Eric Frasiak « Chroniques »

Eric Frasiak Reims Oreille. : Bonjour Éric sans K, tu sors un nouvel album « Chroniques ». Pourquoi ce titre ?

Frasiak : Bonjour, content de cette nouvelle petite balade chez Reims Oreille. J’ai écrit ces 13 chansons durant les 3 dernières années et c’est au moment de les réunir sur ce nouvel album (avec 3 reprises) que le titre CHRONIQUES m’a semblé une évidence. Les chansons semblaient toutes traiter d’un sujet d’actualité comme autant de chroniques qu’on pourrait lire dans un journal ou un magazine. J’en ai profité pour décliner le livret avec les textes dans l’esprit d’une page de journal.

 

R.O. : Nous allons, si tu le veux bien, visiter cet album et nous aimerions que tu nous racontes les chansons, leur naissance, leur histoire et les anecdotes qui les entourent. On commence par M. Boulot : comment nait une chanson comme ça ? C’est la plus ancienne de l’album ? Pourquoi as-tu commencé par celle-là ?

F. : M. Boulot est la plus ancienne, la première des nouvelles chansons que j’ai jouée sur scène et elle a une vraie histoire. Je suis issu d’une famille ouvrière et j’ai moi-même travaillé à l’usine dès que j’ai eu l’âge d’avoir une mobylette. De 15 à 19 ans, toutes mes vacances scolaires y sont passées et j’ai toujours une grande sensibilité pour ce monde-là. Un jour, sur un tremplin chanson, j’ai entendu SINGAPOUR, la magnifique chanson de Fred BOBIN et aussitôt dans les coulisses, je lui ai dit que celle-là c’est moi qui aurais dû l’écrire. Je me suis donc mis à l’ouvrage et M. BOULOT est arrivé. La chanson est très différente de celle de Fred mais elle en contient un peu les gênes. Je suis en train de réaliser le clip de la chanson tourné dans le parc du haut fourneau d’Uckange.

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R.O. : J’traine, elle est venue comment celle-ci, un mot, un accord de guitare, le texte puis la musique ou l’inverse ?

F. : « Où est ce que t’es encore allé trainer… ? » Je l’ai entendue souvent, cette phrase -là. Ce sont les 2 mots « J’traine » qui m’ont donné envie d’écrire la chanson. C’était une façon de rendre hommage à tous les gens qui nous ont accueillis en concert ces dernières années : de Reims à St Pierre et Miquelon, de Genève à la prison de St Mihiel… Je voulais que la musique, façon balade, envoie des images de paysage qui défile.

 

R.O. : Bebop, on est où là ? Elle sent le rock, celle-ci, un hommage à Gene Vincent ? Qui chantent dans les choeurs ?

F. : Un jour sur la route j’ai entendu à la radio le « Be Bop A Lula » de Gene Vincent et le jeu de mots idiot m’est tout de suite passé dans la tête. J’ai imaginé cette fille (Bebop), à qui je demande où va ce monde de dingue. C’est la choriste Géraldine ECOSSE et moi qui assurons les choeurs. Une bonne occasion aussi de sortir le Rock & Roll de mon tiroir à chansons avec une section de cuivres et la belle guitare rockabilly de Didier BEGON (de Reims !!!), le guitariste de Juliette . On a vraiment passé de bons moments en studio à enregistrer celle là… Rock is not dead !!!!

 

R.O. : Tous ces mots terribles, l’hommage à Béranger avec tes invités. Comment avez-vous enregistré ?

F. : Une des plus belles chansons de Béranger (avec Natacha peut être…). C’est certainement la chanson qui a été la plus longue et la plus compliquée à enregistrer. Il y a 20 chanteurs qui chantent les mots terribles de Béranger et les réunir en studio le même jour était impossible. J’ai donc sillonné la France avec mon studio portable (ordinateur, interface audio, casques, micro, pied de micro) et j’ai enregistré les voix les unes après les autres dans des coulisses de théâtre lors de scène partagées, dans des apparts… Certains chanteurs de ma région sont venus au studio à Bar-le- Duc. D’autres ont enregistré leur voix avec leur propre moyen chez eux ou dans un studio proche et me l’ont envoyée par internet. C’était un projet de folie à mener à bien, mais j’adore le résultat soutenu par l’accordéon magique de Steve Normandin. On a vraiment cette impression de partage que j’avais imaginé pour cette chanson.

 

R.O. : Cuidad Juarez, c’est ton côté Lavilliers qui t’a inspiré ce titre? Un fait divers, un voyage ?

F. : J’ai toujours été admiratif des chansons de Lavilliers, surtout les albums LES BARBARES et 15ème ROUND et c’est vrai que CIUDAD JUAREZ pourrait un peu sonner comme une de ses chansons. J’ai même eu un message un jour qui me disait que le nanard allait être jaloux de celle-là. Joli compliment !!! C’est simplement un livre « La ville qui tue les femmes » qui est à l’origine de la chanson. Ensuite, je me suis beaucoup documenté sur internet où je suis resté en immersion pendant plusieurs semaines. J’avais l’impression d’habiter au Mexique. On n’a pas trop entendu parler de ces femmes assassinées ici en Europe mais il y a énormément d’infos et de reportages à ce sujet sur la toile. C’est une de mes chansons préférées de l’album…

 

R.O. : De la pluie : qu’est-ce que tu reproches aux météorologues ? Avec ces rythmes sud-américains tu appelles le soleil ?

