt le goût de la bonne chanson et celui de la philosophie appliquée.
R.O. : Tu n’as jamais écouté de rock ?
J.-F. C. : Si, si, étant jeune, j’aimais beaucoup Danyel Gérard et j’ai dû aller jusqu’à Eddie Cochran. Après, c’est difficile de cheminer dans tous les domaines. Manque de temps et de d’accompagnant. Et je dois avouer que je supporte mal l’ambiance des concerts rocks : trop de tout. J’ai horreur de l’austérité, mais je garde quand même un faible pour la sobriété. (en tout cas dans ce domaine !)
R.O. : Parmi ceux qu’on nomme petits, quels sont pour toi les trois grands ?
J.-F. C. : Je ne situe pas bien la frontière entre les prétendus petits et les soi-disant grands. J’essaie (même s’il y a parfois, malgré soi, un peu d’artifice) de ne jamais hiérarchiser les chansons que j’aime. Quand j’écoute un artiste avec plaisir, il est -sur le moment- aussi grand que le grand qui dort dans sa pochette.
R.O. : Où trouves-tu toutes ces anecdotes sur la chanson ? Tu les inventes ?
J.-F. C. : Pas toutes. Je puise essentiellement dans ma petite collection de bouquins, que certaine juge parfois trop conséquente. « Ah, encore un livre indispensable sur la chanson que tu n’avais pas, je suppose ! » se moque ainsi ma femme à chaque nouvelle acquisition. Ma femme est méchante. Alors que je ne dis rien chaque fois qu’elle s’achète des endives.
R.O. : Comment as-tu écrit ce fameux dictionnaire ?
J.-F. C. : Sans aucune préméditation, je plaiderai donc non coupable. Simplement, désœuvré par l’absence de travail lié, j’ai commencé – pour fuir la dépression qui me guettait – à noter toutes ces petites histoires qui font l’histoire de la chanson et aussi celle des hommes qui les chantaient. Je les d’abord ordonnées pour moi et désordonnées ensuite pour emmerder les copains qui, je le savais, seraient obligés de faire semblant de les lire.
R.O. : L’écriture, ça t’est venu comment ?
J.-F. C. : Au CP, par la méthode alphabétique et Mademoiselle Boidin qui enseignait à coups de règle sur nos petits doigts. Je n’aime pas les règles, surtout celles des autres. Par peur, le CP fut la meilleure année de toute ma scolarité.
R.O. : La chanson à Reims, ça t’évoque quoi ?
J.-F. C. : Une case plutôt vide : espace culturel et argent sont engloutis dans des superstructures surement disproportionnées par rapport à la taille de la ville, des entreprises spécialisées dans lesquelles la chanson n’a aucune place.
R.O. : Qui n’as-tu jamais vu sur scène et que tu aurais aimé voir ?
J.-F. C. : Brel, Piaf, Bruant, Georgius.
R.O. : Le piano sur la photo, c’est pour faire beau ?
J.-F. C. : Je ne suis absolument pas doué pour la musique, mais le piano c’est un vieux rêve d’adolescent frustré. J’y touche un peu mais pas trop, car il ne faut pas abimer les rêves.
R.O. : Autrefois, le PC avait Ferrat, les Anars Ferré, la droite Sardou, quels sont aujourd’hui les chanteurs de parti ?
J.-F. C. : On voit bien une chorale derrière Bayrou, mais je trouve que la chanson contemporaine (la vraie) fait plutôt dans une liberté de ton, sympathique parce que justement sans militantisme agressif. « Les Drapeaux » de François Gaillard en est une belle illustration, que j’aime beaucoup.
R.O. : La chanson a-t-elle ou doit-elle avoir une mission politique ?
J.-F. C. : Une mission non, surement pas, mais comme la politique est partout, il serait dommage de n’en trouver trace chez elle. Rien n’est pire que ceux qui se croient neutres ou objectifs. Je ne supporte que les gens de parti-pris (ce qui n’implique aucune certitude) et surtout ceux qui ont les mêmes que moi.
R.O. : Chanson et poésie, c’est pareil ?
J.-F. C. : J’ai une vision très large de la poésie, qui pour moi est une expression qui s’oppose au vulgaire du quotidien. La poésie est le contraire d’un agent immobilier. Elle peut être belle, méchante, triste, rigoureuse ou foutraque. Elle peut être partout. La poésie c’est Dubuffet, Audrey Hepburn, Dubillard, Borobudur, Fausto Coppi, Bardamu, une souris d’agneau aux amandes, Dubout, une jolie fleur, une peau de vache…
R.O. : Dubuffet, Audrey Hepburn, Dubillard, Borobudur, Fausto Coppi, etc. en quoi ils sont poètes ?
J.-F. C. : Je ne sais pas s’ils sont poètes. Je dis simplement que ce qu’ils expriment dans leur art touche ma sensibilité de manière positive. Mais qui n’a pas vu Audrey Hepburn monter le Galibier en danseuse sur un 39×23, ne peut pas comprendre !
R.O. : La chanson, c’est donc de la poésie ?
J.-F. C. : Et en plus, c’est de la chanson.
R.O. : La chanson sans musique, ça te fait quoi ?
J.-F. C. : C’est comme une omelette aux champignons sans les œufs.
R.O. : Et la musique à texte, c’est quoi ?
J.-F. C. : Ça peut-être un opéra : on ne comprend pas un mot de ce que chantent les personnages, mais on entend bien qu’à se crier dessus comme ça, ça va mal se terminer.
R.O. : Et La chanson à la radio ?
J.-F. C. : J’écoute relativement peu la radio. Je sais que j’ai tort et je m’en veux. Mais j’aime cultiver mes imperfections : ça me rend plus humain.
R.O. : La chanson ‘on chez Meyer, tu l’écoutes ?
J.-F. C. : C’est à coup sûr, la partie la plus con d’une émission qui n’est pas sans défaut, mais pas sans qualité non plus dans le concert général.
R.O. : En mai 2012, qui chantera place de la Concorde après les élections ?
J.-F. C. : Je doute fort qu’on ait droit à HK et à ses saltimbanques.
R.O. : La plus ancienne chanson écolo ?
J.-F. C. : A la claire fontaine. La chanson des blés d’or. Ou la Carmagnole
R.O. : Et Reims Oreille dans tout ça ?
J.-F. C. : J’étais sur un coup avec une vieille pour un projet de mécénat, mais sa salope de fille vient de la mettre sous tutelle.
R.O. : Quel artiste a été « oublié » – pour l’instant – par Reims Oreille ?
J.-F. C. : Paul Louka, mais je crois que c‘est trop tard.
R.O. : Et ton tiercé gagnant à Reims Oreille ?
J.-F. C. : Alors dans l’ordre, ce que je préfère dans ce qu’amènent les spectateurs pour les faims de soirées : le cake au noix et roquefort, la quiche lorraine (quand on ne lésine pas sur les lardons), les gougères au gruyère (mais il n’y en pas souvent).










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