Anael Miller et Pierre Antoine

Reims Oreille : Anael Miller et Pierre Antoine sortent un nouvel album et chacune de leurs chansons mérite qu’on s’y arrête…
« A notre tour » : vous voulez dire qu’il est temps de vous laisser la parole et gérer le monde ? Place aux jeunes en quelque sorte?

Anael Miller : Un, deux, trois, quatre, cinq, six et sept ! Voilà ! J’ai tourné sept fois ma langue dans ma bouche… Ouf ! Je vais pouvoir répondre à toutes ces questions. Place aux « Jeunes » ? Vous êtes bien aimable… charmant même.
Tout le monde a sa place sur cette terre et on sait pertinemment à quel point il est compliqué de s’en faire une dans le monde d’aujourd’hui…
Ce n’est pas un handicap d’être jeune, mais il est important aujourd’hui que les jeunes fassent entendre leur voix, leurs idées, leurs rêves.

Pierre Antoine : Cette chanson revendique l’égalité dans un monde régi par le fric, le profit et l’intérêt personnel. On sait que le pouvoir est à celui qui a les poches bien remplies. Et si on laissait de temps en temps les manettes à ceux qui les ont vides ?

C’est fondamental d’être à l’écoute des nouvelles générations. Les repères ne sont plus les mêmes qu’il y a vingt ans et avec tout ce qui se passe aujourd’hui et la vitesse à laquelle les informations et la culture avancent (ou reculent), c’est primordial de les laisser parler.

Anael : C’est la première chanson de l’album et elle est arrivée en dernière à l’écriture et à la composition. Maxime Perrin, accordéoniste de Christophe Alévêque, nous a rejoints pour ce titre et a donné une superbe dynamique au morceau.

« C’est à notre tour d’écrire une histoire belle à raconter »

 

Reims Oreille : « Besoin d’entendre » : vous avez besoin ou envie qu’enfin on vous écoute ?

Anael : Besoin d’entendre est une chanson sur l’amitié, sur les frangins qu’on écoute et qui sont là quand plus rien ne va…

Dans mes frangins, j’ai de tout… Le cadre, le punk anar, l’infirmière, le musicien, l’éducateur, le paumé, l’instit’, le sans papier… Il me faut de tout pour faire mon monde.

Pierre : On avait besoin d’écrire cette chanson qui traite de l’amitié avec un grand « A ». Comme en amour, l’amitié n’est pas une mince affaire et il est important de souligner que, dans l’un comme dans l’autre, les concessions jouent un rôle vital. On a parfois besoin d’aide pour se remettre en cause et les vrais amis sont là pour ça.

 « Il y a toujours un frangin qui traine pas loin de nous »

Reims Oreille : « Brouillon » : personne n’est parfait ? C’est les fautes qui font avancer ?

Anael : Là, j’vais laisser parler l’auteur…

Pierre : Personne n’est parfait et heureusement ! Je n’invente rien en disant qu’il faut apprendre de ses erreurs. C’est l’histoire de la vie, sans prétention. Mais c’est surtout un pied de nez aux regrets qui nous tombent sur le coin de la gueule parfois…

Ce n’est pas humain de ne pas avoir de regret. Ils sont difficiles à gérer et d’autant plus complexes quand c’est eux qui te gèrent… Il faut regretter raisonnablement.

 

Reims Oreille : « Il manque », qu’est-ce qu’il manque ? Ou qu’est-ce qu’on a en trop ?

Anael : Il manque à notre temps une saison fraternelle…

Pierre : Aujourd’hui le « trop » efface l’essentiel. Et sans l’essentiel, on manque de quelque chose. Tu m’suis ? La musique de cette chanson est volontairement épurée. On pense qu’il faut marquer une pause dans ce stress, dans cette course à la con et retourner voir les bases simples de chaque chose. C’est comme quand une engueulade s’enlise dans des invectives inutiles pendant des heures et qu’on finit par oublier pourquoi on s’engueule. On arrête tout et on fait un câlin !

 

Reims Oreille : « Qui » : Personne ?

Anael : Bien dit !

Pierre : Pareil ! C’est intéressant d’imaginer un monde sans pognon, non ? Qui voudrait s’essayer à ça aujourd’hui ?

Anael : Il fut un temps où les artistes pouvaient payer leurs ardoises avec une peinture, un texte ou une chanson…

Pierre : L’argent domine le monde. Rien de nouveau jusque là. On en revient à ceux qui survivent avec très peu. Il existe sur cette terre des gens qui vivent heureux sans système de monnaie. On ne prétend pas donner de solution. On constate juste que les grandes injustices sociales sont souvent provoquées par le système financier.

 « Que chacun puisse combler sa faim et sans compter ce qu’il lui reste / Partager avec le voisin l’humanité et sa recette »

http://www.dailymotion.com/video/x1a0a13

 

Reims Oreille : « A la santé du pire » : c’est un appel, un cri de révolte, cette chanson ?

Anael : C’est la nostalgie d’une époque qui me manque, d’une liberté qui s’efface petit à petit laissant place à l’avarice, la connerie et l’intolérance… et lorsque que je vois ou entends tout ce qui se passe autour de nous, que j’assiste à de telles injustices, je suis confrontée à un dilemme : j’aime ce monde autant que je le déteste et ma seule arme, c’est mon stylo qui peut écrire ce que je ressens, l’amour comme la révolte !

Pierre : C’est un constat qui rend hommage en quelque sorte à Renaud qui souhaitait qu’on l’aide à « pisser sur les murs ». Un retour sur une période où la gouaille de certains penseurs, hommes libres, faisait réfléchir la population sur le vrai sens d’une liberté sans censure. Chose qui aujourd’hui se fait de plus en plus rare.