F. : C’est une chanson un peu plus facile. Je l’ai écrite après avoir vécu quasiment 3 mois de pluie continue dans la Meuse où j’habite. J’ai mis un rythme reggae pour le contraste et voilà. Et puis ça m’a amusé de citer tous ces animateurs télé et radio qui font la pluie et le beau temps sur le moral. Sans prétention, mais amusant…

 

R.O. : De l’amour dans l’air, là, c’est Souchon sans la rumba ? C’est un tube, ça ? C’est l’amour qui frappe à la porte ?

F. : Tu la sens comme un tube ??? C’est bien, ça … J’aime bien son côté « jazzy cool » façon hall de grand hôtel américain… Souchon, Lavilliers je ne renie pas mes influences, 2 grands bonhommes que j’ai beaucoup écoutés. Une chanson d’amour, ben oui, c’est quand même l’amour qui conditionne nos vies, qu’on le trouve ou qu’on le perde. Mais quoi qu’il arrive de terrible dans ce foutu monde, il y aura toujours de l’amour quelque part prêt à tout reconstruire. Le médicament idéal contre la haine…  

 

R.O. : Ivrogne et pourquoi pas ? Dimey aurait aimé cette version. Après Béranger et Ferré, Dimey, c’est récent ? Pourquoi as-tu choisi ce texte ?

F. : Je ne connaissais pas bien l’oeuvre de Dimey. J’étais au festival Dimey à Nogent (52) en 2011 et j’ai pris ce texte en pleine tête (avec beaucoup d’autres d’ailleurs) lors d’un joli spectacle sur Bernard Dimey. J’ai tout de suite eu envie de le mettre en musique. Cela avait déjà été fait, mais les 2 versions que j’ai entendues ne m’ont pas du tout convaincu. J’avais envie de cette musique enlevée qui sente la fête et le délire d’une nuit de beuverie… A une certaine époque à Charleville, j’ai bien connu ça !!!! J’espère de tout coeur que Dimey aurait aimé. Et puis Marie Anne qui fait délirer son violon sur la musique, j’adore…  

 

R.O. : 50/50, l’âge mûr, l’âge de raison, la mitemps : c’est dur ?

F. : Je ne me sens pas plus raisonnable, ni mûr que ça, mais c’est un passage marquant de la vie. On devient un « senior », alors que la tête est toujours au printemps. Mais comme je vis à 100 à l’heure, je t’avoue que je ne sens pas trop mes 50 balais. Je mets peut-être un peu plus de temps pour me remettre d’une nuit blanche, mais voilà…  

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R.O. : Simplement différent, comment elle s’est construite, celle-ci ? Aussi bien au niveau des arrangements qu’au niveau du texte ? Le violoncelle pleure et la trompette lui répond.

F. : Ah celle là, elle me touche plus que les autres. Dans le précédent album j’avais écrit T’ETAIS PAS NE pour mon fils Jean, accro à internet, et bien cette chanson là, lui appartient aussi un peu. Il est ce qu’on appelle « intellectuellement précoce », un cerveau en ébullition permanente, mais avec une grande difficulté à s’adapter au monde. Il a été mon point de départ pour l’écriture de la chanson, mais je me suis attaché à ce qu’elle soit le plus généraliste possible, qu’elle parle de toutes les différences qui font si peur dans nos sociétés formatées. Côté arrangements, j’avais vraiment envie de ce dialogue entre ces 2 instruments, tellement romantiques et vibrants, que sont le violoncelle et le bugle. J’ai élagué au mieux pour leur laisser un maximum d’espace. Je suis content, car mon fils Jean est venu en studio jouer quelques notes de Theremin, cet instrument semblant sortir directement d’un épisode de Startrek…  

 

R.O. : Un Z à mon nom, tu t’es amusé avec les z de la langue française : ça te gonfle ou ça te fait marrer qu’on fasse des fautes à ton nom ?

F. : Celle-là, c’était juste un prétexte à la déconne et je t’avoue qu’elle m’a bien fait marrer… Autant à écrire qu’à jouer… C’est vrai que depuis tout petit, ce p.. de Z fait partie de ma vie, mais ça ne me gonfle pas plus que ça. Sauf peut-être, dans un article de presse, quand le journaliste écrit mon nom 10 fois mais jamais avec la même orthographe, là je me dis juste qu’il ne fait peut-être pas trop bien son job. Au départ il y avait 2 fois plus de 8 Z, mais j’avais l’impression d’entendre un essaim d’abeilles, alors j’ai un peu réduit pour que ce soit digeste à l’écoute, que ça raconte une histoire et qu’on ait quand même cette impression de ZZZZZ… Petite anecdote, ce sont mes parents et mes frères qui parlent en polonais dans les passages musicaux…  

 

R.O. : Toquée Tokyo, on rentre dans la partie rock pop de l’album. Tu as pensé à qui en enregistrant celle-là ? Musicalement, comment elle a pris forme ? Les musiciens sont lâchés, les Stones ne sont pas loin ?

