Le clebs

Philippe Dralet est l’auteur du « Clebs », nous avons bavardé un peu…

Reims Oreille : Bonjour Philippe. Amateur de chanson, tu es aussi un passionné de blues. D’où ça t’est venu ?

Philippe Dralet :  Mon enfance à Barbizon au contact des Américains m’a grandement influencé, puisque très tôt baigné de Jazz et de Blues. La première étincelle fut allumée par Ray Charles, le brasier s’est enflammé rapidement grâce au souffle anglais propulsé par les  Beatles et autres prestigieux groupes anglais. J’ai eu ensuite un parcours de musicien rock, grandement influencé par le Blues. Nous tournions avec Martin Circus, Triangle… Le retour au Blues s’est radicalement réaffirmé dans les années 90, ainsi que la découverte de la chanson Française, grâce à un spectacle de Bernard Meulien mettant en scène des textes de Gaston Couté.

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R.O. : Tu écris des romans… de blues ! Tu peux en donner une définition ?

Philippe : Deux vecteurs me font écrire : l’émotion (pour moi) incontrôlable de l’écoute de toutes formes de Blues. Il existe dans cette musique une authenticité pure, que l’on retrouve aussi puissante dans la chanson à texte. En second lieu, mon imaginaire et mes rêves sont très construits, le Blues vient naturellement s’articuler autour des situations qui se déroulent, à l’image d’une chaine ADN avec ses particularités ou ses différences.

R.O. : Tes romans ont un rythme particulier, un tempo, une musique. Comment écris-tu, comment travailles-tu ?

Philippe : Boulogne Blues a été écrit volontairement avec un rythme se rapprochant d’une chanson ; parfois dans la rime ou dans une sorte de tempo. C’était un jeu assez ludique. Je vis du matin au soir dans des univers musicaux assez éclectiques, mais je ne peux me concentrer que dans le silence absolu. A contrario une grande  animation sonore, visuelle, prend place dans mon esprit. Un psychanalyste pourrait peut-être alors me décrire dans un état proche de la schizophrénie… J’écris par cycles rapprochés, toujours après une période de maturation. Ensuite vient la première réécriture consécutive à la relecture de ma femme. Au final j’ai la chance d’avoir une dizaine de « lecteurs » qui me tancent ou m’apprécient sans concession. La maison d’édition est l’étape finale la plus compliquée.

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 R.O. : Quand tu te lances dans une histoire, tu sais où tu vas ?

Philippe : Je n’écris plus vraiment de scénario. Comme je l’ai précisé mes romans sont « préconstruits » de façon onirique. Je lis ensuite beaucoup de livres en rapport avec ma ligne d’écriture. Internet est devenu un compagnon extraordinaire dans tous types de recherches. Depuis ma retraite je travaille le jour, et réserve plus de place à la vie familiale le soir. En cas « d’urgence littéraire» il m’est possible de prendre l’ordinateur dans toute situation.

 R.O. : Le joueur de blues chantait sa misère, toi, tu écris ta misère ?

Philippe : Oui, « Boulogne Blues » (bien que romancé) fait entièrement référence à une période de ma vie grandement bouleversée. « Misère » ne convient pas à mon expérience personnelle. Avec le recul, j’ai la certitude que le sentiment dominant qui m’a accompagné tel un fil rouge, reste une grande solitude. C’est une perception aussi vertigineuse que la notion du danger au bord du gouffre. Par contre le fait de vivre dans l’immédiateté est formidablement riche d’expériences, de connaissance de soi-même.

 

 R.O. : Quelle est la part d’improvisation dans ton écriture ? Te laisses-tu parfois, comme le joueur de blues, conduire par ton récit ?

Philippe : Je suis un voyeur dans le noble sens du terme. L’intrigue établie, je me laisse entièrement emmener par les personnages, tout comme dans une salle de cinéma. Bien sûr ils me surprennent, je dois souvent batailler, mais c’est inutile ; ils sont trop réels, ou bien je m’attache à eux. L’écriture est une expression cruelle, puisque parfois certains meurent, ou s’en vont sans laisser d’adresse.

 R.O. : Tu donnes à Reims Oreille, depuis quatre numéros, ton histoire de clebs. Elle en est où, c’est un feuilleton, une nouvelle ou un roman ?

