Frédéric Bobin : « Le Premier Homme »

Frédéric Bobin : Reims Oreille : Bonjour, Frédéric. Je souhaiterais que tu nous fasses faire le tour du propriétaire de ce nouvel album. En commençant donc par la première pièce, L’autoradio de mon père, qu’est-ce que ton père écoutait donc dans cet autoradio pour que ses fils aujourd’hui en fassent une chanson ?

Frédéric Bobin : Mes premiers coups de cœur musicaux sont vraiment liés à ma famille. Mon frère et moi avons été influencés par nos cousins (The Beatles, The Rolling Stones, Téléphone, Gainsbourg) et par nos parents qui, eux, nous ont transmis le goût de la chanson francophone. A la maison et en voiture, on écoutait Brassens, Brel, Ferré, Trenet, Barbara, Gilles Vigneault, Félix Leclerc, Béart, Moustaki… Ces chanteurs m’attiraient, leurs drôles de voix, leurs arrangements surannés, leurs textes à la fois désuets mais intemporels, leurs mélodies imparables. Comme il est dit dans la chanson (« j’comprenais pas tout, mais quelle bouffée d’air ! »), j’étais fasciné par leurs chansons, sans les comprendre vraiment.

Ca faisait un moment que Philippe et moi avions envie d’écrire une chanson qui rendrait hommage à ceux qui nous ont donné envie de faire des chansons. Un hommage mélangeant à la fois nos parents spirituels et nos vrais parents. C’est une chanson sur l’enfance, les racines, l’héritage culturel… Une chanson sur la transmission.

L’autoradio de mon père a eu plusieurs versions. J’ai incité Philippe à aller vers quelque chose de court, de simple, en évitant les références superflues. On a beaucoup épuré. Pour la musique, je voulais quelque chose qui coule également de source, dans un esprit country-folk… le genre de musique qu’on écoute dans sa voiture en tapotant sur le volant ! Cette musique m’est venue assez vite, j’ai trouvé ce riff qui sonne très folk et j’ai brodé autour.

Comme souvent quand je compose une chanson, l’arrangement est venu en même temps : l’idée du piano dans les graves, le tambourin dès l’intro, les différentes parties de guitares (quatre au total, deux guitares folk et deux électriques). Sur cette version, j’ai même enregistré la ligne de basse. J’aime beaucoup le son de batterie de Mikael, très Memphis !

 

Reims Oreille : On est des corps. On est que des corps ?

Frédéric Bobin : Une réflexion ironique sur la société des apparences. Le genre de texte un peu à la Souchon qui stigmatise les dérives de nos sociétés occidentales. C’est un peu provocateur de dire « on est des corps, pauvres d’esprit » mais c’est une formule qui résume assez bien notre société, basée sur l’image. Les affiches dans le métro nous montrent des gens beaux, jeunes, minces… On poursuit le fantasme de l’éternelle jeunesse… Paradoxalement, on soigne notre apparence mais on n’écoute pas vraiment notre corps, on le maltraite… on mange n’importe quoi, on vit à cent à l’heure, on prend des pilules pour dormir, pour être en forme, on se fait refaire les seins, les lèvres… Mais c’est juste un constat amusé, pas une chanson moralisatrice !

Pour la musique, je voulais que ça sonne comme un morceau pop sixties, façon Beatles. J’avais en tête l’intro de Getting better des Beatles, sur l’album « Sgt Pepper’s lonely hearts club band ». Je suis parti de ce rythme et la mélodie est venue très vite. Des corps a failli être gravée sur l’album « Singapour » puisqu’elle a été composée à la toute fin des sessions de celui-ci. C’est la chanson la plus ancienne de cette cuvée et je l’ai chantée quatre ans sur scène avant de l’enregistrer. C’est toujours un moment assez festif de scène que les gens aiment bien. Je voulais conserver ce côté un peu souriant, avec les chœurs à la Beach Boys, les percussions (le tambourin notamment), les guitares qui scintillent… La touche apportée par Jonathan est très sympa, avec les quelques notes aériennes de piano et la ligne de basse mélodique à la McCartney.