F. : J’ai écrit ce texte il y a quelques années lors d’un voyage au Japon sans jamais vraiment réussir à trouver une musique pour l’habiller. Un matin le riff de guitare est passé dans mes doigts et il était taillé sur mesure pour le texte. C’était parti pour le voyage japonais. Une jolie boucle de batterie pour le côté moderne et des sons de guitare façon Stones pour le côté vintage, 2 facettes comme le pays. Quand j’ai terminé l’arrangement de la chanson, j’ai trouvé que ça me faisait un peu penser à des chansons de Yves Simon dans les 70′s. Le solo de guitare de fin est celui que j’avais joué sur la prémaquette et malgré plusieurs essais différents, j’ai préféré le conserver car, malgré ses imperfections, je le trouvais plus « parlant »  

 

R.O. : Qu’est-ce que c’est beau, une gentille balade à la Simon and Garfunkel. C’est ton adolescence qui prend le dessus ? Qui fait les di dou di dou di da ?

F. : Ah oui, Simon et Garfunkel, je n’aurais pas pensé à eux, mais le public est roi. Une autre chanson d’amour. C’est un texte assez ancien en fait, mais j’aimais bien ces vers très courts, alors banco… C’est moi qui fais la majeure partie des di dou da : j’ai passé ma voix dans une boîte à choeurs et il y a beaucoup de superpositions et de trafic studio dans le son. C’est devenu une évidence qu’il fallait une voix de chanteuse lyrique pour terminer la chanson (sur l’album c’est celle d’Angelika Leiser) et c’est bien, parce que tout le monde me dit : Qu’est ce que c’est beau !  

 

R.O. : La poésie, ça dure plus de 8 minutes et les 3 dernières avec les guitares en furie, c’est ça, la poésie ?

F. : Que serait le monde sans la poésie ? Elle est chez RIMBAUD, dans les chansons de FERRE, mais aussi dans chacun de nos gestes, chaque jour. J’avais 2 magnifiques soli de guitares pour la fin de la chanson, celui de Didier BEGON et celui de mon guitariste Jean Pierre FARA. Pendant plusieurs jours, je me suis interrogé sur celui que j’allais garder et finalement je me suis dit que ce serait les deux. J’ai sorti mes gros ciseaux et j’ai monté tout ça pour qu’on ait l’impression que les 2 guitares se répondent. Ça a sacrément rallongé la chanson mais j’adore ce côté PINK FLOYD. Alors, 8’03“ mais de bonheur (pour moi)…  

 

R.O. : Graine d’ananar, comment on aborde une reprise de Ferré ?

F. : J’adore chanter les mots de FERRE. J’aurais aimé écrire chacune de ses phrases. Comme pour le VINGT ANS, repris sur le dernier album, je préfère ne pas trop réécouter la version de FERRE. Je pars uniquement du texte et j’essaie de reconstituer la musique avec le souvenir que j’ai de la chanson. Je me l’approprie ainsi un peu plus en m’éloignant de l’original. Au départ, la chanson ne devait être que guitare/voix, une note de simplicité à la fin d’un album assez chargé musicalement. La flûte traversière sur la chanson, c’est vraiment du hasard (l’histoire ressemble à celle de « Paris s’éveille » de DUTRONC). Nicolas POURKAT, un musicien de Bar-le-Duc passe faire un coucou au studio avec son fils et quand il repart, il a laissé ses notes de flûte sur la chanson.  

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R.O. : Tu en penses quoi, de ton album ?

F. : Alors là, je préfère que ce soit toi qui donnes ton avis… J’ai passé tellement d’heures en studio à peaufiner chaque chanson que j’ai du mal à avoir du recul. Après le bel accueil qu’avait eu PARLONS NOUS, j’avais un peu d’appréhension quant aux réactions, mais maintenant je suis plutôt rassuré avec tous les jolis retours que j’ai eus. Pour ne rien te cacher, j’en suis encore au stade où je ne vois que les défauts (petits heureusement….). Mais malgré tout je suis assez fier de ce nouveau bébé et surtout heureux d’avoir pu inviter quasiment tous les chanteurs et musiciens que j’avais dans la tête.  

R.O. : Alors… pour conclure, j’en pense que c’est un super truc, j’y retrouve tout ce que j’aime, tous ceux que tu cites, tous ceux que j’ai cités, et le tout fait un album qui sonne Frasiak, c’est très bien comme ça ! Et un grand merci pour le très beau livret qui accompagne l’album… et à tout le groupe pour ce fabuleux concert à l’ACB de Bar-le-Duc le samedi 8 décembre !

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