Manu Lods « Un vrai métier »

Manu Lods « Un vrai métier » cdmanulodsReims Oreille : Nous t’avons reçu à Reims Il y a quelques semaines. Tu nous as chanté la plupart des chansons de ton dernier album. Pourrais-tu nous en faire le tour du propriétaire, nous en raconter les sources, les anecdotes, les musiciens, les trucs, les rencontres, les arrangements ?

Tout d’abord, « Vrai Métier », c’est quoi, ton vrai métier ?

Manu Lods : J’en ai testé quelques-uns, de coursier parisien à vendeuse aux Galeries Lafayette en passant par palefrenier ou manutentionnaire chez Canal +. Mais le « vrai » métier que j’exerçais à l’époque où j’ai écrit la chanson était maquettiste pour un journal d’assureurs. J’ai vécu là entouré de « collaborateurs » d’entreprise en costard qui ne se savaient pas noyautés par un intermittent du spectacle. Tout en faisant mine de travailler à l’ordinateur, sous le coude, j’écrivais les quatrains de « Vrai métier »…

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Reims Oreille : « Les épaules de mon père » : ça te fout le blues de jouer aujourd’hui l’hélicoptère ? C’est une chanson sur l’enfance ou la paternité ?

Manu Lods : Mon âge « charnière » lui permet d’être entendue sous les deux angles. Sans doute que le plaisir de porter ses enfants sur ses épaules fait remonter le souvenir d’avoir été juché sur celles de son propre père. C’est pour moi un souvenir physique très précis qui m’a souvent accompagné. L’idée de la chanson a mûri longtemps avant de l’écrire.

Reims Oreille : « Café bouillu », on est loin des Femmes de nos Potes avec cette chanson ?

Manu Lods : Je ne crois pas. On est toujours dans la chanson d’amour. Bon, « Les femmes de nos potes » est une chanson de jeunesse. « Le cœur à vingt ans se pose où l’œil se pose », disait Brassens. « Café bouillu » est plus intime. Même si la frénésie d’adolescent dragueur se fait parfois cueillir au coin de la rue par l’amour de sa vie, je crois qu’on y gagne au change. Et puis ma copine n’est pas du matin. À tel point que nos petites fâcheries matinales en sont devenues cocasses. Ça nous fait rire à chaque réconciliation. Je ne lui avais pas encore écrit de chanson, du coup, à la dixième porte claquée, je me suis dit que je tenais l’angle pour lui en faire une…

Reims Oreille : « Dans ton bar-tabac », Il y a toujours une place privilégiée pour le chanteur énervé ?

Manu Lods : Renaud aura toujours une place privilégiée en moi. Je l’ai fréquenté longtemps et j’ai une immense estime pour lui. Il a entre autres concrétisé pour moi l’idée que l’argent ne fait pas le bonheur. C’est le thème de la chanson « Dans mon bar-tabac ». Renaud est torturé par la nostalgie. Son hypersensibilité est son fer de lance, mais aussi son talon d’Achille. Son enfance envolée le ronge, et rien ne peut la lui rendre. Pas même le pouvoir qu’offre l’argent.

La chanson est enregistrée avec la propre guitare électrique de Bob Dylan (celle de l’île de Wight). Renaud enregistrait Morgane de toi à Los Angeles en 1983. Un jour qu’il était dans un magasin de musique, Dylan est entré et y a laissé sa guitare. Renaud l’a immédiatement rachetée, puis longtemps plus tard, l’a offerte à Mourad Malki (qui a réalisé mon album). Le jour de l’enregistrement de « Dans mon bar-tabac », Mourad a ressorti cette guitare et l’a tendue au guitariste Marco Papazian…

Reims Oreille : « La deuxième division », c’est pas un peu macho, ce titre ?

Manu Lods : Pourquoi, à cause de la métaphore footballistique ? Personne n’aime moins le foot que moi. Mais c’est mon ami Éric Toulis (compositeur de la chanson) qui a un jour utilisé cette expression, qui m’a fait rire. Je l’ai trouvé très adéquate au thème de ma chanson. Il est vrai que quand on vient d’avoir un bébé, on passe quelques semaines les mains dans les couches à vivre de longs moments de solitude. On est un peu éloigné de l’actualité de sa vie. Un peu « relégué » en deuxième division, comme disent ces footeux qui jouent dans des clubs de deuxième ou troisième zone…

Reims Oreille : Une des chansons militantes de l’album, très rock, « J’ai laissé dire », c’est l’hymne à la trouille, celle-ci ?

Manu Lods : Peut-être, mais plus précisément la trouille que devrait nous inspirer cet égoïsme coupable – et pourtant si humain – qui consiste à ignorer le malheur des autres de peur d’en être éclaboussé. Tout va bien tant qu’on est du « bon côté » socialement. Je veux dire tant qu’on travaille, qu’on a un toit sur la tête, qu’on a des papiers. Alors quand c’est le Rom du coin de la rue qui se fait emmerder par les flics, on a tendance à détourner les yeux, à se dire « moi ça ne me concerne pas ». Mais un jour la roue peut tourner, et c’est nous qui pouvons devenir le Rom de l’autre. Ce jour-là, nous étonnerons-nous d’être transparents aux yeux de ceux qui sont confortablement installés dans la société ? Le thème de cette chanson m’a été proposé par Claude Lemesle, qui était : « jusqu’où va ton silence ». Le jour même, de ma fenêtre à la Goutte d’Or, j’assistais à la scène pénible de trois flics en train d’humilier un petit jeune en balançant consciencieusement le contenu de son portefeuille sur le sol mouillé. Personne n’a bougé, personne n’a protesté. Moi non plus.