Image de prévisualisation YouTube

Reims Oreille : Des corps qu’on noie sous la bière ! Torrents de bière, Vision pas très optimiste de l’humain.

Frédéric Bobin : Vision pas très optimiste de la condition humaine, dirais-je plutôt… Philippe et moi espérons avoir mis de la compassion dans cette chanson. Les torrents de bière, tels qu’on les entend, ce sont l’alcool bien sûr, mais aussi toutes ces choses vaines – belles et moins belles – dans lesquelles on se noie pour oublier nos misères, petites ou grandes… Ce sont les dérives pour oublier notre sort, pour lutter contre notre condition de mortels. Et puis c’est le besoin d’ivresse qui est en chacun de nous… L’idée aussi qu’on est tous égaux devant le spleen, devant le temps qui passe, devant un chagrin d’amour… Dans cette image des « torrents de bière », on peut y voir le fameux Enivrez-vous de Baudelaire mais aussi le Love streams (« torrents d’amour ») du cinéaste John Cassavetes… Une envie d’amour et de réconfort, finalement.

Pour habiller ce texte, je voulais une ambiance à la Springsteen (le texte mentionne d’ailleurs le New Jersey) avec un couplet débité et un refrain qui s’envole un peu. Il y beaucoup de guitares dans ce morceau. Des guitares folk (jouées en rythmique et en arpèges) mais aussi des guitares électriques saturées. Sur chaque refrain, je voulais une sorte de masse sonore dans laquelle on se « noie » et Marc Arrigoni, co-réalisateur de l’album, m’y a bien aidé. L’écueil, à mon sens, était de tomber dans un arrangement et une interprétation trop proches des clichés rock’n’roll avec l’imagerie de l’alcool… La présence du piano dans les basses aide à gagner en gravité et en lyrisme et apporte une certaine noblesse au propos.

C’est un des textes de Philippe que je préfère. Et – c’est assez rare pour le souligner – nous avons finalisé les paroles et la musique au même moment puisque nous étions ensemble, à Lyon, lorsque la chanson est née. Habituellement, nous créons à distance. Là, nous étions dans la même pièce quand texte et musiques se sont rencontrés.

Image de prévisualisation YouTube

Reims Oreille : Ephémère, elle a tout d’un tube, celle-là ! Comment est-elle née ?

Frédéric Bobin : C’est la chanson la plus récente de la cuvée. Ca faisait un moment que je voulais composer une musique sur une rythmique comme celle-ci, un peu chaloupée, avec une esthétique rock underground à la Calexico, ce groupe américain qui mélange musique du sud des Etats-Unis et rythmiques mexicaines (ils ont travaillé notamment avec Jean-Louis Murat sur l’album « Mustango »).

Le texte était plus long, mais Philippe, en écoutant la musique, a souhaité le raccourcir pour faire respirer la chanson. Ephémère reprend les thèmes qu’on retrouve parfois dans nos chansons, à savoir le côté éphémère de toutes choses et la vanité des victoires. J’aime beaucoup ce texte court, dense, et dont les couplets reposent sur une sorte d’inventaire. C’est un des textes les plus abstraits de Philippe et je trouve que ça lui réussit bien.

L’enregistrement de cette chanson a une histoire singulière. Je venais de composer la musique et j’ai retrouvé les musiciens pour une répétition afin de préparer les sessions du nouvel album. Marc Arrigoni (l’ingé son) était là pour enregistrer les versions de travail. Avant de terminer la répétition, j’ai voulu tester la musique d’Ephémère avec les musiciens. La chanson était tellement récente que je ne savais pas encore le texte par cœur, si bien qu’on a fait tourner les accords de la chanson sans la voix et sans le texte, juste en déroulant la musique… J’avais griffonné les accords rapidement pour Jonathan qui était au piano et je faisais juste un signe de tête à Mikael pour lui montrer les changements de rythmique entre couplets car il ne connaissait pas encore la structure du morceau… Pour seule indication, j’avais dit aux garçons que je voulais quelque chose d’« ouvert » et d’aérien sur les refrains et que je voulais que ça sonne comme du Calexico !

