Jean Foulon… du P’tit Crème
Jean Foulon est guitariste (il confie qu’il aime bien chatouiller les grattes) et chanteur du P’tit Crème, groupe qui interprète des textes de Gaston Couté sur des compositions originales (avec quelques reprises de Gérard Pierron et Marc Robine). Nous lui avons proposé quelques questions par «Intermail » !
Reims Oreille : Tu es le chanteur et un des guitaristes du P’tit Crème, ça fait quoi d’être le leader ?
Jean Foulon : Pourquoi faudrait-il qu’il y ait toujours un chef, un patron, un leader dans un groupe? Nous, nous essayons de faire vivre notre groupe de façon libre et naturelle. Alors, les idées et les propositions viennent de chacun et elles se mettent en place tranquillement… La plupart du temps, ça fonctionne sans problème. Quand il y a des désaccords, rarement fondamentaux, on discute, on expérimente et quelquefois on laisse le temps agir.
R.O. : Quand je t’ai demandé de répondre à cette inter-émile, tu m’as répondu et je cite : « ouaiille note ». Peux-tu préciser ta pensée ?
J.F. : Comme tu le vois, je pratique l’anglais couramment.
R.O. : Vos préférences allant plutôt au jus de houblon ou de raisin, pourquoi ce nom de P’tit Crème ?
J.F. : Ce nom est né autour d’un pot. On cherchait un nom pour notre groupe et on a trouvé ça. C’est bien après que nous avons découvert que Gaston Couté déclamait ses textes dans les cabarets parisiens et qu’il était souvent remercié d’un petit crème. En fait, je ne sais même pas si c’est une légende ou bien la vérité.
R.O. : Comment est né le groupe ?
J.F. : François, Bruno et moi, on s’est croisé dans des ateliers de musique proposés à l’époque au Centre Culturel de Saran. On a pris du plaisir à jouer ensemble et nos rendez-vous hebdomadaires sont vite devenus sympathiques et fructueux.
Et puis, un jour de fête de la musique, on est allé trouver un chanteur, tout seul dans la rue royale. il s’appelle Jean-Michel Aupert. ça nous a plu et on est allé lui proposer de l’accompagner. On a joué ensemble pendant un an. Puis ensuite, il y a eu Rachel. C’est en jouant avec elle que nous avons cherché notre nom. Alors, c’était Rachel et le P’tit Crème. Et puis petit à petit, nous avons développé nos musiques autour des textes de Gaston Couté. V’là…
R.O. : ça fait 20 ans maintenant… Est-ce qu’il n’y a pas une lassitude qui s’installe à jouer toujours les mêmes morceaux (un peu comme Michel Delpech dont la famille habite toujours dans le Loir et Cher depuis 25 ans), ça doit être lassant ?
J.F. : Pas vraiment, c’est même plutôt plaisant. Et puis, notre répertoire s’est monté doucement et ça nous a laissé le temps de peaufiner, réarranger, tester…
R.O. : Et ça gagne bien d’être un membre du P’tit Crème ?
J.F. : Oui, ça gagne de l’amitié, des rencontres, des découvertes, des petites aventures… ça n’a pas de prix.
R.O. : Vous avez choisi de mettre en musique des textes de Gaston Couté, pourquoi pas Charles Aznavour ou Joe Dassin ?
J.F. : Les textes de Gaston Couté ont du sens et du bon sens. J’ai toujours été attiré par la chanson sociale et Gaston Couté écrivait des textes forts qui riment souvent avec liberté et résistance.
Et puis, c’était un révolté, contre les hypocrisies de la société, contre les discours moralisateurs et le conformisme ambiant. Il avait une formidable force poétique et une terrible liberté de pensée et d’expression. ça me parle et ça change de Florent Pagny.
R.O. : Le quatrième CD du P’tit Crème vient de voir le jour, tu peux nous en dire un mot ?
J.F. : Celui-là aura une place particulière car il fête nos vingt ans. Il est fait sous la forme d’un album de famille. C’est donc la première fois qu’on y verra nos tronches. Et puis, quelques nouveautés…
R.O. : C’est le premier CD sans votre bassiste (décédé en aout 2011), vous avez fait le choix de ne pas le remplacer ?
J.F. : Oui. Un bassiste, ça se remplace, mais pas un ami, et puis, cette complicité…
R.O. : Comment avez-vous compensé musicalement l’absence de basse ?
J.F. : On joue un peu différemment. La main gauche de Michel à l’accordéon, mon pouce sur les basses de ma guitare, un meilleur équilibre avec la guitare de Bruno, un travail affiné sur la batterie de Cédric, on cherche encore, mais ça se cale… toujours une histoire de temps.
R.O. : Comment choisissez-vous, les textes de Gaston Couté que vous mettez en musique ? Vous reprenez toujours des textes mis en musique par Pierron, c’est pour essayer de faire mieux que lui ?
