Marie Laforêt (1940)

2042014

Actrice, comédienne, chanteuse interprète sans lunettes

Viens avec moi viens /Viens Viens Sur la Montagne / Là-haut il fait si bon

Image de prévisualisation YouTube

Bien qu’élevée au sein des pins girondins, il ne faudrait pas que les célèbres yeux verts de la dame cachent la forêt de son talent singulier. Un talent dont l’expression va se dessiner un peu par hasard.  Tentée à un moment par le couvent, une sœur, la sienne, l’emmène dans un concours de théâtre qui la fait remarquer. Finalement, c’est René toujours Clément qui l’embauche pour « Plein soleil ». Partenaires : Delon et Ronet qu’elle juge et réciproquement, l’un méprisant, l’autre prétentieux et  les deux, deux beaux trous du cul. On peut avoir des yeux et voir clair.

Maitena Doumenach, devient Marie Laforêt  t actrice. Le film « La fille aux yeux d’or » d’Albicoco  fait sa réputation et une marque de fabrique qui fera les délices des photographes en quête de regard.

C’est à l’occasion d’un film « Saint Tropez Blues » accompagnée pour l’occasion par un jeune acteur et guitariste nommé Higelin, qu’elle commence à chanter sur un air de Crolla. Les curieux peuvent apprécier sur Dailymotion les progrès qu’il lui restait à faire.

Plus convaincante, en 1963, elle enregistre un 45 tours qui comprend Les vendanges de l’amour qui d’emblée, s’imposent en plein été.

Et le soleil du bel âge / Brillera après l’orage / Un beau matin pour sécher nos pleurs

Image de prévisualisation YouTube

Son premier 33 tours est un régal. Loin des poncifs et des courants du moment, Marie Laforêt se choisit un répertoire de variétés pas honteuses, mises en valeur par sa voix particulière, souvent définie comme cristalline, fluide  et cuivrée.

S’ensuivent quelques bons choix souvent tirés du répertoire  international : Katy cruelle et la Bague au doigt en 1965, Marie-douceur, Marie-colère, Manchester et Liverpool et la Voix du silence, en 1966. En 1967, Ivan, Boris et moi fut un succès populaire ainsi que Mon amour, mon ami. Fin 1968, Marie Laforêt revint en force dans les hit-parades grâce au gros tube (mille excuses pour les gros mots) : Que calor la vida.

Car Marie aime tremper son alimentation dans les langues étrangères. La tradition l’attire et d’Israël au  Brésil, salade Russe et Macédoine sont au menu d’une tournée mondiale qu’elle effectue en 1979-1970.

Après quelques années de tournées, elle se consacre essentiellement au(x) disque(s)

Période marquée par : Viens, viens en 1973, Cadeau en 1974 et Il a neigé sur Yesterday en 1977, chanson-hommage aux Beatles.

Il a neigé sur Yesterday le soir où ils se sont quittés / Le brouillard sur la mer s’est endormi et Yellow Submarine fut englouti

http://www.dailymotion.com/video/x1jt14

Après un détour par la littérature, une galerie d’art, quelques rôles au cinéma et quelques recettes de cuisine à base de carottes, elle revient en 1993 avec un album dont elle signe tous les textes, se dévoilant auteur sensible

Je t’ai donné mes bouquets d’asphodèles
Mes étangs, mes blés et mes bois
Tout mon passé s’envole et tire l’aile

Image de prévisualisation YouTube

Avant d’interpréter Maria Callas dans sa « Master Class », Francis Carco la ramène sur les planches pour faire la Caille dans le Jésus du même nom.

En septembre 2005, aux Bouffes Parisiens, pour son premier tour de chant depuis 1972, c’est un retour fortement demandé et un égrenage de succès : le spectacle se joue à guichets fermés et s’applaudit à mains ouvertes.

Femme lucide, Marie est depuis repartie sur sa montagne nous laissant quelques grains de raisin et des raisons d’aller voir les arbres qui pleurent au cœur de l’automne.

