Gérard Morel : « Gare à Riffard »
Reims Oreille : Bonjour Gérard, tu peux nous dire deux mots de l’opération « Gare à Riffard ! » ?
Gérard Morel : Ce projet est né d’une conversation que nous avons eue avec Anne Sylvestre et Luc Sotiras (le directeur du Train-Théâtre à Portes-lès-Valence). Anne et moi exprimions à Luc notre enthousiasme pour Roger Riffard, et Luc nous a dit le souhait du Train-Théâtre d’impulser des créations autour du patrimoine, avec le souci de confronter des interprètes de générations différentes à un auteur du répertoire. Le projet est né comme ça.
Reims Oreille : Et pourquoi Riffard ?
Gérard Morel : Parce qu’il a écrit des petites merveilles qui nous font rire autant qu’elles nous bouleversent, parce que nous sommes quelques uns à penser qu’il y a une grande injustice envers lui, car il n’a pas dans la mémoire collective la place qu’il mériterait.
Reims Oreille : Louki, Lapointe, Riffard, il n’était pas bon faire les premières parties de Brassens ?
Gérard Morel : Mais si ça devait être bon ! Très bon même ! L’influence était plutôt de qualité et a donné des personnalités artistiques très différentes mais toutes passionnantes. Si tu veux dire par là qu’ils sont tous morts, certes ! Mais la plupart de ceux qui ont côtoyé Rimbaud, Shakespeare et Rabelais aussi, et il n’était sans doute pas mauvais de faire leur premières parties…
Reims Oreille : Anne Sylvestre dit de Roger Riffard que c’était un glaneur, elle n’aurait pas oublié un « d » ?
Gérard Morel : Dans ses chansons, il se revendique « oisif », se décrit en « observateur de nénuphars ». Je crois en effet que c’était plutôt un contemplatif, pas trop obsédé par le travail. Je ne lui connais qu’une cinquantaine de chansons, à peine… Il partageait cette qualité avec Boby Lapointe qui n’en a pas écrit beaucoup plus.
Reims Oreille : Ce titre « Gare au Riffard ! » : il était dangereux ?
Gérard Morel : Je ne crois pas ! Je suis même persuadé du contraire… On a eu envie que le mot « gare » figure dans le titre, car Riffard avait été cheminot et il était fier de faire partie de cette famille. En outre, si le théâtre où nous aller créer ce spectacle porte ce nom de « Train-Théâtre », c’est qu’il y a à Portes-lès-Valence une très forte tradition cheminote. Enfin bien sûr, il y avait ce clin d’œil à Brassens et à « Gare au gorille » qui nous a semblé bienvenu.
Reims Oreille : Daniel Prévost a chanté du Riffard, Suzanne Gabriello aussi, il n’était donc pas inconnu. Comment a-t-on pu passer à côté de ce type ?
Gérard Morel : C’est la grande question des médias et leur capacité à ignorer ce qui ne fait pas vendre… Daniel Prévost, comme Suzanne Gabriello et beaucoup d’autres l’ont très bien chanté, nous allons essayer de faire de notre mieux, mais nous compterons plutôt sur la curiosité des amateurs de belles chansons que sur les grands médias pour colporter cette nouvelle sur tous les toits, à savoir que Roger Riffard est un poète délicat !
Reims Oreille : Qu’est-ce qu’il y a chez Riffard qui fait que tu l’aimes ?
Gérard Morel : Qu’est-ce qui fait qu’on aime quelqu’un ? Difficile à dire ! J’aime ses petites chansons sans prétention mais façonnées avec la rigueur à la fois appliquée et légère de l’artisan consciencieux ; j’aime sa langue colorée, ce regard tendre et généreux qu’il pose sur les petites choses et les petites gens, son humour tantôt fleur bleue tantôt un peu noir, qui sait aussi être féroce, parfois morbide… Ce qui se dégage de sa personnalité m’attendrit, sa voix m’émeut (en même temps qu’elle me rassure car on ne peut pas dire qu’il chante très juste !)…
Reims Oreille : On le voit aussi dans quelques films. Grâce à son talent d’acteur ou par copinage ?
Gérard Morel : Quelques films !… il apparaît tout de même dans plus de trente films, et une quarantaine de téléfilms ! C’est beaucoup… mais c’est vrai, toujours – ou presque – dans de tout petits rôles, quelquefois même des rôles muets ! Il n’était pas ce qu’on appelle un grand acteur, il n’a rien d’un Michel Simon, d’un Serrault ou d’un Blier, mais il savait à merveille jouer de sa dégaine et de sa voix pour dessiner des silhouettes qu’on n’oublie pas (lorsqu’on montre une photo de Roger Riffard, la plupart des gens disent le reconnaître, mais sans retrouver son nom…) Et puis c’est vrai qu’il semble avoir été très aimé dans le métier, en témoignent les fidélités qu’il eut avec certains réalisateurs ou metteurs en scène.
Reims Oreille : Riffard et les anars : Roger Riffard a participé au Monde Libertaire. Il aurait pu finir comme Léo Ferré ?
Gérard Morel : Je suppose qu’il était un anar plutôt à la Brassens (qui a également écrit dans des revues anarchistes) qu’à la Ferré. Je ne lui connais pas une carrière militante, et sauf erreur, dans aucune de ses chansons le mot « anarchie » apparaît (contrairement à Brassens…)
Reims Oreille : Qui chante Riffard aujourd’hui ?
Gérard Morel : Eh bien, déjà les six qui participent à « Gare à Riffard ! », à savoir Anne Sylvestre, Zaza Fournier, Flavia Pérez, Thibaud Deféver (Presque Oui), Hervé Peyrard (Chtriky) et moi, sans oublier Stéphane Méjean qui assure la direction musicale du spectacle. Anne, Hervé et moi l’avions déjà enregistré plusieurs fois. Mais d’autres aussi l’ont enregistré ou le chante parfois sur scène en ce moment, on peut citer Gérard Pierron, Nicolas Jules, Hervé Lapalud, Patrick Ferrer, Jacques Yvart… J’en oublie sans doute !
Reims Oreille : En préparant ce spectacle, avez-vous trouvé des raretés ou des inédits ?
Gérard Morel : Oui bien sûr ! Certaines même si rares et inédites qu’on ne parvient pas à obtenir la preuve formelle qu’elles sont bien de Riffard ! Mais le simple fait de traverser ce répertoire rare et peu édité nous réserve des surprises inédites et rares, et devrait en réserver aux spectateurs…
Reims Oreille : « Gare à Riffard ! », c’est de la chanson ou du théâtre ?
Gérard Morel : Monter sur une scène, que ce soit pour jouer une pièce, chanter une chanson, danser ou dire un poème, c’est toujours un acte de théâtre. Le théâtre, me semble-t-il, c’est d’abord un lieu, c’est cet endroit magnifique où des gens se rassemblent de leur plein gré pour qu’on leur raconte des histoires de vive voix, des histoires qui les invitent à regarder le monde autrement, et les incitent – si possible joyeusement – à voir si on ne pourrait pas faire mieux. Alors, que ces histoires soient parlées, chantées, dansées, mimées… qu’importent ! Ce qui compte au fond, c’est qu’elles nous changent, ne serait-ce qu’un peu.
Et donc, « Gare à Riffard ! », ça parlera du monde en chansons, et ce sera du théâtre !
Reims Oreille : Après le spectacle, une tournée ? Un album ?
Gérard Morel : Une tournée ? On l’espère bien ! Un album ? Pourquoi pas, il faut y réfléchir…








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