Gérard Morel


Gérard Morel GMorel-136x150RO : Tu es un homme de théâtre. Comment es-tu venu à la chanson ?

G.M. : C’était pendant l’été 96, je n’avais pas envie de bouger de chez moi (j’avais beaucoup tourné au théâtre pendant la saison) et je suis tombé sur des textes de chansons que j’écrivais au lycée, lorsque nous avions monté avec des copains un groupe de rock parodique dont j’étais le batteur ( Eh oui !…). Et j’ai passé mes vacances à écrire des chansons ! si j’étais tombé sur un vieux pot de peinture, j’aurais sans doute repeint mon grenier ! Quelques mois plus tard, un ami qui dirigeait un centre culturel en Franche-Comté a entendu ces chansons et m’a mis au défi de venir les chanter dans un festival qu’il organisait. J’ai relevé le gant, et… et voilà !

RO : Avec les Garçons qui l’Accompagnent, vous donnez l’impression d’une troupe. Car même si tu es le leader, tu te laisses souvent voler la vedette par ces garçons : te rends-tu compte que c’est assez unique comme manière de faire ?

G.M. : Lorsque j’ai relevé ce défi, je n’ai pas voulu déranger de « vrais » musiciens pour m’accompagner dans 6 chansons qu’on devait chanter 3 fois dans ce festival. J’ai demandé à des amis comédiens dont je savais qu’ils jouaient un peu de musique de venir faire les crétins avec moi. Ensuite, lorsqu’il s’est agi de continuer plus sérieusement l’aventure, j’ai évidemment continué avec eux, en ajoutant un « vrai » musicien qui, prenant en charge les arrangements et la direction musicale, nous a mis au boulot ! Mais sur scène, on fait ce qu’on sait faire : interpréter des personnages qui racontent des histoires, en chantant, en improvisant, en jouant, que ce soit la comédie ou sur des instruments… Alors en effet, maintenant que je vois plus de concerts, je m’aperçois que c’est sensiblement différent de ce qui se fait généralement. Mais on ne se pose pas particulièrement la question, on fait comme on pense que c’est bien et que ça nous rend heureux, pas pour rentrer dans une norme. De toute façon, le but dans la vie n’est pas forcément de faire comme tout le monde !

RO : Tes textes ont la particularité d’être très longs. Pourquoi ?

G.M. : Pareil. Quand je fais ma chanson je ne me pose pas la question de sa durée. La chanson s’arrête quand l’histoire qu’elle raconte est terminée. Les 3 minutes habituelles sont essentiellement liées au format de diffusion radio, mais c’est un argument qui nous concerne peu.

RO : Le concept du « bon gars pas dégueu », c’est de toi. Simple, modeste, généreux, curieux, faussement paresseux, épicurien, rabelaisien, c’est toi ?

G.M. : C’est gentil, mais exagéré : je suis vraiment paresseux !
Non, je n’ai pas du tout envisagé cette chanson comme un concept ! Mais il est vrai que Rabelais fait partie des auteurs qui comptent beaucoup pour moi.

RO : Le vieux Léo, le grand Jacques, le père Brassens… Il se sent le plus proche duquel, le père Morel ?

G.M. : Celui que j’ai le plus écouté et que je connais le mieux des trois c’est Brassens. Mais j’ai beaucoup d’affection et d’admiration pour les trois : pour la façon incroyable qu’avait Brel de se mettre à poil sur scène, pour la puissance redoutable des textes de Ferré. J’ai eu l’occasion de chanter Ferré sur scène, c’est un bonheur rare.

RO : Es-tu lent pour faire une chanson ? 0u es-tu comme ces auteurs vifs comme des mobs à réaction ? 

G.M. : Ah non ! pas les mobs, ça pollue l’azote !
A quelques rares exceptions près, je mets beaucoup de temps pour écrire une chanson. D’autant que j’en mène souvent plusieurs de front.

http://www.dailymotion.com/video/x46rnw

RO : Quand tu écris, ce qui prime, c’est la forme ou l’idée ?

G.M. : Pour moi, c’est la forme qu’il faut trouver d’abord. Les idées il n’y a pas à les trouver, il faut les avoir avant. Si tu trouves la forme judicieuse, les idées s’exprimeront d’elles-mêmes. Si tu commences par les idées, tu fais une rédac, et une rédac, c’est à mon sens le contraire d’une chanson !

RO : La musique vient avant, pendant ou après ?

G.M. : J’écris toujours sur une mélodie, qui m’est nécessaire pour les accents et les rythmes qu’elle impose au texte. Cependant il n’est pas rare qu’une fois le texte terminé, ou en cours d’écriture, la musique ne me convienne plus et que j’en compose une autre, mais qui gardera généralement les même accents et les mêmes caractéristiques rythmiques.

RO : Cette vie folle de saltimbanque : Paris, New York, Amsterdam, Chaumont, et, pour finir, Vittel, Bordeaux, n’est-ce pas dangereux pour ta santé ?

G.M. : La Santé ? oui, si la faute le mérite !…

RO : On sent bien chez toi l’influence des groupes de rock anglais : tu te sens plus proches des groupes de chroniqueurs laïcs ou des groupes de crosses ecclésiastiques ?

G.M. : Ah, les groupes qui sentent un peu le catho, j’aime bien…

RO : Ton beau-frère, il a vraiment fait le tour du monde en tracteur ?

G.M. : J’ai fait cette chanson « Hymne à mon beau-frère » parce que Christian Hurault, le mari de ma sœur, sillonne vraiment la Terre en tracteur, et joue vraiment du clairon. Il est parti pour faire le tour du Monde, mais a dû s’arrêter en route : il faut dire qu’il a posé la roue du tracteur sur le territoire américain le… 13 septembre 2001 ! Ce serait long a raconter ici, on peut avoir le détail de son périple et de ses autres aventures sur son site  www.tractodak.com .

RO : Tu as repris une chanson de Roger Riffard, je trouve ça très bien… et, dans ton duo avec Romain Didier, on ressent l’esprit Riffard. Tu te sens proche du bonhomme ?

G.M. : Très. Jusqu’à récemment, je ne connaissais que l’acteur que j’avais vu souvent au théâtre et au cinéma. Lorsque j’ai découvert ses chansons et sa façon unique de les chanter, j’ai eu l’impression de rencontrer un parent proche dont on m’avait caché l’existence.

 RO : Tu n’es pas très engagé dans tes chansons. Aux rebelles qui te disent « Lève ton poing, camarade ! », tu réponds quoi ?

G.M. : Que ça fait cinquante ans que je lève le poing, et que j’ai bien l’intention de continuer. Je me sens très engagé dans mes chansons. Autant que mon pote boulanger communiste l’est dans le pain qu’il fabrique : mais ce n’est pas pour autant qu’il fait des pains en forme de faucille et de marteau, non, il essaye juste de faire le meilleur pain possible. Une chanson, c’est un peu comme un pain : ça doit être bon et nourrissant pour donner la force et le courage d’aller changer le monde. C’est comme ça que je vois l’engagement, plutôt que comme une bonne parole à délivrer.
Au fond, il me semble qu’être engagé, c’est une posture d’homme, pas de chanteur. 

 

RO : Je t’ai entendu dire « Salut France », c’est quoi, ce patriotisme un peu osé ?

G.M. : Ah ! des saluts oui, mais… développe !
Et je salue aussi les italiennes : dès qu’elles sont en France elles mangent des pâtes.

Juin 2006

http://www.dailymotion.com/video/x4p3r2

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