S’il n’y avait ce vieux piano de temps en temps à la radio / Sur une affiche déchirée, un peu de ton nom effacé

Image de prévisualisation YouTube

 Jean-François Capitaine

 




Marie-Josée Neuville (1938)

27062013

Auteure-compositeure sur cahier d’écolière

Il est souvent de bon ton de sourire ou d’ironiser à l’évocation de Marie Josée Neuville. Pas de quoi. Si les airs de Marie Josée n’ont pas révolutionné la chanson française, ils n’étaient pas, non plus, pires que d’autres garçons et filles du même âge qui viendraient se promener deux par deux dix ans plus tard.

Il est vrai qu’en repérant cette jeune fille dans un concours d’amateurs qu’elle gagne avec « une guitare et une vie »  pas sûr que Pathé Marconi, qui lui propose son premier disque, n’y voit pas un bon coup  de commerce

Des mains pour travailler
Des oiseaux pour rêver
Une guitare pour chanter.

Les rimes sont encore pauvres mais le coup va marcher.

Image de prévisualisation YouTube

Parce que les jeunes, qui à l’époque avaient encore l’âge de leurs acnés, se retrouvent dans ses petites chansons, ses socquettes blanches  et ses nattes.

Dans cette quatrième république, un peu grisouillarde, avec sa voix claire et un peu d’air frais, la chanteuse devient la première  « vedette » des jeunes : parce qu’elle ressemble aux autres filles de son âge et qu’elle chante ce que pensent ceux et celles qui ont alors 18 ans » :

À ton âge tu connais bien
Les pensums, le meilleur copain
Les privations de cinéma
Et les colères de Papa

Image de prévisualisation YouTube

1956. Bac moins un, la collégienne de la chanson au look de fille bien sage fait un malheur avec Johnny Boy :

Maman vient de terminer
L’histoire de cow-boy Johnny
Petit Pierre l’a écoutée
Et s’est endormi

Image de prévisualisation YouTube

Et le monsieur dans le métro la lance définitivement mais en surprend certains :

en expertise digitale
Une main chercheuse et discrète
Sur ma colonne vertébrale
Tapotait une musiquette..

« Le lendemain j’étais dans tous les journaux ! Si vous réécoutez cette chanson, vous verrez qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat, mais à l’époque, vous n’imaginez pas ce que cette chanson a pu heurter, surtout chantée par une gamine de dix-sept ans… »

Si dans « Par-devant par-derrière », la malice est involontaire, la censure le sera moins qui l’interdira aussi. Suivront, en effet, quelques déchainements qui aujourd’hui font surtout sourire :
On  la voit « ambiguë au point de -peut-être-  s’attirer un public de candidats aux ballets roses » ! On note qu’« elle a joué sans le savoir sur un registre trouble ». !!: et qu’ « il convenait mal à Marie Josée Neuville d’imiter le pornographe du phonographe ! » Certains verront derrière ses vers d’adolescente perverse, ni plus ni moins qu’un tas « de stupre et de fornication ».
On n’avait pas peur ni des mots ni du ridicule à c’t’époque.

Image de prévisualisation YouTube

Les  choses sont évidemment bien plus simples que cela. Ni naïves ni libertines, les chansons de Marie Josée,  se contentent de livrer leur simple parfum de jeunesse , ce qui n’est pas si mal que ça .

Pas de printemps dans ta vie inhumaine
Pas de fleurs ni de joie, pas d’amour ni poème
Mais parfois dans la nuit comme un petit enfant
Tu pleures sans témoin doucement

Meunier, meunier tu es cocu et ta femme est friponne
Car si elle a de beaux écus ce n’est pas toi qui les lui donnes

Au bout du compte, reste un phénomène original. Soutenue par les émissions télévisées, à 18 ans elle aura, avec sa petite guitare, vendu plus d’un million de disques.

Fin des années cinquante, la collégienne est devenue femme. Elle a ôté son costume de scène.  Ça plait moins, son étoile s’effiloche.  Alors elle s’en va sans regret chanter pour les marmottes savoyardes.