J.F. : Il y a des textes incontournables, qui sont la marque, l’empreinte de Gaston Couté. Il y a aussi des textes que nous estimons ne pas pouvoir mettre en musique, pour des raisons artistiques ou techniques. Et puis, il y a ceux que l’on découvre ou redécouvre guitare en main. Et enfin il y a les textes mis en musique par Gérard Pierron qui sont si beaux, si bien pour lui qu’on ne les reprend pas, à moins qu’on ne les transforme suffisamment pour en faire un peu autre chose.
R.O. : Parle-nous des musiciens qui font partie du groupe ?
J.F. : Il y a Bruno, à la guitare et à la mandoline. Il maîtrise bien l’harmonie, il a un côté jazz qui lui va bien et sa connaissance des enrichissements et des accords nous apporte beaucoup dans nos musiques. Il y a Michel à l’accordéon. Il le fait sonner avec une immense sensibilité et ça colle parfaitement avec ce que l’on veut faire passer. Il y a Cédric à la batterie. Il l’utilise un peu comme un percussionniste, ce qui lui confère un jeu assez aérien. Là aussi, ça colle bien. Et puis, il y a Yves, qui n’est pas sur scène, mais qui assure le son sur nos concerts. Il nous connaît bien, et c’est rassurant pour nous, d’autant qu’il sait respecter les oreilles des auditeurs.
R.O. : Pour composer vos musiques, ça se passe comment, c’est le groupe qui improvise ou un musicien qui ramène une idée ?
J.F. : ça dépend. Quelquefois, c’est la musique qui nous révèle le texte, un peu comme une évidence. Quelquefois, c’est le texte qu’on veut absolument travailler, c’était le cas pour le « tournevire aux vaisselles » par exemple.
Et puis il y a des choses qui viennent d’un coup et qu’on transforme de façon assez radicale. Mais à la base, il y a l’un d’entre nous qui se jette et propose la chanson, et après, chacun y amène sa patte. Les concerts nous aident à affiner, mais souvent, les enregistrements servent de fixateur pour une version définitive.
R.O. : Bernard Gainier dit des textes de Couté avec vous sur scène, les descentes au Bureau sont-elles un point de passage obligé ?
J.F. : Les descentes au bureau doivent être comprises comme des moments de convivialité. On n’y organise rien, on n’y prépare pas de nouvelles chansons, on y raconte des histoires, on y écoute Bernard, on y goutte son vin quand il y en a… de la convivialité à l’état pur.
R.O. : Le groupe reprend des chansons de François Béranger, quelle est la filiation avec Gaston Couté ?
J.F. : Je trouve que les chansons de François Béranger sont de la même veine libertaire que les textes de Couté. Cette révolte, cette impertinence, cet amour de la liberté… et puis cette actualité. Qu’on écoute Béranger ou Couté, c’est toujours actuel, on vit encore sous des jougs que nous n’avons pas encore brisés.
R.O. : Comment définirais-tu tes influences musicales et ton jeu de guitare ? Ont-ils été influencés par ta rencontre avec Marcel Dadi ?
J.F. : J’ai commencé à gratouiller dans les années 70. Alors, le folk, le blues, Léonard Cohen, un peu de ses chansons françaises qu’on découvrait dans le circuit des MJC, Dylan… mes premiers pickings avec Warring et Mason et puis Dadi. C’est lui qui m’a dit un jour, avec une grande gentillesse et un sourire immense, que je n’arriverai jamais à jouer comme lui et qu’il fallait que je développe mon propre jeu. J’ai essayé.
R.O. : Tu as participé à l’enregistrement de « La Cuvée du cigalier » de Claude Antonini et tu joues avec d’autres musiciens ; c’est important pour toi d’aller vers d’autres horizons musicaux que le P’tit Crème ?
J.F. : C’est bien de pouvoir jouer avec d’autres, c’est formateur, enrichissant et sympathique, surtout quand on le fait avec sincérité. Mais ma priorité, c’est ce que je vis avec le P’tit Crème.
R.O. : Parle-moi un peu de ta guitare ?
J.F. : Une merveille ! C’est Alain Quéguiner qui l’a fabriquée et c’est un sacré bon luthier, doué d’une belle humanité. J’ai toujours eu des difficultés à trouver des modèles de gaucher. J’ai une Lowden qui possède un son plutôt cristallin. Je cherchais une autre guitare, plus puissante, plus équilibrée… La première rencontre avec Alain a été un bonheur et sa guitare m’a enchanté. ça sonne !
R.O. : Le P’tit Crème apparaît dans le film Bernard, ni Dieu, ni Chaussettes, ça fait quoi de voir sa tête sur grand écran ?
J.F. : ça fout les jetons, mais ça fait plaisir. Ce film est tout simplement beau et Bernard y est comme au quotidien, drôle, cultivé, malin… brillant.








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