Marc a eu la bonne idée d’enregistrer cette improvisation. J’ai ensuite récupéré les pistes et à la réécoute, j’ai trouvé que la version dégageait une certaine magie. J’ai retravaillé chaque piste sur mon logiciel de son (en coupant le piano sur tout le début du morceau, en remixant la batterie, en faisant des coupes et en ajoutant guitares, orgue et voix) et très vite, Philippe et les musiciens ont été emballés.

J’ai donc décidé de tout garder de cette version originelle, y compris les prises guitare enregistrées dans ma cuisine ! Seule une basse et la voix ont été réenregistrées. L’ossature de la version du disque est donc bien cette version de répétition, alors que les musiciens étaient en train de découvrir le morceau « en direct », sans les paroles. Ce côté improvisé colle si bien à la chanson que je n’ai pas voulu la retoucher, de peur de la rendre trop propre et de perdre ce côté chancelant et fragile qui caractérise cette « première » version.

 

fbobin32Reims Oreille : Le premier homme, qui donne son nom à l’album. Pour une chanson comme ça, quelle est la part de l’un, quelle est la part de l’autre ?

Frédéric Bobin : Le texte est venu d’abord et je sais que Philippe l’a beaucoup travaillé. Je crois que le titre de travail était initialement « Le veau d’or », expression mentionnée dans le premier vers de la chanson. Sur les différentes versions du texte, j’ai essayé plusieurs musiques qui ne me convenaient pas. Philippe m’a proposé un jour la version définitive du Premier homme avec ce nouveau titre inspiré par un roman de Camus et comportant un refrain. Je l’ai composée un soir – dans les premiers jours de janvier 2011 – d’une traite. Je crois que j’ai d’abord composé la mélodie du refrain sur cette progression harmonique que j’aime bien. Comme pour L’autoradio de mon père, j’ai écrit la musique en ayant déjà une idée très précise de l’arrangement. Je voulais quelque chose qui sonne comme les derniers albums de Cabrel et certaines chansons unplugged de Neil Young. Pas une seule guitare électrique sur ce titre. Je voulais quelque chose de très « boisé »… J’ai enregistré également la partie de basse que je voulais très sobre très « droite », sans fioritures.

Il se dégage de cette chanson une sorte de sérénité et de maturité. C’est pourquoi on a décidé qu’elle devienne le titre éponyme.

Le premier homme, c’est l’homme qui sait enfin aimer, après avoir mené une vie volage. C’est l’histoire d’une renaissance amoureuse. Un texte d’ailleurs assez elliptique… Est-ce une chanson adressée à la femme aimée ? A Dieu ? A son enfant ? Un amour pur qui transforme et transcende un homme, voilà ce que raconte la chanson. C’est l’un des textes de Philippe qui me touche le plus. Par moment, j’y vois un sens amoureux et par moment, je pense à ma fille, au fait d’être père. Renaissance amoureuse et naissance.

 

Reims Oreille : Les uns manquent de tout, les autres ne manquent de rien… Trop de tout, ça veut dire qu’on en a trop et même que « dans l’ temps » c’était mieux ?

Frédéric Bobin : Je ne considère par Trop de tout comme une chanson nostalgique. J’ironise simplement sur notre société de surconsommation et de surabondance. On est surinformé mais a-t-on accès à la vérité ? On a des milliers de chansons sur nos i-pod et en écoute sur internet, mais prend-on vraiment le temps de les écouter ? On a tout mais a-t-on l’essentiel ? Bien sûr, tout ceci pose aussi la question de l’inégalité entre les gens qui ont trop de choses et ceux qui n’ont pas assez… Ca pose aussi la question d’un monde matérialiste qui n’est pas toujours synonyme de bonheur, comme l’a souvent chanté Gérard Manset. Avec Des corps, c’est l’autre chanson sociétale de l’album, où j’essaie de dépeindre notre société paradoxale avec ironie et légèreté.