Servez-moi s’il vous plaît de la vie dans un grand verre
Et trinquons pour qu’elle soit longue et heureuse
J’avalerai à moi seule toute une bouteille entière

 Jean-François Capitaine




Jean Max Brua (1936-1999)

12042013

Auteur-compositeur à sensibilité coco

L’homme rouge est venu dans la ville
Son bel oiseau posé sur son épaule

 Jean Max Brua  savait que la vie pouvait être injuste. Il nous en a persuadés un jour de printemps en nous laissant comme deux ronds de disque en plan.

C’est en 1968, qu’il enregistre ses premières chansons  « L’étranger – Plus tard la rose – Bateaux, Compagnies »  sous le label Mouloudji  qui,  avec Colette Magny résume l’homme en dédicace : « Un vrai chant d’homme lucide, blessé, prêt encore à mordre, prêt pour le combat ; le chant d’un homme de la Cité, le chant d’un citoyen de la terre ».

L’auteur est vite recherché par les interprètes qui lisent peu Le Figaro.

Francesca Solleville s’aligne sur un 200 mètres bien maitrisé, célébrant les gants noirs de Mexico 68.

Ils ont baissé le front, vêtus de noir
Ils ont dressé les poings,  gantés de noir…

Image de prévisualisation YouTube

Marc Ogeret, lui, se paie une grille inspirée  du roman de Roger Vaillant, histoire d’un ouvrier qui perd tout en essayant de gagner plus,

Ça me revient tout ça
Les mots la rage de me dresser
De faire mon cri de chien blessé…

Jean Max Brua fait alors partie des auteurs rive gauche et proches des Bertin-Vasca-Juvin-Elbaz. Compagnon de route nationale du PC, ses chansons, s’inspirent des réalités politiques, de l’actualité et des  problèmes sociaux.

« Toute chanson devrait être une nécessité et avoir sa justification. C’est ce qui la rend vivante, qui donne la vie à ce qui n’est autrement qu’un produit de fabrication… »

Mon nom est Muhammad Ali…
Et pour le nègre sans travail,
Et pour le pochard du ruisseau,
Danse Ali danse…

 Et parmi ces réalités, celle du Chili, s’inscrit comme une permanence dans l’œuvre de Jean Max.

D’abord avec espoir :

Le jour se lève sur la Cordillère, bonjour soleil….

Puis avec tristesse et militantisme :

Camarade Soleil, camarade Chili,
Nous aurons des voix d’hommes et des ventres durcis,
Quand les radios complices installent le silence….

Deux albums superbes vont marquer l’absence d’une carrière de Jean Max Brua.  Deux albums aux arrangements et jeux de corde magnifiques.

1972 . Dis-moi le feu avec la voix de Charlotte qui vient doubler celle grave et caverneuse de l’artiste. Avec La  rue de la Grange aux belles, Les enfants du roi

Avec Le pierrot, chanson forte

J’ai des mots… qui parlent pas de ces gosses
Pour pas faire de peine aux braves gens…
J’ai de la terre à Chateaubriand…

Et sa galerie de personnages,  dont bien sûr son homme de Brive

Il dit : après le pont  / J’ai manqué perdre mon chemin…..

1976. La trêve de l’aube. Le meilleur de Brua :

Défile dans la mémoire
L’aube sur le jardin des plantes
Le choc des poubelles
Au bout de la rue, des hommes ont froid…

 côtoie son engagement politique :

Le chanteur eut ses mains tranchées
Les balles brûlèrent sa poitrine
Et son chant lui fut arraché
Mais ici on préfère parler de Soljenistyne…

Il faudrait que « les programmateurs de l’audio-visuel invitent enfin les artistes pour ce qu’ils ont à dire et non parce qu’ils ont un disque à promotionner. Mais à l’heure actuelle c’est la dictature du disque et de l’argent,».

Mais les quarts de siècle passent et rien ne change.

Le rire brusque entre les dents
Quand l’homme joue à qui perd gagne
On y voit danser la lune et le couteau

Jean Max Brua nous laisse tous frustrés. Pas difficile de savoir à qui on peut en vouloir.

