Episode 8

                  « Lord ! Qu’est-ce que cet endroit ? Pourquoi tout est-il en bleu et en vert ? Les premières lueurs du jour vont bientôt se démener quelque part ; mais je vois comme en plein jour … Il pleut des cordes et pourtant je n’ai pas trop froid. J’ai une de ces envies de pisser… Mais avant il faut que je m’ébroue un bon coup. Tiens je vais aller sur la tombe là à ma gauche. Qu’est-ce que j’ai à tirer la langue comme ça ? Pourquoi je dois me secouer de la tête aux pattes ? Non !!! Que t’ais-je fais Seigneur pour que tu me transformes en mon clebs ? Non !!! … »

- « Ta gueule chien de m… », j’entends quelque part. Il parle en Français, je reconnais ces mots. Si je parle, j’aboie… Courir ou attaquer ?…

Je gronde et m’en vais ailleurs. Cet endroit résonne de clameurs diverses, de chansons, de galops effrénés, de tirs de canons, de disputes, de poèmes que j’entends déclamer avec emphase. Non loin de moi, des femmes et des hommes commencent à apparaître de toutes parts. Leur contour flou au départ se précise si rapidement que l’appréhension fait place à la surprise ; ils sont habillés pour la plupart comme au siècle dernier. Les couleurs des vêtements sont si incroyables, que je ne peux réprimer de vifs mouvements de la queue et un aboiement aigu d’admiration. « Bordel j’suis un homme ! », je m’entends répéter intérieurement.

Mais hélas, je sens bien qu’il me faut me contenter de ce corps d’animal. Ils s’égosillent tous la voix en répétant : « Moi, je… », tout en se bousculant, pressés d’être le premier arrivé. Beaucoup agitent des médailles qui scintillent étrangement dans cette drôle de couleur qui m’entoure. Ils semblent très curieux de me voir et tendent le cou pour mieux me discerner. L’homme que je suis essaye de comprendre, l’animal que je suis se rempli à nouveau de frayeur ; nous percevons tous deux une forte présence électrique aux effets momentanément bienfaisants. Je sens qu’il va se passer des trucs comme je n’ai jamais vu. « J’ai dû sous estimer le clebs, bordel ! Ça j’l’ai pas vu venir. »

 One, two…
Un, deux…
Born under a bad sign
Né sous un mauvais signe
I been down since I begin to crawl
Je suis par terre depuis que j’ai commencé à ramper
If it wasn’t for bad luck, I wouldn’t have
Si ce n’était pas de la « mauvaise » chance,
no luck at all
je n’aurais pas de chance du tout
Hard luck and trouble
La déveine et les problèmes
Is my only friend
Sont mes seuls amis
I been on my own
Je suis tout seul
Ever since I was ten
Depuis que j’ai dix ans
Born under a bad sign
Né sous un mauvais signe
I been down since I begin to crawl
Je suis par terre depuis que j’ai commencé à ramper
If it wasn’t for bad luck, I wouldn’t have
Si ce n’était pas de la « mauvaise » chance,
no luck at all
je n’aurais pas de chance du tout
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Born Under a Bad Sign – Albert King

 - « Qu’est-ce qu’ils racontent tous, bon sang ; j’aimerai comprendre… Lorsque j’étais en tournée en France à part « Tu viens chéri », j’ai pas appris grand-chose d’autre… J’ai l’impression qu’ils me traitent de black où bien je rêve ? Ce boxon c’est un rêve, j’vois pas comment je pourrais l’expliquer autrement. Mais alors ?! Y’m’voient comment ces gonzes ?  Ouais. C’est un rêve éveillé, quoi ! »

- « Laissez-moi passer, il est pour moi… Il y a si longtemps qu’un « Autre » n’est pas venu », dit une voix féminine.

-« Comment elle est habillée celle là, dans son manteau de Reine avec sa couronne, son décolleté incroyable et ses nibards presqu’à l’air. »

- « Hé ! Toi le noiraud ! D’où tu viens ? T’es un « Autre » ça se voit ! Il n’y a qu’avec vous qu’on peut discuter. Parceque nous, on’sconnait, on dit toujours les mêmes choses. Et les nouveaux ne veulent pas nous entendre ! »

- « Si j’comprenais c’qu’elle jacte… En tout cas moi j’me vois en clebs et eux j’ai l’impression qu’y’m voient en homme ; l’est drôlement bien roulée celle-là… »

- « Je m’appelle Madame Hubscher ! La Maréchale Lebfevre, la Sans Gène… 

- « Catherine ! Reviens de suite dans le tombeau, sale garce ! » s’excite en mec en uniforme.

- « Il a volé, a volé l’orange du marchand ! lui coupe le sifflet en chantant un type assez énervé.

- « Biche oh ma biche lorsque tu soulignes, au crayon noir… », surgit un autre au look rétro.

- « La musique c’est du bruit qui pense ! » gueule un barbu impressionnant.

