Notre monde ne peut être que désespérant puisque les hommes sont désespérants.
On ne peut s’empêcher, en tout cas, de faire le simple constat qu’à naviguer entre Beethoven / Beckett et Chimène Badi / Anne Roumanoff, on n’a pas choisi le créneau le plus favorable.
Inviter un public à des dates indéterminées, sans trop d’information, à venir écouter des chanteurs inconnus pour beaucoup, dans des salles de banlieue, suppose chez nos concitoyens une démarche curieuse et sans à priori qui, apparemment, fait parfois défaut.
On peut toujours se soulager en critiquant telle ou telle politique : des médias, des télés, de la ville, des régions, du pays, du monde, et on aura raison de le faire, mais autant boire une bouteille de vain.
A Reims comme ailleurs, il y a les gens qui sortent et ceux qui ne sortent jamais ou quasiment jamais. Pour les gens qui sortent l’offre est permanente. Surement trop, alors la plupart choisissent les autoroutes de la culture, parce que c’est plus facile, qu’on est en pays, en milieu de connaissance, dans des lieux dignes de nous et des programmes de vraie culture. Alors on s’abonne à la Comédie, au Théâtre, au Manège. Une fois par mois, on va au concert de musique au Musée parce que c’est à l’heure de la messe et que c’est gratuit et au Musée. Une fois par an on va au festival de Jazz parce que c’est dans les Celliers Pommery et que c’est rituel. Pas sûr que tous ces grands amateurs de jazz se ruent dans les petits concerts. Presque sûr qu’un Rémo Gary pris dans un abonnement de la Comédie remplit la salle !
Les plus ou moins jeunes qui vont à la Cartonnerie, qui aiment rester debout deux heures et s’en mettre plein les oreilles, ont comme poètes préférés Jean-Louis Aubert et Dominique A. Même pas une moquerie, simplement pour dire un public différent que je vois mal sur la mousse du Ludoval.
Ceux qui vont à « l’Affiche » sont les mêmes qui, quand ils vont à Paris, vont au « Théâtre des Deux Ânes » ou similaires, et à l’Affiche pour voir de près des artistes vus chez Ruquier ou similaires. Preuve, Manu Galure, peu connu et qui se paie un public minimum.
Hors ces directions, j’ai cru remarquer que ce qui marche (relativement) relève de deux choses : public copains-famille et festival.
- copains-famille : si lors des spectacles théâtre d’amateur ou chorale, on enlevait les amis et les neveux, on pourrait constater que le « vrai » public n’est pas énorme. Exemple : dernièrement au conservatoire, une soirée chansons avec les élèves et la salle est pleine de parents photographes admiratifs de leurs génies et le lendemain soirée avec D. Rago mais sans les parents…
- festival : donne un côté festif, une unité avec un sentiment de plein de choses, crée un rituel.
Est-ce que (c’est l’exemple qui me vient) les mêmes artistes programmés au festival Dimey feraient autant de monde saupoudrés dans l’année ?
Je n’en tire pas de conclusion. Même restreint, nous avons un public. Mais un public volatile et peu fidèle. Dans ma proximité je vois facilement une bonne dizaine de personnes qui aiment, qui viennent, mais pour diverses raisons viennent plus parfois que régulièrement…
Peut-être, plutôt que parsemer des concerts, faudrait-il se concentrer sur un temps plus court, sur une période aux dates bien choisies. Lui donner un nom, un lieu. Y mêler Tremplin et groupes locaux, chorale de marins et bal folk (je dis n’importe quoi, c’est juste pour dire !!).
Un choix qui permettrait d’informer longtemps à l’avance nos aficionados qui auraient moins l’excuse d’être occupés ces jours là. Donnerait le temps d’une promotion plus efficiente.
Conclusions de l’ami Pierre :
- pessimiste : « II faut une infinie patience pour attendre toujours ce qui n’arrivera jamais. »
- optimiste : « Rien n’est jamais perdu tant qu’il reste quelque chose à trouver. »
Jean Sérien