Le texte me plaisait aussi de par ses sonorités en « o » et en « ou ». Ca m’a donné envie de jouer avec les « ouh ouh » que l’on retrouve souvent dans les chansons pop… J’ai composé ce petit gimmick vocal qui apporte une petite autodérision au propos.

Sur scène, je la joue en Do alors que sur l’album, elle est en Do#… Parfois, le fait de monter d’un demi-ton peut changer le caractère d’une composition ! ça rend la chanson un peu plus lumineuse, un peu plus légère.

 

Reims Oreille : Ma fugitive : Une chanson d’amour qui finit mal… ou qui ne demande qu’à repartir ?

Frédéric Bobin : Ma fugitive évoque une histoire d’amour qui s’est terminée il y a longtemps… Et en effet, elle « recommence » en quelque sorte dans les souvenirs de celui qui la chante. Souvent, le passé renvient nous hanter, c’est ce que la chanson évoque. J’aime les images abstraites, belles et inquiétantes que Philippe dépeint ici. J’aime le mystère de certains passages, le chat noir, les persiennes, les palais irréels, les lèvres qui bougent, toute cette imagerie à la limite du fantastique. On ne sait pas vraiment si l’être aimé est parti ou s’il est mort. Peu importe, c’est son souvenir qui vit à travers le narrateur…

J’ai composé cette chanson en pensant aux ballades du Velvet Underground (Pale blue eyes, notamment), mélodieuses et planantes. J’ai ajouté une guitare slide pour accentuer l’ambiance aérienne et vaporeuse de la compo.

En studio, cette chanson a été enregistrée tard dans la nuit. Ca s’est passé uniquement entre Marc qui enregistrait et moi qui faisais les prises. J’ai joué toutes les guitares, la basse et même le piano… Ce sont des parties très simples mais j’avais une idée précise de ce que chaque instrument devait jouer. Par exemple, je voulais un piano qui rappelle les derniers enregistrements de Johnny Cash, un piano sépulcral joué dans les basses, avec à la fin, quelques notes éthérées dans les aigus…

C’est quasiment imperceptible, mais on entend à la fin de la chanson une contrebasse jouée à l’archet (par Mikael) pour gonfler la matière sonore, lorsque la voix disparaît et que les accords tournent… C’est la seule contribution d’un autre musicien, car tout le reste, c’est moi qui joue de A à Z…

 

Reims Oreille : Tatiana sur le périph, elle a déjà pas mal tourné sur scène, celle-ci. C’est un texte mis en musique, c’est une commande du musicien, c’est un travail à deux ? Qui a apporté ou changé quoi ?

Frédéric Bobin : Oui, c’est l’une des plus anciennes compositions de cette cuvée-là, avec Des corps. L’histoire de cette chanson est un peu particulière. Philippe m’a proposé ce texte et il ne m’a pas tout de suite emballé. Je me rappelle qu’il a pas mal insisté pour que je m’y penche. Il pensait que c’était bien d’avoir une chanson en « miroir » à une autre de nos chansons qui dresse un portrait, celui du Noir américain Joe de Georgie. L’idée de renvoyer dos à dos les systèmes capitalistes et communistes et leurs conséquences nous plaît assez. C’est une vision moderne de notre monde, pas manichéenne.

J’ai fini par composer le texte avec une approche assez rock, pour éviter le côté larmoyant d’un tel sujet. Je ne sais plus qui de Philippe ou de moi en a eu l’idée, mais je sais que j’ai réutilisé une musique déjà existante sur un texte qui avait la même versification (vers de sept pieds). La chanson s’appelait Yasmina et Samuel…

J’ai brodé autour d’un riff proche de celui de Dylan dans All along the watchtower (d’ailleurs repris par la suite par Dire Straits sur Sultans of swing). A noter qu’il y a deux prises batterie sur cette chanson, l’une jouée aux balais et l’autre aux baguettes.

