Episode 12

            « Combien de fois on va devoir entendre ce vieux radoteur, sur ce disque d’or à la con, les mecs ? C’est insupportable. J’ai pas vraiment gagné d’la tune dans ma vie, avec mes chansons, mes gospels et cet air que tu m’as fredonné, toi, Will Johnson ; ça aurait pu me rendre riche. Mais bon, c’est vrai Will y m’a inspiré, c’est malheureux qu’y n’s’en souvienne pas, comme moi d’ailleurs… Je t’ai loué Seigneur, chaque jour de ma pauvre vie. J’ai gueulé du « Holly Blues » à ta gloire, dans le noir, puisque cette salope de belle mère m’a vitriolé les yeux. Ben tu sais : tout est noir en moi, dedans, et dehors sur ma peau. J’vais dire comme Will : t’es un sale enfoiré. Y en a que pour les blancs. C’est tout ce que j’vois. Tout cet or qui brille sur ce disque, y devrait être pour not’ pomme, nous prend à partie Blind Willie Johnson.

- T’emballe pas, Blind Willie, on commence à savoir ce que nous serons plus tard, c’est pas trop compréhensible, mais plutôt sympa, non ? s’apitoie Robert Johnson.

- Ouais Robert, on a tous vu certaines choses complètement folles, j’aurais jamais pensé à ça. lui répond Blind Willie.

- Et toi Will ? qu’y m’dit, t’aurais pas aimé toucher un peu de galette, sur le coup ? Tu trouves ça juste toi ?

- Ça m’touche mon pote que tu veuilles bien… que j’m’apprêtais à lui dire, mais…

            - Oh les gars ! La lumière blanche qui vient de se former autour de Will, c’est pas bon signe, fais gaffe Will, reviens-nous ! »

« Son House me coupe la parole et s’agenouille pour prier pour moi, p’y les aut’s y font pareils. J’suis tellement ébloui que je dois fermer les yeux, je les entends qu’y disent que je vais en baver, qu’y vaudrait mieux rôtir en enfer, si ça existait. Je dois tomber de si haut, en chute libre que je vomis tout ce que je peux. Oh ! Ce mal de ventre ! Où est-ce que l’on me trimballe ? Ce putain de plumard y bouge sans arrêt. La douleur dans mes jambes me paralyse entièrement ; sauf mes mâchoires que j’ouvre pour hurler. Oh Seigneur ! C’est tellement plus horrible que la souffrance, … »

             « Docteur ! Le blessé vient de se réveiller…

- On va l’opérer dans quelques instants, remettez-lui le masque à oxygène ! »

- « Je le croyais calenché le vieux, attends… il a 95 ans ! J’entends chuchoter au dessus de moi.

            – Il ne va pas tenir, son coeur monte à 160, faut l’endormir au plus vite, un autre ramène sa fraise.

            – Merde, c’est pas juste et le jeune motard qu’est arrivé, y devrait être prioritaire, Docteur, vous ne trouvez-pas ?

            - Pétasse ! que je crie à cette voix dont j’arrive pas à voir le visage. D’ailleurs je vois que du blanc. Oh Lord ! Je vis, je veux rester encore un peu, encore un peu, entends-moi sale enfoiré… Pardon, pardon, pitié, je vous en supplie encore un peu. Oh, ça tourne… Oh cette barre de feu dans mon coeur…»

« Ça va aller, Will, te r’vlà, accroche-toi bon sang ! me prend dans ses bras Robert Johnson, Tommy me serre si fort la main que mes os craquent.

- Y faut pas que tu retournes en bas, tu vas foutre le bordel ici, « l’Énergie » ne sera pas contente du tout. Pense aussi à nous, mec !

- C’est pas vrai, y repart, attention ! Ça fait mal aux yeux… gueule Tommy Johnson. »

« Défibrillateur ! Non le coeur s’est remis à battre… Ça va aller, Monsieur Johnson, vous êtes au bloc, vous m’entendez ? »

« J’veux remuer la tête, mais j’y arrive pas, je cligne des yeux comme je peux, la douleur va me faire crever. Lord ! Pitié, je t’en supplie un tout p’tit peu de vie ! Je ne te dirai plus de mal. »

- Il est conscient Docteur ?

- Il vit, on l’opère, qui répond l’toubib. Remettez-lui le masque, je n’ose pas imaginer ce qu’il endure…

- On lui coupe les deux jambes ? lui demande une autre voix d’homme. »

« Merci, merci Seigneur ! J’déconnerai plus avec toi… Ouais, mais si je m’endors, je vais retourner la haut, mes potes y vont tout faire pour me retenir…Et p’y « l’Énergie » comme y disent, elle va m’en vouloir… Qui c’est que j’dois prier ? »

« On va compter de 1 à 10, Monsieur Johnson, tout va bien, vous allez vous en sortir. Un, deux…

- Le vioque y s’accroche, j’entends cette garce. »

            « J’sais que c’est une black par sa voix. J’vais m’venger et la tuer doucement par la musique…Tu n’auras p’u qu’à pleurer sur ta méchanceté… »

            «  Quatre… »

« Oh ! Où j’vais là, ça tourne…  ? »

« Je peux sauver cette jambe, mais l’autre, non. Passez-moi la scie. Vous sentez cette odeur ? C’est épouvantable ! On dirait un animal, comme un vieux clebs… »

« Je suis dans un ailleurs que je ne comprends pas. Recroquevillé dans quelque chose de liquide, je vois les toubibs qui me charcutent. J’me dis que la prochaine souffrance sera peut-être moins pire. Je sais que j’ai le choix, rejoindre mes potes ou endurer ça. La vie ou la mort Quoi.

            – Arrête le clebs de me lécher et de gémir. C’est vrai qu’t’as une haleine pire que Tommy Johnson…

 « This is a present from a small, distant world, a token of our sounds… »

« C’est un présent d’un petit monde éloigné, une marque de nos sons… »

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