L’automne il est là pour longtemps
Le peu de l’homme qui s’enflamme
A déjà connu ces bûchers
La prison de verre se glace…

Image de prévisualisation YouTube

 Jean-François Capitaine




Jacques Serizier (1936 -1994)

22102012

Chansonnier-comédien à tronche de cabaret

Jacques Serizier (1936 -1994) dans Presque aujourd'hui jserizier-200x300

Tant qu’on aura du cœur au ventre
Et les yeux en face des trous
Fera bon se retrouver entre
Nous.

Jacques Serizier n’a jamais chanté au Stade de France. Il faut dire qu’il avait déjà délaissé les p’tits vieux du p’tit Nanterre quand ce temple de la musique était inauguré. Peut-être aussi parce que la rive gauche lui seyait
mieux.
Et le public savait lui retourner à lui, l’artisan, le copain, le cousin qui chantait pour nous, la chaleur qu’il dégageait sur sa petite estrade cabaretière.

Image de prévisualisation YouTube

Ne vous dérangez pas d’un brin
Je n’ai vraiment besoin de rien
C’est juste une envie de toujours
De vous dire un petit bonjour.

Quand on est né en Cochinchine, d’un père militaire qui s’appelle Lallemand, mais ne veut pas collaborer et vous laisse rapidement orphelin, d’une mère tuberculeuse, avec préventorium pour lui -même et un peu d’internat.

Elle est pas gaie cette histoire
Elle est bête à pleurer
Me faudrait un verre à boire
Pour continuer

qu’on pêche la morue après avoir gardé les vaches,

J’avais promis à mes vaches
De leur donner mes bonbons
Mes glaces à la pistache
Iraient aux sages moutons

qu’on se frotte à mille métiers, on a intérêt à se faire surnommer la Serize et chanter.

Découvrant un jour le fossoyeur et Brassens, Jacques a dit et Jacques le fit.

La chanson
Elle vous frôle et vous murmure
Des mots jolis des allusions
Où on la prend dans la figure
Comme un point d’interrogation

Après un premier essai et un voyage mouvementé en Norvège, c’est en 1961 qu’il fréquente l’Ecluse et Mireille, (enfin son petit conservatoire), qui le surnomme « poubelle », mais c’est le nom de sa grand-mère qu’il choisit pour la scène gardant le surnom pour titrer son premier disque.

En farfouillant dans la poubelle
J’ai trouvé, j’ai trouvé
Une pelote de ficelle
Et un fil de fer barbelé

Alors, autour de la Contrescarpe, dans tous les cabarets du coin, à chacun de décrire sa Serize :

Ahuri génial, Pierrot malicieux croquant son croisant de lune par les deux bouts, il traverse le monde du son spectacle sur la pointe des pieds, mais quand il passe on ne voit que lui…

La Serize, c’est une lucarne ouverte sur toutes les manières d’écrire le monde, qui aère nos tympans et souffle une espièglerie rafraichissante…

On ne s’en lasse pas. Sacré joueur de bidengro ! Sourire, rire, nous attendrir et même sentir nos yeux picoter. Qu’il est bon de se retrouver entre nous…

Et alors, y avait ce type qui chantait ou peut-être qu’il ne chantait pas.. C’était une chanson comme ça, entre le bois et l’écorce, un de ces trucs qu’on n’oublie guère…

Serizier est un doux qui se fait violence parfois pour cacher sa douceur. Serizier n’a jamais l’air, mais il a la chanson…

Comédien, animateur de radio dans laquelle il fait entendre ceux qu’il aime, un jour, c’est le glouglou glacial et dans sa tête, le flou-flou, flouflou qui finit par troubler l’âme de l’homme.

Et il est mort.
Nous sommes un 11 février. Il avait 57 ans

Un joueur de flûte
Un jour s’en fut
En jouant des flûtes
Et jamais ne revint

Image de prévisualisation YouTube

Jean-François Capitaine




Jean-Michel Caradec (1946- 1981)

22062012

Jean-Michel Caradec (1946- 1981) dans Presque aujourd'hui Caradec-150x150

Poète et musicien à la chevelure iodée

La CX qui s’enroule autour d’un peuplier
Dix mots de Caradec dans un sac d’écolier.