Reims Oreille : « Toi et moi » : tu peux nous expliquer : « j’suis l’type que t’es dev’nu/j’suis l’mec que tu d’viendras » ? Tu t’adresses à qui ?

Manu Lods : Il s’agit d’un homme qui s’adresse à l’enfant qu’il était. La chanson est construite autour d’une petite manipulation temporelle qui lui permet de « faire le bilan ». Au fond, toi, petit môme que j’étais, que penses-tu de ce que je t’ai fait devenir… ? J’ai mis du temps à faire cette chanson. À un moment, je n’arrivais plus à écrire. J’ai pris une voiture et j’ai roulé droit devant moi, un soir, jusqu’en Normandie, où je me suis trouvé une petite chambre dans hôtel miteux à côté de la nationale. Je suis resté enfermé dans cette cellule de moine jusqu’au dernier quatrain.

Reims Oreille : « 1er mai », ça déménage, c’est la révolution, la nostalgie de ce qu’on ne sera plus ou le retour de Gérard Lambert ?

Manu Lods : C’est peut-être une petite nostalgie de la gauche. Le thème de la chanson, là encore proposé par Claude Lemesle, était « tu es mon brin de muguet ». Parti sur l’angle d’une manif du 1er mai, je me suis inspiré d’une copine aux idées de gauche très catégoriques, qu’elle revendiquait avec force tout en travaillant pour une entreprise cotée en Bourse… La question étant : de quelle intégrité politique peut-on se réclamer quand la vie nous oblige – pour avoir un salaire – de bosser pour le grand capital… ?

Reims Oreille : « Chien de poubelle », elle existe et elle est vraiment jalouse ?

Manu Lods : La chienne a évidemment existé. J’ai vécu avec elle pendant plus de seize ans. Elle a accompagné toutes les tournées des Blue Jean, elle a aboyé en coulisses pendant des concerts, couru après sa balle entre les fauteuils du Casino de Paris tandis que nous montions le plateau pour Font & Val et laissé des poils dans une bonne trentaine de Novotel en France… C’était un petit bâtard parisien effectivement assez jaloux. Le couplet sur la culotte est véridique, à ceci près que la fille ne m’a pas plaqué mais… épousé.

Reims Oreille : « Samuel », le truc à faire chialer, tu l’as trouvé où, ce gamin-là ?

Manu Lods : Cette chanson est un peu un Ovni. Claude Lemesle nous avait demandé d’écrire une chanson sous la forme d’un journal. Tournant ça dans ma tête, je suis parti sur l’histoire d’un instituteur en 1942, m’inspirant d’une part du fameux film de Louis Malle « Au revoir les enfants », d’autre part du magnifique livre de Joseph Joffo, « Un sac de bille ». C’est bizarre à dire, mais je ne m’attendais pas du tout à écrire ce type de chanson. J’en suis encore étonné. Comme quoi, lorsque l’on suit un thème « imposé », on accède à des terrains sur lesquels on ne serait probablement jamais allé. On se découvre.

Reims Oreille : « Je prends soin de moi », c’est vrai ?

Manu Lods : Bien sûr. C’est une chanson bonne pour la santé, une chanson qui contient ses cinq fruits et légumes par couplet et surtout, si vous y faites attention, qui ne contient aucun adjectif qualificatif ! On a eu du mal à boucler cette chanson en studio. Il manquait quelque chose. Finalement, nous avons trouvé un organiste de talent qui nous a sauvé l’histoire. Il s’agit de Dominique Fillon, le frère de qui vous savez…

Reims Oreille : « Si je te perds », c’est la troisième mi-temps de la deuxième division ?

Manu Lods : Oui. Voire son tome ii. Dans le texte d’Aragon « Il n’y a pas d’amour heureux » mis en musique par Brassens, il dit : « ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare ». Ceux qui ont vécu le tunnel infernal du divorce et l’éloignement de leurs enfants comprendront.

Reims Oreille : Et la pochette ? Autant certaines ne veulent rien dire, autant celle-ci représente l’album en un cliché. Qui a fait ça ? D’où elle vient ?

Manu Lods : C’était mon idée, inspirée depuis l’enfance par la découverte des albums de Renaud, dont les pochettes « racontaient une histoire ». Place de ma mob, Ma gonzesse, etc. J’ai toujours aimé ça, du coup je l’ai réalisé pour moi. On a pris les clichés dans un ascenseur de l’hôpital Saint-Joseph avec des copains à moi sapés pour l’occasion en collaborateurs d’entreprise… C’était très drôle.

Reims Oreille : J’ai lu quelque part que, plus jeune, tu envoyais tes chansons à Renaud. Je crois qu’il serait fier de toi avec celles-ci… et – sans que ça t’enfle la tête – ne crois-tu pas que quelque part tu continues son chemin avec cet album ?

Manu Lods : Je n’aurai pas cette prétention. Mais il est vrai que Renaud est à l’origine de tout, pour moi. Je l’ai rencontré quand j’avais 16 ans. J’étais fan de lui à l’époque, je m’habillais comme lui, j’allais à tous ses concerts. Par la suite nous nous sommes longtemps fréquentés, il écoutait ce que je faisais et m’encourageait. Je crois que son language a profondément enrichi la chanson française. Il a modernisé l’écriture au bénéfice de tous les chanteurs à venir…

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