Episode 11

              « Ben, au fait j’ai compris c’qu’y’m disait l’homme en vert, là, tout de suite. Comment que c’est possible ? »

              «  Hé M’sieur, dites-moi ! Vous parlez comme moi maintenant ?

              – Mon cher ami, votre étonnement est fort compréhensible, mais sachez que j’ai appris l’anglais, le néerlandais ainsi que l’allemand. Mon accent reste toutefois très proche de son Altesse du Royaume Uni. Je me dois de vous instruire d’éléments si importants que je ne sais par où commencer.

              – Pourquoi son Altesse ? je lui demande, car je ne sais pas trop où il veut en venir. Il est sympa mais il parle précieux, j’suis un black du Mississipi quoi…

- C’était une métaphore…

- S’cuzez M’sieur, j’ai du mal avec certains mots, et p’y votre accent… vous parlez trop vite…

- Je suis confus. Je vais essayer d’être simple. Pour commencer allons ailleurs, mais il nous faut cheminer jusqu’à ma tombe et ainsi gagner l’endroit qui vous est réservé. Vous rappelez vous cet appareil dans l’espace ? Ce disque d’or ? De mon vivant, jamais je n’aurais pu concevoir que l’on puisse faire fonctionner une machine aussi loin dans l’univers. Rendez-vous compte ! C’est à des milliards de kilomètres… Je suis initié, certes, et pourtant cette technologie reste pour moi un mystère entier… Je ne peux tout appréhender…»

Cold was the night, black was the tomb. They sealed it with a stone.
                         La nuit était froide, la tombe était noire. Ils l’avaient scellée avec une pierre.
Still was the air, stilled was his breath, and there he lay alone.
                        Il y avait toujours un souffle, son souffle qui s’apaisait, et il était étendu seul.
Body and blood, broken and shed, the price of love divine.
                         Un corps et du sang, cassé et dépouillé, le prix d’un amour divin
The price of love divine.
                        Le prix d’un amour divin

Dark Was the Night - Blind Willie Johnson

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-« Cheminer, métaphore, j’ose pas lui demander c’que c’est. Ça va pas être facile de le comprendre ; et p’y il a un putain d’accent… »

« Monsieur Will… 

- Appelez-moi Will ! C’est comment votre prénom au fait ?

- Hyppolite, mais appelez-moi Allan, cela sera d’une plus grande cordialité.

- …

- Will, oubliez les notions temporelles, la distance, acceptez l’idée que tout est différent.

- Man, écoute ! T’es gentil, mais j’vis des choses pas croyables, c’est sûr ; mais c’est comme un rêve quoi ! J’ai pas vraiment l’impression d’être moi. J’vois bien que tout apparaît, puis disparaît, je souffre le martyre quand la foudre m’envoie sur terre, et des fois ça continue. J’suis parfois le clebs… Et ce foutoir dans ce drôle de cimetière. J’suis malheureux tu sais. C’est pas une vie. C’est ça d’être au ciel ? Et p’y fais un effort, je ne comprends pas la moitié de ce que tu me racontes. Tu piges ?

- Je suis dans l’empathie…

- …

- Promis ! Je vais vous parler autrement, avec le cœur…

- Ce que j’saisis pas, c’est pourquoi moi à être le seul de ce cimetière ? J’ai rien d’un grand homme, comme ton pote le barbu, ou le militaire, j’suis qu’un mec sans instruction qui joue de l’harmonica. J’vois bien qu’ici y-a que des gens malheureux, mais qu’ont dû être célèbres rien qu’à voir leur tombe. Et p’y Jim Morrison, il est vachement connu, quoi.

- Je me dois de vous dire, que j’ai moi aussi beaucoup de mal à vous comprendre. Vos termes, vos expressions, et surtout votre accent. Les américains du nord et du sud…

- J’sais pas si les Yankees ont vraiment tout changé ; faut dire que les Sudistes z’ont quand même toujours une dent contre nous…

- Ce n’est pas mon sujet ! Certes cela est une vicissitude dont les tenants et les abou…. Excusez-moi, mais il nous faut nous recentrer sur vous. Vous n’êtes pas le seul à avoir été choisi. Bien des personnes, dont vos amis, auront des guides si besoin est. Ecoutez-moi bien : votre ami, à la chanson bien triste que l’on entend sur ce disque d’or, tout comme bien d’autres musiciens, choristes de toutes nationalités, et cela représente beaucoup de monde, croyez-le ; seront écoutés par d’autres créatures. Cette forme de vie si différente de la nôtre ressentira alors une formidable émotion. »

« Comment tu le sais ? Si tu me dis que ce n’est pas arrivé ?

- Le présent, le passé, le futur sont des notions fluctuantes dans l’espace. Nous sommes assignés, heu… excusez-moi, obligés de rester ici, sur notre planète. Tant qu’il y aura de la vie.