                        (A. Leprest)

Certains parlent de destin. D’autres plus prosaïques d’accident de voiture. La mort, elle, s’en fout : elle vient d’attirer dans sa barque un enfant du triskell.  A peine le temps de nous émerveiller et Jean-Michel était reparti rejoindre Mélusine sur sa colline aux coralines.

Dans son dernier disque, certains titres sonnent bizarre : Sur le fil du funambule – Passeport pour la  mort -  Et  je pars -  Et qu’est-ce qui va rester-  Dernier avis :

Parti sans laisser d’adresse
Ne pas chercher à me retrouver
J’ai pris la clé
C’est fermé

Fils de marin et d’institutrice, il apprend la flute au conservatoire de Brest, avant de se voir offrir une guitare. Enfant de cette Bretagne, belle quand elle pleut, il s’essaie alors  à chanter du Dylan dont il sera fou toute sa courte vie.

Mister Tambourine Man
Je suivrai ta route
Il faut chanter ce qu’on aime
Coûte que coûte

Image de prévisualisation YouTube

Et puis ce sont de ces rencontres qui vous changent la vie.  Pierre Brasseur en bordée dans le coin l‘invite à Paris. Serge Reggiani l’emmène chez Polydor. Raymond fait troisième dans le tour de France. On est en 1969.

Premier album 3 ans plus tard. Mords la vie donne le ton, mais il faudra attendre le suivant pour faire le plein de succès : Ma petite fille de rêve (T’as pas la bouche rouge, t’as pas les yeux charbon noir) et toutes ces Colombine, Marie, Madeleine, Madeline  et Suzon qui s’ébrouent au milieu d’oiseaux qui volent à l’envers, et

Si les paroles
Sont un peu folles
C’est que les enfants
Inventent tout le temps

Image de prévisualisation YouTube

Bon vivant, Jean-Michel a aussi des idées et des révoltes : « Mon devoir aussi est de crier lorsqu’il faut crier et de gueuler quand il faut gueuler »

Justement en 78, l’Amoco Cadiz  a des yeux de balourd et s’amuse à repeindre en vert pétrole les environs de Portsall. Jean Michel qui aime les oiseaux porte la colère des locaux :

Je suis un pêcheur de Portsall
Et mes poissons se font la malle …
Ils ont peint de noir nos sirènes
Ils ont pétrifié nos bateaux
Mais faudrait pas croire que la haine
Se calme avec les mortes eaux

« Quand j’ai écrit Portsall, j’étais sur place, les pieds dans le pétrole, et j’ai chialé pendant deux heures devant ma plage qui était souillée ». Caradec aime et chante la Bretagne, mais très ancré à gauche, il se méfie des tendances par trop régionaliste : « Ce qui me gêne, ce sont les réactions d’un certain public autour d’un nationalisme exacerbé qui sent le racisme. »

Image de prévisualisation YouTube

Et si Jean-Michel n’aura pas toujours dans sa courte carrière l’écho qu’il aurait mérité, il reste un auteur repère dans ces moments où la chanson française se reconstruit sur les cendres du yé-yé.

Certains vers le feront passer pour mièvre, avec ses petits lapins qui courent dans la clairière. Certains le trouveront trop tendre avec cette mer qui fait couler larmes en tes yeux. Eternel ado, celui qui  se définissait comme un enfant supranaturel de Charles Trenet et Bob Dylan, savait aussi, entre pêche-foot et verres de vin, chanter du cru, comme cette version paillarde de « Heureuse un peu » enregistrée à son insu :

Quand j’aurais baissé tes guêpières
Je t’empalerai sur ton évier.
Si ça pouvait te rendre heureuse un peu….

Comme il savait aussi nous emmener dans son univers celui du petit ramoneur ou celui de fifi l’oiseau : Il y a beaucoup d’oiseaux chez Caradec. Surement qu’il aimait la liberté !