Je conçois cette chanson comme une sorte de court-métrage, un portrait fictif qui permet d’aborder la prostitution bien sûr mais aussi ces destins brisés et ces pertes de repères, paradoxalement occasionnés par la chute du Mur de Berlin… Tout n’est pas tout noir ou tout blanc…  Une belle chose peut entraîner des choses terribles et vice-versa. Ca parle aussi de déterminisme social, c’est un thème qui me touche… Et puis j’aime bien la lueur d’espoir finale qui donne une certaine « grandeur » au personnage. Ces héros du quotidien, ces gens ordinaires aux destins extraordinaires me touchent beaucoup.

 

Reims Oreille : Rocker local, ce sombre héros est une de vos connaissances ?

Frédéric Bobin : Pas vraiment, mais on aurait pu le croiser dans notre ville natale ! Encore un portrait de loser magnifique qui répond à la fois à Tatiana (dont la vie terne s’éclaire d’une certaine noblesse, à la fin) et à L’autoradio de mon père (sur le thème de la transmission). Ca évoque aussi l’évasion par l’art, thème que Philippe et moi abordons dans Ma vie de rechange sur l’album précédent et dans Comme un Jedi, la chanson qui suit… J’aime bien cette petite galerie de personnages qui peuplent notre univers. Ce goût pour les portraits de « petites gens » provient peut-être de notre admiration pour Renaud qui est le maître en la matière…

Sur scène, je la jouais en trio avec un arrangement franchement rockabilly. Ca fonctionnait bien avec l’énergie du live mais je ne voulais pas graver cette chanson comme ça sur l’album. Alors que la version initiale était binaire et électrique, Mikael et moi l’avons retravaillée en ternaire et complètement acoustique, avec ce petit côté Elvis des débuts (période Sun Records).

Une chanson sans prétention mais qui offre une respiration à la fin de l’album…

Mon petit picking à la guitare acoustique est assez sympa, je le joue en haut de manche avec une position de capo à la 4ème case, ça donne un côté « cheap » que j’aime bien. Par ailleurs, c’est la seule chanson de l’album où Mikael joue de la contrebasse (hormis l’archet « bruitiste » sur Ma fugitive…). La seule fois également où je joue du banjo : pour l’anecdote, c’est celui d’Hervé Lapalud, qui était planqué sous le piano de Jonathan, pendant les sessions d’enregistrement !

 

Reims Oreille : Comme un Jedi, souvenir d’enfance des frères Bobin ?

Frédéric Bobin : Un jour, Philippe m’a envoyé un recueil de douze textes en rapport à des films qui nous avaient marqué (Les temps modernes, Elephant, La vie est belle de Capra, 2001 l’odyssée de l’espace…). Je n’ai pas accroché à ces chansons, hormis ce Comme un Jedi qui survolait tout le reste. Cette chanson est une sorte de synthèse de notre style puisqu’elle évoque en effet notre enfance (nous étions réellement des fans de Star Wars !), l’évasion par l’art, l’évocation d’un quotidien plutôt dur, nos racines ouvrières, la réussite sociale qui n’est pas synonyme de bonheur… Cette chanson a beau évoquer Star Wars, je la trouve plus proche de l’esprit de Citizen Kane, avec le fameux « rosebud » final et ce regret d’une enfance insouciante…

J’ai composé le texte assez facilement en pensant aux ballades blues-rock de Jean-Louis Murat, avec ces deux accords mineurs qui tournent en boucle…

Les premières personnes à qui j’ai fait écouter cette chanson nous ont parlé de Song for Jedi du groupe Dionysos… Le plus drôle, c’est que ni Philippe ni moi, n’avions entendu parler de cette chanson ! Dans la mesure où Philippe ne la connaissait pas au moment où il a écrit Comme un Jedi, il n’y avait pas de gêne à avoir et on a décidé de conserver notre chanson. Je sais simplement qu’au départ, la chanson s’appelait « J’étais un Jedi » et que Philippe l’a quand même modifié en Comme un Jedi, car la similitude avec la chanson de Dionysos, pourtant fortuite, aurait été trop importante…