Nos chansons se présentent plus comme des constats que comme des affirmations claires et militantes.

On suggère des questions, des réflexions sur le monde qui sont importantes pour nous et, on l’espère, pour d’autres.

Anael : A partir du moment où tu as une idée et que tu la fais partager aux autres, c’est une forme d’engagement. Rebelle ? Toujours.

 « Perdues les marches de bohème et l’amour convaincu / un mensonge sur chaque problème / un doigt profond dans notre… »

 

Reims Oreille : « Gargouille », quel drôle de nom, comment va-t-il ?

Anael : Gargouille est une chanson à ma façon qui reprend le thème d’Anne Sylvestre « Non, tu n’as pas de nom » sur l’avortement…

Pour cette chanson, j’ai choisi moi-même la répartition des vers et des refrains pour chacun d’entre nous.

Mais d’une manière plus générale dans l’album, on a tendance à chercher l’équilibre et à chanter les moments qui nous plaisent dans le texte. Soit les mots de l’autre, soit ses propres mots, soit les mots des deux.

 « Une petite, petite, toute petite chansonnette, pour vous conter l’histoire d’un tout petit être »

 

Reims Oreille : « Du bruit » : une musique à faire bouger, c’est le bruit de la révolution ?

Anael : Il faut arrêter de se taire. Le bruit du quotidien, masque le bruit de l’indignation. On a l’impression de crier dans le vide, comme dans un cauchemar. Le superficiel bâillonne l’esprit. On nourrit nos têtes d’un tas de conneries qui nous empêchent de voir et de ressentir ce qui se passe réellement là où des gens meurent d’un tas d’injustices…

http://www.dailymotion.com/video/x1a09ax

 

Reims Oreille : « Le troupeau » : Brassens et Renaud se sont penchés sur votre berceau ?

Anael : C’est ce qu’on me dit souvent…merci ! Papi Brassens et tonton Renaud ont une place très importante dans ma vie, dans mon coeur. Ils ont bercé mon enfance et mon adolescence et encore aujourd’hui je ne peux pas me passer de leurs chansons.

Pierre : Anael est arrivée avec un morceau de texte très acide comme elle sait si bien les écrire. La chanson dénonce le côté anxiogène des médias d’aujourd’hui et l’isolation que provoquent chez certaines personnes les nouveaux moyens de communication virtuels.

Anael : Nous avons terminé la chanson ensemble et Christian Pillemy, le multi-instrumentiste et réalisateur de l’album, a joliment arrangé le tout comme il l’a fait avec le reste de l’album.

 

Reims Oreille : « Abrite-moi » : le danger est-il vraiment aussi imminent ?

Anael : Abrite moi est une chanson d’amour sur la compréhension, le respect et la raison. Je chante rarement des chansons d’amour mais avec Pierre, je me suis laissé tenter.

Pierre : On aime la chanson classique comme Ferré, Brel et Leprest. Nous avons enregistré ce titre chez Christophe Marozzi, l’accordéoniste de l’album, et avec Nicolas Canavaggia, contrebassiste lyonnais.  C’était un lieu intime pour une chanson intime. C’est un des titres de l’album où on saisit toute la sensibilité de Christophe Marozzi à l’accordéon. C’était un travail riche en émotion.

 

Reims Oreille : « Profil bas » : ça swingue bien, malgré ce profil bas ?

Anael : Profil bas existe depuis un moment déjà, il chantait « l’alcolo », il m’a demandé de chanter la « pute ». J’ai accepté avec plaisir !

Pierre : J’ai écrit et composé cette chanson avant notre rencontre à Montréal en 2010. Il était évident que nous devions la chanter ensemble. C’est une scène de cinéma en noir et blanc, sous la pluie, dans une grande ville. L’ambiance jazz illustre bien le propos.

Anael : C’est d’ailleurs devenu la chanson éponyme de notre premier EP « Profil Bas » en 2011 que nous avons enregistré chez Aria Prod à Jujurieux en Rhône Alpes.

 

Reims Oreille : « En marge » : une chanson qui monte en puissance pour finir en cri d’espoir ou de désespoir ?

Anael : En marge est une chanson sur le jugement. Ces gens qui pensent détenir la vérité, « leur vérité » et qui ne laissent aucune chance au plus faible ou à la différence. Il y a de moins en moins de tolérance dans ce monde et cela m’écoeure profondément… c’est la loi du « chacun pour soi »,  du « marche ou crève » et je m’y refuse.

Pierre : Je crois qu’on ne choisit pas d’être en marge. On le devient parce qu’on ne convient pas à un certain modèle. On vit dans une société régie par des codes très discutables. On est confrontés quotidiennement au « jugement » des choix que l’on fait pour vivre sa vie en accord avec soi même et les autres. On se retrouve face à une intransigeance terrifiante quand on a peur et qu’on refuse le moule… De là nait en nous un sentiment d’incompréhension profonde qui nourrit la marginalité.

C’est un cercle vicieux. Voilà pourquoi on parle d’indulgence pour ceux qui vivent en paix sur d’autres chemins…

« Je veux taper du pied pour les aider à comprendre, à cultiver l’humanité loin du modèle de l’ignorance »

On peut trouver l’album en version physique et numérique sur CD1D.com et en numérique sur toutes les plateformes de téléchargement (Itunes, Deezer, amazon…etc)

L’album est distribué numériquement par Believe.

http://www.dailymotion.com/video/x1a08p0

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