Episode 4
« La route, la route du Blues… Voilà, on la prend pour aller jeter tes cendres dans le Mississipi. Je vois mes yeux rouges dans le rétroviseur et la poussière que la voiture soulève, comme pour indiquer mon chemin, ou pour faire oublier où je vais en dissimulant les traces. T’es à côté de moi dans ton urne, sur le siège à droite. Ben tu vois, ma femme n’est pas venue, on est en train de divorcer. Et les enfants… J’en aurais peut-être un jour avec une autre…
Regarde P’pa, c’est devenu quoi la Louisiane ? Il y a encore des maisons éventrées, des voitures défoncées et rouillées, les bayous sont pollués par les sociétés pétrolières… Tiens ! On est passé devant ta maison. P’pa comment t’as pu rester dans cette rue avec à peine dix baraques en bois et quinze poteaux électriques et trois caddies ? Il y a encore ton gros fauteuil qu’a été éjecté à une trentaine de mètres sur le côté. T’avais installé une climatisation qui donnait sur l’extérieur, sur le perron où tu t’asseyais. Tu refroidissais la rue, P’pa. C’est bien toi ca… »
« Qu’est-ce qui va se passer ? Y a pu personne qui me parle, pas toi, fils, mais Blind Willie Johnson. La crémation est finie et j’suis toujours là. Pourtant quand j’brulais, c’était calme, j’me voyais pas cramer, mais j’étais tout léger, comme la fumée. C’était agréable, j’étais soulagé. J’comprends pas… Et maintenant j’ai si peur… Lord ! Ramène-toi, bon sang ! J’vais jouer, tu vas m’entendre fils ! Y faut que tu m’entendes ! »
« Je vais mettre un bon CD de Koko Taylor… J’avais fait une bonne prise de son ce jour là. Ben ouais, il y a mon nom et celui de mon studio d’enregistrement dans le New Jersey. C’est grâce à toi P’pa. Qu’est-ce que ? C’est pas la radio… Ben…C’est pas vrai ! Je deviens fou ! C’est les premières mesures de ton air P’pa ! Ah, non le CD s’est mis en marche, c’est dingue parfois ce que l’on peut imaginer. Faut que je m’arrête sur le bas coté, je crois que je vais pleurer. »
Lean on me
Prends appui sur moi
Sometimes in our lives
Quelquefois dans nos vies
we all have pain
nous avons tous de la douleur
We know that there’s always tomorrow
Mais nous savons qu’il y a toujours un lendemain
We all have sorry
Nous avons tous du chagrin
But if we are wise
Mais si nous sommes raisonnables
Lean on me
Prends appui sur moi
when you’re not strong
quand tu n’es pas fort
And I’ll be your friend
Et je serai ton ami ;
I’ll help you carry on
je t’aiderai à continuer
(Fitiavana Gospel Choir : Lean on me)
« Avec moi mes sœurs et mes frères, Yeah ! »
- Will, te voilà arrivé dans ta dernière demeure, puisque le Mississipi te l’avait demandé un jour. Ta dernière volonté est exaucée. Aaron ouvre l’urne et jette les cendres de ton père dans les flots. Pendant cet instant de paix, prions mes sœurs et mes frères, et jetons aussi ces quelques fleurs pour accompagner Aaron. Amen.
- « Oh P’pa, c’est terrible, je n’aurais jamais pu imaginer ce que cela représentait. J’ai le cœur en bouillie. Non ! Je ne jetterai pas tout. Personne ne le verra. Il me restera un peu de toi. Ne m’en veux pas. »
« Non mon fils ! J’ai compris ce qu’est ma dette envers le Diable !
Je suis condamné à errer comme ca en charpie, sans le bas de mes jambes, tant que les restes de mes cendres n’auront pas rejoint le Mississipi. Entends-moi ! Seigneur ! Espèce de salaud ! Humm… Mon harmonica…
- Aaron ? Tu m’entends ? Prends l’harmonica de ton père et joue-nous son morceau favori.
Tapons tous des mains en mesure.
« Avec moi mes sœurs et mes frères, Yeah ! »









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