Pour l’anecdote, il y a deux batteries sur cette chanson. J’avais du mal à me décider entre mon idée d’une batterie toute droite (une sorte d’autoroute faisant « poum tchak ») et un « groove » plus moderne (qui rappelle certains titres de Portishead et de Gorillaz) que Mikael avait proposé. Du coup, Marc et moi avons mixé les deux, en pensant ces deux parties comme une seule et même batterie.

fbobin32bis-300x199

Reims Oreille : La pyramide, la chanson sociale. Il y avait du Béranger dans l’autoradio paternel ?

Frédéric Bobin : Il n’y avait pas de Béranger ! Mais il y avait du Ferrat ! De part nos origines et notre ville natale, Philippe et moi avons été sensibilisés assez tôt à l’injustice sociale et à une certaine forme de lutte des classes. C’est pourquoi j’ai toujours eu une tendresse pour des chanteurs comme Ferrat, Ferré ou Renaud, des idéalistes au discours parfois naïfs. Ce côté don Quichotte m’a toujours plu. Je trouve ça poétique.

La pyramide est un clin d’œil à une chanson de Renaud, Lolito lolita, qui évoque la pyramide sociale. Philippe et moi avions à cœur de faire une chanson sur ce thème, en modernisant un peu le propos. L’asservissement et la domination passent aujourd’hui par les médias, comme le dit le troisième couplet. La chute de la chanson renvoie dos à dos dominants et dominés, bourgeois et révolutionnaires… c’est un constat pessimiste sur la nature humaine, sur le sens de l’Histoire et son éternel recommencement. Mais c’est pour moi la seule façon de concevoir une chanson dite « engagée » aujourd’hui. Difficile d’être insouciant, de nos jours. La pyramide, ça serait presque une réponse à Times they are a-changing que Dylan chantait en 1964. Il citait la Bible et disait que les derniers seraient les premiers… A la fin de La pyramide, même si les derniers deviennent les premiers, on dit que tout recommencera et qu’il y aura toujours des opprimés.

Je me rappelle avoir chanté la chanson à l’époque du « Printemps arabe » en 2010-2011. Les gens croyaient alors que la chanson était directement rattachée à ces évènements (sans doute aussi à cause de l’image de la pyramide…). Malheureusement, on a vu que ces révolutions n’ont pas conduit à la liberté, comme le peuple en rêvait.

Même si le texte est sans issue, la musique porte en elle un certain espoir. Pour moi, elle apporte la lumière qui est absente du texte. C’est une musique où les chœurs sont très importants. Je voulais insuffler à la chanson un certain lyrisme. Je voyais une marche, un cortège, des hommes « debout » qui luttent dignement. Et même si cette lutte est vaine, c’est la beauté du geste qui m’intéressait là-dedans.

Le côté folk, un peu western, me plaît bien. La guitare électrique saturée, pleine de tremolo et de réverb’ sonne vraiment comme du Ennio Morricone ! Pour moi, cette chanson est pleine de terre, plein de sable… On retrouve le piano à la Johnny Cash. J’avais envie de terminer l’album sur ces voix qui gonflent petit à petit, alors que les instruments disparaissent. J’aime bien cette fin d’album, très solennelle, très différente du  début du disque, qui s’ouvre sur un riff léger et entraînant. Et cette note de piano qui continue à résonner près d’une minute après la fin de la chanson… Toute proportion gardée (j’insiste !), ça évoque la fin du Sgt Pepper des Beatles, album qui m’a beaucoup marqué… Cet album ne tournait pas dans l’autoradio de mon père, mais chaque fois que j’entends résonner l’accord de mi majeur à la fin de « A day in the life », j’ai des frissons qui me parcourent…

_____________________________________________

 

Laisser un commentaire




adminsam |
applifiesta |
playlistpartyfun |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | harmoniedecartignies
| zeropanda
| lesamis01