- « Taisez-vous Monsieur Hugo ! Moi Masséna ! Général de division, « l’Enfant chéri de la Victoire » de Napoléon, je vous ordonne de vous éloignez de cet étranger de couleur. Vous voyez bien qu’il ne comprend rien ! C’est un arriéré… « 

- Vous ! Vous voyez à m’entendre ? Moi ! J’ouïe à m’entendre mon Général ! Je vous laisse les armes et me garde le « bon phrasé », qui vous fait tant défaut.

- Je suis le sauveur de la France ! Ecrivain impertinent, révolutionnaire ! Puisqu’il en est ainsi ! Chargez vaillants compagnons ! »

- « Dieu tout puissant ! Voilà une armée qui déboule, les tirs de canons reprennent, ça hurle de partout ! »

- Un homme que je vois transparent me prend par le bras et m’emmène vers un coin plus calme, non loin de là. J’ai confiance à ce mec parcequ’il a des étincelles vertes en continu autour de lui. Toutes les images de guerre disparaissent, seules les entités restent. Z’ont l’air bien déçus qu’y s’passe plus rien. Mais j’vois bien que ma « Reine » elle m’fait les yeux doux, p’y elle remue son popotin avant de rejoindre son « galonné »

- « Allan Kardec ! qu’y me dit.

- « Will Johnson , je lui tend la louche.

- On va chercher l’homme qu’il vous faut. qu’y rajoute. J’pyge qued’chi, mais j’ai toute confiance… Y-a du courant qui m’chatouille dans le bon sens.

- Arrêtez d’uriner partout, le chien est reparti ! Vous ne le voyez pas ? »

« A me voir d’un seul coup à quatre pattes en essayant de pisser sur une tombe, j’ai pas besoin de traduire. »

- « On va déjà aller se recharger sur mon tombeau, et ensuite… Ah, oui ! Vous ne comprenez pas… Suivez-moi ! » qu’y’m fait en pliant la main vers son torse.

Le barbu imposant nous a rejoints. Ils semblent bien potes et discutent tout au long du parcours.

- « Ah ! Cher Victor, vous voyez c’est le genre d’évènement que je dois gérer de temps en temps. Ces gens là ont une musique étrange, qui est d’une grande pureté. Voilà bien la raison pour laquelle je suis parfois, disons « mandataire » de certaines situations à leur égard. De plus cet homme à une grande mission personnelle à entreprendre… Mais cela, il doit le découvrir par d’autres voies.

- J’ai le plus grand mal à comprendre ce qu’ils jouent et pourquoi, mais ce n’est pas désagréable. Dites-moi cher Hyppolite, Léon, Denizard Rivail ! Sommes-nous en plein « Mystère de Paris ? », la situation m’apparaît peu ordinaire ; vous en conviendrez.

- Ah, Ah ! Mon ami, l’humour ne vous quitte donc jamais ! Appelez-moi simplement Kardec ou Allan ; nous avons fait largement fait connaissance il me semble…»

« Nous voilà tous les trois devant des blocs pierres assemblées, ç’a un coté un peu préhistorique. En tout cas c’est comme si je plongeais dans une eau chaude qui me masse. D’ailleurs les deux autres ça fait pas mal de temps qu’y disent pu rien. » 

- « Dites-moi Kardec ! Je suppose que nous allons rendre visite à cet homme échevelé, barbu et assez contestataire… Permettez-moi de me questionner quant à son « bruit » qui pense. Ces musiques modernes abiment les oreilles convenez-en ! Ne sont-ils pas américains tous les deux, n’est-ce pas ? Nous devrions accélérer le pas car le jour va réapparaître sous peu.

- Bien sur, cher Victor! Alors, dites-moi… Etes-vous toujours aussi jaloux de la notoriété de Monsieur Morrison? Car il est sans contexte le personnage le plus visité de ce lieu. Un musicien de surcroit ! Vous n’êtes pas sans remarquer que son aura grandit de manière surprenante.

- Emmenons vite ce pauvre noir à destination, il n’a plus d’endroit où se retrouver ! »

- J’sais pas pourquoi, mais l’a l’air drôlement fâché, le barbu… Et pis j’me sens paumé ici, bon ça m’amuse un peu. J’en ai vu d’autres maintenant. A quoi ça rime tout ça ?»

 You know I went in my room, I bowed down to pray.
Vous savez je suis retourné dans ma chambre, je me suis agenouillé pour prier
The blues came along and drove my spirit away.
Le blues est arrivé et a emporté mon esprit

I went in my room, I said I bowed down to pray.
Vous savez je suis retourné dans ma chambre, je me suis agenouillé pour prier
I said the blues came along and drove my spirit away.
Le blues est arrivé et a emporté mon esprit
You know I didn’t feel so bad, til the good ole sun went down.
Vous savez je ne me suis pas senti trop mal tant que ce bon vieux soleil n’était pas couché
I didn’t have a soul to throw my arms around.
Je n’avais plus personne au monde

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Death Letter – Son House Site « Au Pays du Blues »

 

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