Episode 2
Oh ! Lord. Qu’est-ce qui s’passe ? J’entends dire bonjour dans toutes les langues ! Tout est noir et ça brille au loin, on dirait des étoiles… J’suis dans une sorte de mélasse grise… J’entends une voix que j’connais, même qu’on chantait du « Holy Blues » et qu’on prêchait ensemble, enfin surtout lui… Y rigole de moi, ce con, ou y rigole tout seul ? Il est enfermé dans une boîte de conserve pour sortir un son pareil ? J’sais pas te dire, mais il est devant moi et je l’vois pas.
Eh ! Man, tu viens me tenir compagnie ? Tu r’connais pu ton vieux pote Blind Wille Johnson ? Tu vois, man, je dois chanter un jour pour un mec ou une poupée du fond des galaxies. La boite de conserve c’est « Voyager ». Y a plein de gars en blouse blanche à la N.A.S.A qui se sont occupés de moi. Y m’on foutu dans l’disque en cuivre avec l’Président Jimmy Carter et d’autres aussi chiants, mais bon on s’arrange…
Dark was the night, cold was the ground,
La nuit était sombre, le sol était froid,
On which my Lord was laid.
Ce sol sur lequel Dieu était enterré.
Mine was the debt,
Cette dette était mienne,
Mine was the crime
Ce crime était mien
For which my Saviour paid.
Pour lequel mon Sauveur avait Payé.
How could he die ?
Comment avait-il pu mourir ?
How could he die
Comment avait-il pu mourir
To save a soul like mine ?
Pour sauver une âme comme la mienne ?
To save a soul like mine ?
Pour sauver une âme comme la mienne ?« Dark was the night » – (Blind Willie Johnson)
- Eh! Will ! Tu peux me dire c’que j’fous là ?
– T’étais où tout à l’heure man ? Quand l’camion t’a foncé dessus ? Il a roulé sur le vieux clebs et il en a fait du « hot dog ». Et toi, j’ose pas t’dire… T’es là en attendant, man, t’es là…T’as été à la croisée des chemins, au « crossroad » et le Diable t’a aidé… Ben… Mec, va falloir trouver un arrangement et payer. Pourquoi ma belle-mère m’a vitriolé les yeux et que j’ai chanté Dieu ? Faut payer, man…
Oh, putain ! J’peux me voir, j’peux me déplacer partout, toucher mon fils. Y sent rien… Et revenir dans ce machin si froid. La douleur monte, comment j’arrive à supporter ça ?
Ca va passer, man ! T’es encore chaud en bas !
Dark is my mind,
Mes pensées sont sombres,
Cold is my heart,
Mon cœur est froid,
And black my stained soul.
Et noire est mon âme souillée de péchés.
Can it be true, can it be real,
Cela peut-il être réel,
That God would make me whole ?
Que Dieu me veuille sain et sauf ?
Deep is the pain,
Profonde est la souffrance,
Deep is the fear,
Profonde est la peur,
So deep the sin in me.
Et profond le péché en moi.
So deep the sin in me.
Si profond le péché en moi.
« Dark was the night » – (Blind Willie Johnson)
- J’veux qu’on me brûle et qu’on jette mes cendres dans le Mississipi !
– Ah, ça, mec, c’est pas encore fait. N’oublie pas le « deal » du « crossroad ». Va falloir donner un peu de toi, tu verras…
– Dis-moi, bordel, si tu sais !
– J’ai presque tout payé, c’est pas l’moment que j’en rajoute. T’inquiète de rien, man, tout va s’arranger. Faut qu’tu sois patient maintenant…
J’y crois pas, j’ai dû serrer mon harmonica avant que l’camion me fonce dessus, il est dans ma main. Lord ! Devil ! Je veux bien souffrir, mais laissez-le-moi. Pitié, non pas cette torture ! Laissez-le-moi ! Oh Lord, souffler, jouer tout de suite, là, tout de suite. Hmmmm, yeah !
- Pleure pas, man, y vont t’le laisser ton harmonica, c’est pas ça ta punition… Arrête de chialer comme une donzelle, au fond la vie est toujours gagnante, mais putain faut en chier quand même. J’ai entendu des gonzes, tout jaunes, dire quequ’chose comme le plus ou le moins, t’vois… Comme une prise électrique ; l’énergie, l’équilibre… un truc comme ça… T’es pas au bout de tes surprises.
– Maintenant que t’es mort, tu me vois ?
– J’pourrais, mais j’veux pas, j’crois que c’est trop laid autour de moi et dans moi. La dernière chose que j’ai vue, c’est cette salope de belle-mère qui m’a foutu le vitriol sur la gueule. La sienne t’aurais vu… C’est ça le diable, il est aussi immonde, j’en gerbe encore, pousse-toi vite. Beurk ! J’ai un sixième sens, man, j’vois avec c’que j’entends. Ho ! On va pas passer le temps à pleurnicher comme les nanas, on va rigoler t’vas voir. Hé ! raconte-moi tes histoires de cul, j’les connais mais ça fait rien, t’sais combien de gosses que t’as ? Nan, j’laisse tomber… Allez…
Le camion ? Ben l’mec dedans, il est calanché, il a la tronche sur le volant, la langue qui pend… Ouais… je l’sens, il a le cœur qu’a explosé, y a plein de sang en lui. L’a rien vu, ni l’clebs, ni moi. C’est un blanc. Pourquoi que j’dis ça ? Lord ! Y a déjà des cons qui disent que c’est un salaud de raciste et qu’il a voulu me butter ; vu qu’il n’y a personne d’autre dans ma rue, pas de témoin. Y a déjà des mecs qui vont rameuter le gang des « 7 Street Black » dans le quartier ouest et qui vont débouler pour tout casser, après y z’ont l’intention de piller les commerces de Clarksdale. Faudra qu’ils évitent le Martin Lutter King Boulevard… Ça se fait pas…
- Alors ! Tu m’entends ! Faudra apprendre à être en bas ou en haut, raconte, Bon D… sang. Après on chantera du « Holy Blues », Lord nous entendra, où qu’il soit.
– Ouais ça me revient, t’sais, cette poupée, la fille du fermier de Clarksdale, c’était vrai, un chaudron, j’me suis brûlé de partout… Son père il a été « Mayor » 20 ans après, maintenant c’est un black, « Mayor Henry Espy », J’vais t’raconter les trucs qu’elle me faisait…. Après il faut que j’m’occupe de mon enterrement, mais on va prier avant, Will…
– T’sais que tu peux la revoir la fille, mais elle a changé, vaut mieux les souvenirs, mon vieux Will.
C’est vrai qu’on s’appelle presque pareil, c’est ce qui nous avait rapprochés. Blind Willie Johnson et Will Johnson. Les blacks z’ont tous le même nom dans notre coin. Oh, fils, j’ai pas eu le temps de te serrer une dernière fois dans mes bras… Humm… Lord !
Bonnes gens si vous m’écoutez fredonner cet air nuit et jour
C’est que j’suis un pauvre gars qu’a des ennuis
Et qui essaie de chasser le Blues.









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