Je vous fais part uniquement de notre expérience : comment l’envie vint à un groupe de passionnés, amoureux de chansons, d’organiser des soirées cabarets…
C’est en 1990 pour remercier les artistes venus participer à une soirée de soutien qu’un petit groupe de personnes a décidé d’organiser une rencontre amicale à la campagne, dans un centre de loisir appartenant à la ville d’Ivry situé au Bréau en Seine et Marne, entre Melun et Fontainebleau.
Cette journée (et soirée) ayant rencontré un chaleureux accueil, il fut simplement envisagé de renouveler l’expérience l’année suivante…
Ainsi, d’année en années, ces journées sont-elles devenues un événement de convivialité et de partage, fréquenté par un public en nombre croissant venu à la rencontre d’artistes appréciant le plaisir simple de cet échange informel.
Outre les chanteurs de la première heure, ce rendez-vous annuel a été enrichi par les présences de nouveaux jeunes artistes venus participer à la fête (voir photo 1).
Les chanteurs et musiciens trouvaient là une possibilité de se rencontrer (ce qui, selon eux, n’était pas si fréquent), trouvant également une occasion de partager avec le public, autour d’un repas, d’une partie de pétanque ou d’une flânerie dans la forêt, un contact direct, sans barrière, eux qui habituellement sont habituellement de l’autre côté de la scène, dans les projecteurs qui aveuglent, et pas toujours très accessibles…
Cette occasion de rapprocher les artistes de leur vrai public populaire a été déterminante pour la réussite de cette expérience.
L’association « Le Pavillon » est née de ces rencontres cinq années plus tard, enrichie des contacts noués et chargée de prolonger non plus une fois par an mais bien une fois par mois tout au long de l’année, la dynamique issue et mise en mouvement par ces rendez-vous du Bréau.
Nous avons, dans cet esprit, envisagé de créer une association chargée d’organiser régulièrement à Ivry des cabarets de chansons en invitant les chanteurs et chanteuses rencontré(e)s et découvert(e)s à l’occasion de ces journées champêtres.
En 1992, les statuts sont déposés et le vendredi 4 mars 1994, un premier cabaret se déroule au restaurant « Le Picardie » à Ivry, partenaire précieux de la première heure et partie prenante enthousiaste de l’expérience devant quarante cinq personnes curieuses puis conquises…
Nous allons voir que depuis cette soirée mémorable, les cabarets de l’Association nouvellement crée ont fait leur bout de chemin.
Après des débuts balbutiants mais enthousiastes, ces rendez-vous mensuels étaient plaisants et paralysants à la fois. Pour qui ? Avec qui ? Comment ? …
A ces questions nous répondions invariablement : pour nous, avec nous, et pour le comment, on verra « sur le tas »…
Notre décision de plonger en apnée dans l’aventure a été motivée aussi par le manque que nous ressentions de trouver sur place des lieux de convivialité où les artistes, à l’image de ce que nous vivions au Bréau, seraient accueillis comme des amis et avec qui les échanges simples et chaleureux pouvaient s’établir.
C’était également la période où le fossé creusé par le show-biz entre les pseudo vedettes fabriquées puis surmédiatisées serinant des chansons insipides et la chansons que nous aimions s’était creusé irréversiblement et avait fait franchir à un grand nombre d’entre nous le seuil de saturation supportable.
Il faut également préciser qu’à Ivry et dans le Val-de-Marne, les chanteurs (et -teuses) ont toujours été accueillis avec respect et la chanson reconnue comme partie prenante d’une culture populaire protégée (*).
Nous ne partions donc pas tout-à-fait de rien, un public potentiel existait sur place (ou juste à côté). Il fallait juste aller le chercher et le convaincre…
Il nous semblait aussi que cette expérience était « partageable »… En effet, le théâtre Antoine Vitez imposait depuis quelques années l’expérience des premières résidences-chansons, la présence influente d’Allain Leprest dans notre ville et son engagement de tous les instants dans nos débuts balbutiants (il en était l’initiateur et le parrain), et la volonté active de la municipalité de soutenir cet aspect évident de la culture populaire nous ont grandement conforté dans notre décision et encouragé à « passer à l’acte ».

Notre choix s’est porté sur un restaurant, ancienne guinguette, d’une capacité d’une centaine de places (serrées), et pas très éloigné des accès en transports et surtout dont les patrons étaient des gens ouverts et curieux : « Le Picardie ».
Mais au contraire du restaurant, installé depuis de nombreuses années et bien connu des Ivryens, nous n’avions aucune expérience pour gérer cette association ni pour y organiser des spectacles.
Nous avons découvert ces choses en les faisant, à notre façon, sans références, avec insouciance mais sérieusement. L’idée de recevoir régulièrement les artistes que nous aimions et l’envie de faire partager ce plaisir à un grand nombre de spectateurs a été notre moteur.
A cette époque, nous n’avons à aucun moment eu l’idée de demander de subventions, seulement l’envie de nous prouver que nous pouvions le faire.
Par la suite, rien n’a changé. Les mêmes motivations, la même indépendance…
(à suivre)
Christian Landrain
(*) Jean Ferrat habitait à Ivry avec Christine Sèvres ; Francesca Solleville y a séjourné. Brel, Brassens, Réggiani, Lemarque, Amont, mais aussi Dutronc (père), Aufray, et les précédents étaient programmés. Les Relais de la Chanson y organisaient leur demi-finale. Notre ancien Maire et son premier Adjoint ont participé à une de ces finales à l’Olympia.
Note : Concernant ces rencontres du Bréau, Allain Leprest disait « … c’est le seul endroit à ma connaissance où les artistes paient volontiers leur place pour venir chanter gratuitement ! ».
