Laurent Berger : « Aller Voir »
Laurent Berger a sorti récemment un nouvel album « Aller voir ». Avec lui, nous avons décliné toutes les chansons et il nous les commente.
Reims Oreille : « Aller voir », c’est une invitation à la curiosité ?
Laurent Berger : Oui, bien sûr mais pas à tout prix ! C’est peut-être une de mes seules chansons où l’essentiel du propos est déjà au début… « Aller voir, juste en bas de chez soi ». Si elle peut nous amener très loin, la curiosité commence dans le quotidien, à poser un regard neuf sur ce qui nous entoure.
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Aller voir
Juste en bas de chez soi
Il suffit d’une fois
Pour que son regard change
Aller voir
Sur le trottoir d’en face
Là où la vie se passe
Et se fait plus étrange
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Reims Oreille : « Faux pas », c’est du vécu ? Finalement, il faut oser ?
Laurent Berger : Démêler le vécu du fantasme n’est pas le plus intéressant… dans ce cas là, le pas n’est pas franchit… et la question se pose des limites du leitmotiv « il faut oser »…où la morale le dispute à la philosophie.
Reims Oreille : « Amoureux », c’est pour toujours ?
Laurent Berger : …pour un instant qui perdure… la difficulté étant de le faire soit perdurer, soit évoluer, dur labeur !!!
Reims Oreille : « On ne s’entend plus », qui n’entend plus qui ?
Laurent Berger : Qui entend vraiment qui plutôt… Dans une société de brouhaha, de volume sonore toujours plus important, de frénésie de communication ou nul ne fait attention à l’autre… qu’elle place pour l’empathie, la poésie et le silence ?
Reims Oreille : « Tout est permis », c’est une chanson rebelle, une prise de conscience politique ?
Laurent Berger : Une chanson « rebelle » aurait peut-être dénoncé telle orientation politique, ou tel comportement de gestion industrielle.
Pour ma part, je voulais évoquer ce qui me paraît comme une évidence à savoir qu’un homme qui ne se sent pas respecté ne peut inculquer le respect à son enfant et qu’un enfant qui voit sont père rabaissé ne peut croire à des valeurs de respect de l’autre. Ce qui est à la base de bien des problèmes de notre société, il me semble.
Reims Oreille : « Comme une étoile », qui est ce petit animal mort ?
Laurent Berger : Il est en nous à chaque déchirure !
Il faut lutter pour que chaque amitié perdue ne se change pas en rancœur, en aigreur, conserver l’innocence qui nous a fait aimer cette personne.
Reims Oreille : « L’épouse d’un grand homme », c’est une caricature ou un portrait ?
Laurent Berger : Les comportements sont poussés l’extrême bien sûr mais ils peuvent se retrouver chez certaines personnes non ? Sans en faire une généralité heureusement !!!
Reims Oreille : « Elle t’attend », un conseil à un pote avec risque de faux pas ?
Laurent Berger : C’est à double tranchant ! J’ai parfois peur aussi qu’il ne trouve pas sa place dans cette vie déjà trop agencée… mais on ne me fera pas croire que ça ne vaut pas le coup d’essayer.
Reims Oreille : « Deux hommes fument sur la rive », un tableau de Renoir ?
Laurent Berger : Une chanson où « y a rien qui s’passe »… Juste un décor et trois personnages. J’ai longtemps été bloqué une fois la description faite, le décor planté… Que pouvait-il se passer, elle allait sortir, et partir avec l’un ou l’autre ou bien snober les deux… rien de bien original ni intéressant…
C’est lorsque j’ai eu l’idée de la faire sortir sur l’autre rive que tout s’est débloqué. Rien n’est vraiment dit, tout est suggéré et permet à chacun d’imaginer.
J’ai parfois en retour des interprétations très différentes de ce texte et qui l’enrichissent.
Reims Oreille : « La gardienne d’un fleuve », encore un portrait féminin à la première personne et toujours l’ombre du faux pas ?
Laurent Berger : Et encore la question du désir… Je n’ai pourtant pas encore l’impression d’en avoir traité toutes les nuances…
Là, pour le coup, le faux pas est consommé mais, même si elle donne le change, le tout est de savoir si elle trouve à s’épanouir dans cet amour là…
Reims Oreille : « Sous un pont », ceux de Paris sont mieux qu’à Lyon ?
Laurent Berger : Je visais ceux de Paris par pure ambition !! Tout chanteur qui se respecte se doit de « monter à Paris » même si c’est pour finir sous un pont. Et puis d’un point de vue pratique, ceux de Lyon sont trop bien éclairés pour envisager d’y dormir…
Reims Oreille : « Le marcheur du désert », de quel désert s’agit-il ?
Laurent Berger : L’idée est qu’on avance toujours vers un horizon qui s’éloigne… petite allégorie personnelle de la vie. Une amie me demandait lequel du marcheur, du dormeur, du pêcheur ou du veilleur, j’étais. Je lui ai répondu que l’on pouvait et devait être les quatre. Nos illusions, nos utopies sont des lunes inaccessibles, mais y renoncer, c’est renoncer à soi-même.
Reims Oreille : Et tu peux nous dire deux mots de Nathalie Fortin, celle qui décore tes mots de son piano ?
Laurent Berger : Je la présente désormais en spectacle en disant que je suis toujours étonné qu’elle puisse, avec de simples touches noires et blanches, rendre autant de couleurs si nuancées. Sa lecture des chansons, sa perpétuelle rumination, font qu’elle ne décore pas les mots, au contraire, elle les mets à nus et me fait découvrir énormément de choses sur mes propres chansons. La part de ses interprétations est une composante aussi importante que mon écriture ou ma composition. Cet album se devait absolument de capter notre respiration commune.








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