Philippe : Merci Reims Oreille de m’avoir demandé d’écrire cette nouvelle. Elle a aussitôt débouché sur la rédaction de mon troisième roman. Le « Paradis » de Will et de son Clebs va se répercuter dans le quotidien terrestre de bien des personnages de Boulogne Blues et de mon second roman à paraître  « L’œil du Malin ». J’ai retenu un titre peut-être provisoire : « Ni Ange, ni Clebs au Paradis Blues ».

 R.O. : Le chien revient souvent dans tes personnages ?

Philippe : J’ai eu un chien 17 ans. Il existe certainement d’autres explications métaphysiques… Le chien peut tout aussi bien être une « boule de poils » attendrissante qu’un animal terrifiant. Sans aller jusque Cujo de Stephen King.

 R.O. : Dans tes écrits, il y a de nombreux extraits de chansons de blues et de remarquables traductions. Ne manque-t-il pas une dimension sonore dans tes romans ?

Philippe : Il me  faut rendre hommage à Joceline Leportier qui a assuré la correction des traductions. Tâche non aisée en raison de l’accent des chanteurs ou parfois le manque de dents… qui compliquaient la compréhension. L’idée de joindre les musiques du roman est très intéressante, et je l’ai vécue comme telle. J’ai déjà beaucoup de conflits avec ma maison d’édition pour demander l’ajout d’un CD. Il faudrait pour cela que mon roman ait une plus grande diffusion.  

 R.O. : Les grands du blues, c’est qui ?

Philippe : Je ne peux répondre, même spontanément. Je dirais en vrac et avec culpabilité pour tous les autres musicien(nes) oublié(e)s : Buddy Guy, B.B. King, Muddy Waters, Blind Wille Johson, Ana Popovic, Koko Taylor, Clapton, bien sûr. Mais aussi ce groupe « Chicago Blues », entendu par hasard dans la région, extraordinaire, sans nom… Formé de 5 musiciens de 80 ans qui jubilaient d’avoir enregistré le premier « single »… Ailleurs que dans le Blues on ne trouve pas ce cas de figure !

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R.O. : Et le blues, aujourd’hui et en France, c’est qui, c’est quoi, c’est où ?

Philippe : Le niveau de la scène Française a énormément progressé en qualité, à tel point que bien des artistes vont se produire avec succès aux Etats Unis et en Europe. Le milieu du Blues est très bien structuré dans l’hexagone, notamment dans le sud. Nous avons, par exemple, à Douzy près de Sedan des concerts à guichets fermés depuis plus de 25 ans (avec des grands noms du Blues !)

Les artistes les plus connus sont Awek, Blues Power Band, Nico Wayne Toussaint, Fred Chapellier, etc. Il existe des associations telles que Toulouse Bues Society, qui animent de l’évènementiel en rapport avec le Blues, expositions photos, tableaux, objets, instruments, littérature… Où je dois me rendre cette année pour une dédicace.

Reims est frileux à ce sujet (à tous sujets ?)… La « belle endormie » ronfle de plus en plus fort.

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 R.O. : Peux-tu nous parler des Homesick Blues ?

Philippe : Ce fut mon premier groupe dans les années 1968. Nous avons joué pendant 2 ou 3 ans un répertoire varié. L’évènement le plus marquant s’est déroulé lors d’un concert en première partie d’Eddy Mitchell à Châlons sur Marne. Mon cousin Armando, (présent dans mon livre Boulogne Blues), a voulu présenter les Homesick Blues en précisant que cela aller chauffer la salle. Appuyant ses paroles, il se transforma en souffleur de feu et aspergea le premier rang de pétrole, non enflammé fort heureusement. Se retournant vers nous, il voulut se rattraper, flamme à la main, poumons gonflés à bloc. Une longue flamme termina sa course sur la batterie de l’orchestre d’Eddy Mitchell qui s’embrasa…

Notre chanteur national jugeant qu’il n’y avait pas assez de monde pour une vedette telle que lui, (300 personnes), parti illico presto  dans sa Bentley, laissant en plan, musiciens et un public furieux qui cassa tout. Les organisateurs firent de même. Dans la confusion générale Armando joua les roadies et se permit de ramener dans notre véhicule une partie de la sono d’Eddy Mitchell. Je me souviens que l’ancien batteur des Chaussettes Noires prit au passage un coup de poing dans le nez de la part d’un inconnu dont la colère n’était pas retombée. Nous avons terminé au « Moulin de Vely à 3 heures du matin, dans une boîte de nuit en jouant du rythm’n blues, pour essayer de rentrer dans nos frais. Mesdames et Messieurs les juges, y a-t-il prescription pour ce vol ?  

http://paradisblues.canalblog.com

 

 



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