Moi l’enfant pas gentil
Le dernier de la classe
Je sors de mes godasses
Et je vais dans la ville
Sur la pointe des pieds je m’en vais

Image de prévisualisation YouTube

 Jean-François Capitaine

albatros dans Presque aujourd'hui




Francis Blanche (1921-1974)

31032012

 

Francis Blanche (1921-1974) dans Presque aujourd'hui FBlanche

Même homme à tout faire, il pouvait le faire

C’est la farandole
Des frappés, des fondus,
Des farfelus,

Quand on est un touche à tout de génie, on finit forcément par tomber dans la chanson. Et même si le grand public retient surtout de Francis Blanche l’image d’un homme de cinéma, de théâtre, de radio, de canulars, de Sâr Rabindranath Duval, il est difficile de passer à côté du Blanche auteur et adaptateur de zizique tout azimut et tout genre : variétés, parodies, rengaines, adaptations, destructions, créations…
Pour faire simple, on dira qu’il commence – et c’est un bon début – par collaborer, même en ces temps troubles, avec Trenet pour le beau débit de l’eau et celui du lait, pour le fil :

Sur le fil, dans mille ans peut-être
Sur le fil, sans valet ni maître
Mon fantôme dansera-t-il ?

http://www.dailymotion.com/video/xaywdx

Et  puis c’est la grande java.
Un rayon adaptations  diversement exotiques : Frénésie, Besame mucho (Comme une histoire d’amour qui ne finirait pas), du faux folk américain : le gros Bill (oh-o tout le long de l’ile au long de l’eau), du noël blanc ( oh ! quand j’entends chanter Noël), plus deux versions venteuses :  d’été (Vive le vent, vive le vent d’été qui s’en va sifflant, soufflant parmi les champs de blé ) et d’hiver  (Vive le vent d’hiver qui s’en va sifflant, soufflant dans les grands sapins verts) une Plaine, ma plaine et une Oh ! Suzanna Ne pleure pas ma mie ! et…
Il massacre allégrement nos grands classiques, rendant leurs véritables écoutes difficiles avec une pince à linge sur la 5ème de Ludwig, une truite orageuse, de la barbe nous avons de la barbe et le fameux parti d’en rire  inspiré du braséro de Ravel. Avec son complice Pierre Dac c’est la tyrolienne haineuse (Ah, y en a-t-y d’la haine ici bas.)
Il participe aux débuts de Richard Anthony (Clémentine), il fait rouler les airs pour Dalida (ma complainte c’est la plainte de deux cœurs), il s’arrange de Borodine por la gloria de Lasso (Prends ma main car je suis étrangère ici), envoie l’homme  n’a jamais peur en éclaireur pour Annie Cordy. Odette Laure lui chante  ça tourne pas rond et Piaf un faux traditionnel, le prisonnier de la tour (si le roi savait ça Isabelle)
Comme il ne dédaigne pas la satire et qu’il n’aime pas trop les militaires, ça tombe bien, il tourne un général en ridicule en l’échangeant contre un cageot de pommes pas mures et dénonce les enrôlements guerriers :

Regarde bien petit
Comment les braves
Se servent d’un fusil

Le populaire ne lui fait pas peur : alors on chante dans son quartier Ploum Ploum Tra la la.
Et puis l’auteur se chante lui-même avec toujours ce mélange des genres dans lesquels satire et humour côtoient amertume ou mélancolie. : Histoire de fille de gangster honnête, de femme-poisson et de ses chagrins d’amour, Une lettre pour vous Monsieur Landru, Voyez comme on danse, découpez La chanson de notre enfance, Et du gas-oil sur le gazon Nous voici arrivés à l’âge De raison, L’odeur de l’encre fraîche sur les premiers bons points Les sardines n’ont pas de tête C’est pour ça qu’on peut les ranger,  ô combien de microbes Sur les lèvres aimées … Jour de colère que ce jour-ci,  et le  serpent réchauffé dans son sein, Oui dans son sein, et…
On n’en finirait pas de ce répertoire  repris aujourd’hui avec bonheur par Annick Roux.
Un jour, en fin, il rejoint son ami Pierre, histoire de voir si le paradis est un canular ou non.