- Et après, man ?

- Nous serons énergie.

- C’est bien beau mon pote, mais tu vois j’aimerais être tranquille quoi. Qu’est-ce qui faut que j’fasse. C’est bien toi qui dois me guider ? Oh, tiens ! Salut Morrison, t’as pas l’air dans ton assiette !

- Faîtes-moi une place avant que tous les autres ne rappliquent !

- Cela ne vous servira outre mesure Monsieur Morrison, le cimetière tout entier serait-il avec nous, que rien ne pourrait changer nos destins. Mais… rassurez-vous, nous aurons tous une réponse à nos problématiques. Nous sommes, chacun de nous, en mesure d’élucider ce qui nous retient ici. Moi, y compris. Mais hélas, nous portons des mémoires anciennes qui ralentissent le processus.

- Difficile de te suivre Allan… De plus tu as un putain d’accent ! Je reste avec vous deux tout de même, je m’ennuie tellement… Dis-moi Allan, nous aimerions tous savoir pourquoi Will est si privilégié ?

- Parce qu’il a composé une partie de cette chanson « Dark was the Night, Cold was the Ground », sans le savoir. Ce fut à l’occasion d’une messe à l’Église Baptiste de Beaumont. Will fredonnait une mélodie qui inspira peu après Blind Willie Johnson. Lorsque nous serons énergie et rendus poussière sur cette planète, quelque part dans un univers dont la moindre perception nous foudroierait instantanément, « Dark Was the Night » plongera alors dans l’expectative une forme de vie totalement incompréhensible pour nous. Il se passera de suite d’importants changements. Nous en avons la préscience confuse.

- C’est Willie et moi qui serons écoutés en premier quoi ! C’est pour ça que j’passe avant les aut’s. Ça ! Je me rappelle de rien. Pour sûr !

- Ce n’est pas tout Monsieur Will, n’oubliez pas que la condition sine qua non, oh pardon ! Il faut que votre fils jette le reste de vos cendres dans le Mississipi. C’est à vous d’aider votre fils et votre petite fille…

- J’ai pas de petits enfants mon pote, là tu te goures !

- Et pourtant voilà bien le second but de ma prise en charge envers vous… Vous rappelez-vous cet homme, sorti d’une voiture, qui vous est tombé dessus lors de l’orage sur le Pont Neuf ?

- J’me souviens qui m’a vomi dessus, c’est tout !

- Il est très proche de votre fils : « Marcel » se nomme-t-il aux Etats Unis et « Jo » en France. Cela vous dit quelque chose ? Vos amis là-haut vous en ont parlé. Rappelez-vous. Et cette femme avec qui vous avez vécu une semaine folle, lors de votre tournée, durant votre semaine Parisienne en 1968 ? Vous avez « égaré » là une fille et, depuis une quinzaine d’année, une petite fille, aussi noire que vous ! Pour vous dire toute la vérité, il y en a d’autres… vous ne vous êtes jamais calmé… Le sang de votre sang, voilà ce qui va mener à l’accomplissement de votre avenir. Ne soyez pas si humble, Will. Tout destin est noble. Et le vôtre est capital. Que vous le vouliez ou non. Ce n’est que le début de votre initiation. Auriez-vous des questions à me poser ?

- …

- Je comprends vos larmes, mais il faut nous quitter. Je ne peux rien ajouter, ni faire quoi que ce soit. Soyez très courageux, car, en raison de votre importance, vous allez devoir surmonter de grandes frayeurs, la plus grande solitude, les plus odieux tourments. Dépassez-les ! Vous seul, vous seul, m’entendez-vous, avez cet immense pouvoir et d’autres que vous découvrirez ! Vous êtes avec Blind Willie Johnson un des messagers prouvant notre existence, dans un univers où il ne reste plus rien que l’énergie…

- J’suis qu’un pauv’ Black, qu’a échappé au Klux Klux Klan, qui aime son fils, l’harmonica et le cul des nanas. Et c’est mes zigues qui va…

- Fermez les yeux et dites adieu à Monsieur Morisson. »

Wine and women
           
Du vin et des femmes

Is all I crave
           C’est  tout ce que je peux désirer
A big legged woman is gonna carry me
           Une femme au physique canon va me porter
To my grave
           Vers ma tombe
Born under a bad sign
           Né sous un mauvais signe
I been down since I begin to crawl
           Je suis par terre depuis que j’ai commencé à ramper
If it wasn’t for bad luck, 
           Si ce n’était pas de la mauvaise chance,
I wouldn’t have no luck at all
           je n’aurais pas de chance du tout
Yeah my bad luck boy
           Oui la malchance mon pote
Been havin’ bad luck all of my days, yes
          

Born Under a Bad Sign – Albert King – Traduction: Jungleland, site « Au Pays du Blues. »

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