« Arrêtez donc d’pleurer,
On n’meurt qu’un’ fois
On va arroser ça »

Jean-François Capitaine

albatros dans Presque aujourd'hui




Casthelemis (1948)

6012012

Casthelemis (1948) dans Presque aujourd'hui Castleh%C3%A9mis

Auteur – Compositeur-Interprète à échasses et béret

Et des paroles qui nous saoulent
Acclamées par les foules
Et y a des gens d’église
Qui parlent de terre promise

Dans ces années de contestation d’après la plage de 68, des régionalistes, internationalistes  de gauche faisaient entendre leurs voies. Mais, entre bretons, alsaciens, occitans, manquait un basque. Philippe Laboudigue sera celui-là. C’est un enfant typique de l’époque. Qui n’aime ni l’armée, ni le nucléaire. ça tombe bien, y a un public pour ça.
Pour résumer, on peut dire que l’artiste était dans l’air du temps. Pour avoir du succès, faut-il encore exprimer cette atmosphère avec un certain talent. L’homme avait ce talent. Il aura un certain succès.
Jeune, il est plutôt guitare  Dylan, Beatles et Moyen-âge. Le tout l’emmène dans une troupe d’animation médiévale jouer les troubadours, sous le surnom de Castel. C’est là qu’il rencontre un ancien chanteur du groupe Arthémis. On devine la suite : en 1974, le duo se fait appeler Casthélémis. C’est sous ce nom que Philippe Laboudigue va continuer son bonhomme d’un chemin bordé de chansons à la fois très personnelles et en même temps en résonance de son époque.
On est en plein Larzac : des méchouis et que des canons de rouge. Centrale de Plogoff : pierres contre fusils. Creys-Malville : 5000 CRS, un mort. L’effervescence inspire le chevalier.

http://www.dailymotion.com/video/xp9fgb
Premier album, en 78 chez Cézame,  petite boite de production qui fait essentiellement dans un folk au sommet de sa forme. L’album fait un malheur. Le public découvre une  voix qui parfois aime les hauteurs, des arrangements originaux, des influences diverses, folk-tropico-rock-latino-brésiliennes. Des inspirations d’amour et de voyage. Parfois engagées, parfois irréelles.

La favela de Levallois :
Tchik y tchik, ayayaï Ouyouyouy papa
Est un nom qu’on entend dans la favella
De Levallois

Aïelo :
De mon couteau je trouerai ta peau
Oh ! Isabeau
Ô toi la dame au long manteau

Les soldats :
C’est pas au bal qu’on les verra
Les enfants aux jambes de bois
Tant qu’il y aura des soldats

Le crâne :
C’est le crâne d’un oiseau
Que j’avais ouvert en passant
Pour voir si dedans c’était beau

Le petit landais :
Où est donc passé mon béret ?
Il peut être métissé
Mais jamais, jamais d’acier
Les chapeaux de notre Terre
Sont notre seule frontière

L’armée :
Puis tu feras ta valise
Mettras 5 à 6 chemises
Pas pour partir en Italie
Mais faire le con pour le pays

Casthelémis a toujours revendiqué ses engagements : « Même si je ne suis pas là pour faire un meeting, j’ai la chance d’avoir un micro, je dois essayer quand même de dire ce que je pense ; un chanteur qui ne parle que des petites fleurs et des oiseaux, moi ça me gonfle et puis je ne peux pas m’y cantonner. » Il ne s’y cantonnera donc pas, conscient que

La connerie n’a pas de limite
Elle est cosmopolite

Quatre albums suffiront à le faire regretter. En 1983, il joue à cœur ouvert pour les chirurgiens. La convalescence est longue. Quand il revient à ses cordes, la société a changé, les publics aussi. Le monde ne l’inspire plus. En 89 il décide d’arrêter et d’ouvrir une crêperie en Bretagne, région d’amour mutuel. Depuis, entre Vannes et Saint Martin, Castel voyage et restaure. Il y a pire.

Jean-François Capitaine

albatros dans Presque aujourd'hui




Mick Micheyl (1922)

22092011

Mick Micheyl (1922) dans Presque aujourd'hui MickMicheyl-150x150

Auteur-compositeur-interprète et femme d’acier.

Vint en ce temps là, une femme étrange, une chanteuse différente des blondes sentimentales, des rousses à la voix aiguë et des brunes fantaisistes. L’allure un peu garçonne, Les cheveux courts, le col relevé, une voix dans les graves, qui se fait prénommer Mick, et surtout qui écrit et compose ce qu’elle chante, pas si et même pas du tout courant à l’époque. Mick Micheyl  (puisque vous l’avez deviné, c’est d’elle qu’il s’agit) est en effet, dans ce qui suit cet après guerre, la première vraie chansonnière, même si encore cantonnée dans la chanson de divertissement.

Après avoir reçu une formation à l’école des beaux-arts de Lyon et les conseils d’un premier prix de Rome, Paulette Michey s’essaie comme peintre-décoratrice et fonde un atelier de publicité, ce qu’en ce temps là on appelle encore réclame, ce qui n’est pas une excuse.

Milieu des années 40, Paulette tente sa chance à Paris avec quelques-uns de ses tableaux sous le bras.

Et à Paris, les années s’enchaînent :

1947, suite  à un tournoi de chansons gagné à l’ABC. Paulette devenue Mick et Michey Micheyl, commence à passer dans « Trente-six Chandelles », la grande émission télévisée de Jean Nohain qui l’aime bien et la prend sous son aile.

1949, elle commence une carrière d’auteur-compositeur à Paris et se produit dans de nombreux cabarets : L’Échelle de Jacob, l’Arlequin, le Liberty’s…

1950, Elle remporte avec Le marchand de poésie  le prix de la chanson de charme

Il était marchand de poésie
Il passait tous les jours de sa vie
A écrire des mots d’amour
Pour tous les gens des faubourgs

1953, On la voit au Théâtre Fontaine, à Bobino, à l’Alhambra, l’ Olympia et ramasse au passage le prix Charles Cros pour Ni toi ni moi 

Ni toi, ni moi chéri n’y pouvons rien
L’amour est plus fort
Plus fort que nous, que la vie et la mort
Et c’est le destin !

Mais entre temps, le gamin de Paris, sur un air de valse, est descendu de sa butte. Le gamin de Paris sera son titre fétiche, son talisman. Un soir, (en réalité, j’en sais rien, mais c’est mieux que ce soit un soir) au cours d’une tournée, Adrien Marès, accordéoniste qui l’accompagne, joue une mélodie sur laquelle Mick Micheyl trouve aussitôt les premières paroles. Yves Montand saute sur le gamin. Patachou le suit de près. Et c‘est le succès, la réussite, le triomphe qu’on connait. Titis, poulbots, gavroches sont évoqués en gouaille simple et, depuis, la chanson est clé de voute de toutes les compilations célébrant Paris.

Image de prévisualisation YouTube

Début 60, c’est la Métamorphose : la garçonne se met des plumes partout, paillettes, strass, et remplace avec succès Line Renaud au Casino de Paris. Et youp là.

Enfin, en 1974, Mick Micheyl renonce à toute activité dans le domaine du spectacle ou du divertissement et devient  sculpteur sur acier.

En octobre 2009, elle  organise à Paris  une exposition présentée comme la dernière. A cette occasion, l’artiste révèle qu’elle est contrainte d’abandonner son art à la suite de plusieurs accidents de création qui lui ont fait perdre en partie la vue.

Le vent rencontre le moulin et la route le chemin
Le torrent c’est la rivière
Et toi ce fut moi

albatros dans Presque aujourd'hui







adminsam |
applifiesta |
playlistpartyfun |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | harmoniedecartignies
| zeropanda
| lesamis01